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Natation - ChF De la densité et du stress

dim 27 avr, 18h46


Dites 33 ! Comme les trente-trois qualifiés pour Pékin, soit douze de plus qu'à Athènes. Ils seront donc 15 filles et 18 garçons. Pourtant cette densité exceptionnelle, symbolisée également par une pluie de records de France et un record d'Europe du 50 m réalisé par Amaury Leveaux , cache des frayeurs à la hauteur de l'enjeu. Sur l'affiche, Dunkerque annonce les Championnats de France du 20 au 27 avril. Lors du clap final, le lundi 21 avril fait date avec la troisième place de Laure Manaudou, intouchable pendant quatre ans sur sa distance fétiche du 400 m. Il est 18h20, la plus grande championne de la natation française s'écroule en larmes, elle vient de fissurer son armure et par ricochet et bien inconsciemment, elle a distillé ses doutes au fil de l'eau. Quand la France gagnait, c'était Laure Manaudou et les autres à l'instar des Championnats du monde de Melbourne où quatre des cinq médailles des Tricolores pendait au cou de l'intouchable. Quand Laure Manaudou perd, c'est toute la natation française qui vacille.

L'épreuve couperet des sélections devient tranchante. Même l'imbattable peut perdre. Une évidence, bien sûr. Mais dans le sport de haut niveau, l'évidence ne côtoie jamais le rationnel. Les doutes sur sa combinaison Arena, moins performante que la Speedo qu'elle a finalement revêtue pour le 200 m dos, la concurrence de Coralie Balmy , et la pression d'une qualification ont terrassé la meilleure nageuse française de tous les temps. Celle qui n'a pas perdu un 400 m depuis quatre ans avouera qu'avant le départ, elle « avait déjà perdu », que « beaucoup de choses lui passaient par la tête et que sur le plot, (elle) savait qu'(elle) n'allait pas gagner ». De quoi faire douter ses "petits" camarades... Même un grand costaud comme Alain Bernard, nouveau recordman du monde du 100 m, ne peut rester insensible et la projection n'est pas vraiment favorable. « Je l'ai vu aller voir Laure immédiatement. Je sais qu'il lui a envoyé un message le soir même pour la réconforter et lui dire de ne pas lâcher l'affaire. Quand votre nageur réagit comme ça, cela veut dire que ça ne lui est pas indifférent. Je crois que c'est même au-delà de l'affection qu'il peut avoir pour les autres nageurs de l'équipe de France. On l'a projeté comme le pendant de Laure chez les garçons, forcément cela n'a pas été anodin », explique son entraîneur Denis Auguin qui avoue que son élève « jouait sa carrière lors de cette compétition » et qu'il avait « franchement la capacité de battre le record du monde à Dunkerque ». Alain Bernard a finalement assuré l'essentiel en décrochant ses deux billets en individuel et en repartant avec « une source d'informations énorme avec Denis (Auguin). La principale info est que j'ai pris beaucoup de force et que j'arrive assez bien à l'appliquer sur une partie de la course, il va falloir l'appliquer sur toute la course. »

Les doutes des uns, les réponses des autres

Les deux images de la natation tricolore se posent des questions. Dans ce cadre, les interrogations sont rarement les meilleures amies des champions. De leur côté, les challengers apportent certaines réponses. Leurs chronos baissent et les complexes s'évacuent. Les ténors sont maintenant à portée de main. Ils ont leur chance et la prennent. Le 100 m nage libre culmine dans ce registre de pression. Le recordman du monde de la distance, Alain Bernard, délivre un premier 50 m ahurissant en 21''90 pour finalement s'imposer en 47''82 devant Fabien Gilot en 48''02 et Frédérick Bousquet en 48''71. Et le 50 m illustre encore plus cette densité. Pour trois centièmes, Alain Bernard se qualifie devant Frédérick Bousquet et Amaury Leveaux décroche le record d'Europe en 21''38. Avec un excellent de 21''72, Frédérick Bousquet aurait été champion olympique à Athènes devant Gary Jr Hall (21''93). Quatre ans plus tard, le Marseillais ne se qualifie pas ! Mais attend son heure sur le 100 papillon où il bat à quatre reprises les records du 50 m et du 100 m. Cette expérience d'être bien présent le jour J, Malia Metella l'a prouvée en remportant les titres du 100 m et du 50 m en battant ses records de France à l'instar de Hugues Duboscq au-dessus du lot sur els 100 et 200 m brasse. Aurore Mongel a également marqué ses Championnats. Depuis les Championnats d'Europe d'Eindhoven, la Mulhousienne monte en puissance et Pékin pourrait signer son acmé.

Dunkerque marque donc un « nouveau départ » comme l'a défini pour elle Laure Manaudou. C'est un tournant plus qu'un virage à 180 degrés. En changeant d'entraîneur, Laure Manaudou a changé de méthode et ses premières amours pour le dos sont revenues sur le devant de la scène avec Lionel Horter, ancien entraîneur de Roxana Maracineanu. La championne olympique semble se pencher de plus en plus vers le dos qu'elle avoue désormais « préférer au crawl ». Sans pour autant oublier "son" 400 m. « Je ne regrette pas d'avoir perdu. Franchement, je suis soulagée d'avoir fait ça et cela va me permettre d'arriver à Pékin en tant que challenger , prédit-elle tout en soulignant évidemment qu'elle « n'y va pas pour faire quatrième ». La fille à abattre, cela sera Federica. Je vais arriver avec beaucoup moins de stress là-bas.» Elle visera donc trois titres individuels sur le 400 m, le 100 m dos et le 200 m dos. Pour le relais 4x200 m, elle se montre catégorique. Forfait sur le 200 m nage libre aux Championnats de France, la championne du monde de la distance ne veut pas de passe-droit : « Je ne mérite pas de le nager parce que je n'ai pas fait le 200 m ici. Je me suis concentrée sur d'autres courses, je ne vois pas pourquoi je piquerai la place d'une fille qui s'est préparée pour se qualifier .» Et la plus titrée des nageuses tricolores prévient déjà sur la difficulté olympique : « C'est plus difficile d'aller chercher une médaille que de se qualifier. Si je ne fais pas une médaille, j'ai beaucoup de choses à perdre. Je n'y vais pas pour arriver quatrième. Même si je n'ai pas les meilleurs temps d'engagement, j'aurai quand même quelque chose en tête .» Quand on voit l'importance du mental, sa détermination et celle des 32 Français laissent présager une belle récolte. Six médailles sont attendues par le DTN, Claude Fauquet. Et le président de la Fédération, Francis Luyce, n'hésite pas à surenchérir en annonçant entre six et dix breloques.

Sophie DORGAN, à Dunkerque