En surclassant dimanche l'Allemagne lors de la petite finale (36-26), l'équipe de France a bien fini le travail. Pour Denis Lathoud , ce large succès s'explique surtout par une formation allemande déjà qualifiée pour les JO, et qui s'est présentée «démobilisée» face aux Bleus. Mais selon notre consultant, «la troisième place est toujours bonne à prendre». Par ailleurs, le sacre du Danemark représente pour lui «l'aboutissement de toute une génération».
«Denis Lathoud, comment expliquez l'ampleur du résultat lors de ce dernier match ?
Avec déjà en poche son billet pour Pékin grâce à son titre mondial, l'Allemagne a tout simplement été démobilisée pour cette petite finale. L'équipe de France est en plus parfaitement entrée dans le match, avec l'envie de mettre les points sur les "i". Les Bleus ont complètement asphyxiés les Allemands en menant tout de suite au score. Ils les ont ensuite très vite distancés. Les dix buts d'écart à l'arrivée sont donc tout à fait logique. Et c'est tant mieux même. Une troisième place est toujours bonne à prendre.
Et la France remporte surtout une nouvelle médaille dans un grand championnat.
C'est bien simple : depuis 1992, l'équipe de France a remporté pas moins de neuf médailles, ce qui représente quelque chose d'absolument exceptionnel. Il ne faut donc pas être déçu par cette troisième place même s'il s'en est fallu de peu en demi-finale contre les Croates. C'est typiquement français de se plaindre alors qu'il a quand même une médaille à la clé. Certes, la France était certes meilleure que la Croatie mais sur un match, on ne sait jamais ce qui peut se passer. La preuve, aujourd'hui (dimanche) contre les Danois en finale, ils ont été incapables de rééditer leur performance. Sincèrement, je pense que le bilan est très satisfaisant.
Le bilan est aussi très bon pour Nikola Karabatic et Daniel Narcisse, élus respectivement meilleur joueur et meilleur arrière gauche de la compétition.
Daniel Narcisse a réussi en effet un Euro de haute voltige. En jouant en Allemagne, il a peut-être perdu certaines qualités d'équilibre. En revenant à Chambéry, il a retrouvé des responsabilités et a pu s'exprimer pleinement. C'est tout à fait logique qu'il soit enfin récompensé pour son immense talent. Pour Nikola, il fallait s'y attendre puisqu'il multiplie les titres individuels ces dernières années. Il avait déjà été élu meilleur joueur du championnat allemand, ce n'est donc pas un hasard s'il finit aujourd'hui meilleur buteur de la compétition. Il aurait sans doute quand même préféré avoir la médaille d'or plutôt que cette distinction.
Quel bilan tirez-vous de cet Euro ?
Pour moi, il y a eu beaucoup de matches en trop peu de temps. En onze jours de compétition, disputer huit matches pour aller au bout, c'est beaucoup trop difficile. D'ailleurs, l'équipe qui a gagné est celle qui avait le groupe le plus homogène, qui avait le plus de banc, qui a pu faire des rotations. Il faudrait vraiment se pencher un jour sur le problème du calendrier, et pas seulement en handball... Mais qu'est ce que vous voulez, il faut bien que les gens de l'EHF mange.
Et que pensez-vous du Danemark ? S'agit-il d'un beau champion ?
Oui, tout à fait. Il faut savoir que le Danemark (Photo L'Equipe) a été champion du monde des -21 ans il y a une dizaine d'années. Ils sont aussi à chaque fois bien placés dans les compétitions de jeunes. C'est donc l'aboutissement de toute une génération qui va bientôt disparaître. Comme ils n'avaient en plus rien gagné depuis 1980, qu'ils étaient régulièrement troisièmes lors des dernières éditions, c'est bien qu'ils soient aujourd'hui récompensés. D'autant que c'est une très belle équipe qui joue bien sans réelle star, mis à part Christiansen. Ils sont très solides, bien organisés même s'ils ne sont pas impressionnants physiquement.
Pour la France, l'avenir olympique passe désormais par le tournoi qualificatif.
Et ce ne sera pas chose aisée même si l'équipe de France a la chance d'organiser le tournoi. Face à la Tunisie, dont les joueurs pour la plupart évoluent en France mais qui ne sont pas au niveau mondial, et la Norvège, qui se montre souvent friable hors de ses bases, je vois bien la France et l'Espagne se qualifier sans trop de difficultés. Ce qui est malheureux, c'est que le tournoi soit organisé à la fin du mois de mai, ce qui risque de créer des problèmes dans la préparation des JO. Les Bleus vont devoir se préparer pour deux compétitions, avec le double de travail pour le même objectif. Mais comme l'équipe ne va pas sans doute pas beaucoup changer et va peut-être en plus récupérer des blessés (Abati, Guigou), la France ne peut être que plus forte».
Propos recueillis par Hugues SIONIS


