Libérée du stress et de sa sensation d'oppression due à la pression, aux problèmes de combinaison et à la concurrence accrue, Laure Manaudou respire. Son 200 m dos, ponctué d'un record de France, la rassure et lui permet d'envisager cette distance avec de nouvelles ambitions. Après son retentissant échec sur 400 m lors de la deuxième journée des Championnats de France, la championne olympique a su rebondir. « Je n'ai pas arrêté de pleurer et je pense que cela m'a libéré moralement », relate l'élève de Lionel Horter qui avoue ne jamais avoir ressenti autant de stress. A Dunkerque, Laure Manaudou a beaucoup appris, a montré ses failles et a démontré sa force de caractère pour se relever. Ce passage dans le Nord s'apparente à une étape clé sur le chemin de Pékin.
«Laure Manaudou, comment avez-vous vécu votre dernière course de ces Championnats de France ?
Je suis super contente parce que je finis bien les Championnats de France après un départ qui ne s'est pas bien passé au 400. J'ai su laisser passer la défaite du 400 m et me concentrer sur le dos. Je ne pensais pas faire ce temps, j'espérais 2'08.
Terminer sur une belle course était important.
C'est important parce que je n'ai fait que trois courses ici. Il en fallait vraiment une au moins exceptionnelle. Cela m'a rassurée et cela a rassuré tous les gens autour de moi.
Comment avez-vous abordé cette course ?
Il fallait que je modifie ma façon de nager parce que les autres allaient partir vite. Dès le début, il fallait que je montre que j'étais là, pas seulement lors du dernier 50 m comme d'habitude. C'était une belle course. J'ai essayé de partir vite, j'entendais tout le public qui m'encourageait, mais j'ai eu du mal à la terminer. Les quinze derniers mètres ont été super difficiles. Je suis vraiment surprise du temps à l'arrivée.
Etes-vous partie pour battre du record du monde ?
J'espère battre plus tard le record du 200 dos, je préfère me rapprocher du record pour me dire que je suis capable de le faire mais ne pas l'avoir tout de suite. Mais j'espère l'avoir plus tard.
Comment avez-vous réussi à rebondir ?
Je n'ai pas arrêté de pleurer et je pense que cela m'a libéré moralement. J'ai pensé à tous les nageurs du club qui ont bien réussi, c'était important d'être là et de montrer que je pouvais faire quelque chose même si j'avais raté le 400.
De quoi êtes-vous libérée ?
Du stress et du fait que tout le monde me dise que j'étais la meilleure, que j'étais imbattable même si c'était moi qui voulais l'être. Maintenant, je ne suis plus la meilleure au niveau français, même si j'ai encore les meilleurs temps. Je n'avais jamais vraiment connu le stress avant, c'est assez paralysant et difficile à gérer. Je sais que mes 100 dos et 200 dos d'ici ressembleront assez à ceux de Pékin. J'ai assez bien géré.
Quelle est la différence entre votre 400 m et ce 200 m dos ?
Avant le départ du 400 m, j'avais déjà perdu, beaucoup de choses se passaient dans ma tête. Quand j'étais sur le plot, je savais que je n'allais pas gagner. En dos, je me suis dit qu'il fallait que je gagne et que je ne réfléchisse pas comme je l'avais fait au 400.
Lors de ce 400 m, que s'est-il passé dans votre tête ?
Il y avait beaucoup de choses : les problèmes de combinaison, le problème de stress qui résultait de mon statut, Coralie (Balmy) qui avait fait un bon temps aux Europe, Federica qui avait battu le record du monde. C'était également la première épreuve, j'avais vraiment beaucoup de choses dans la tête. Maintenant je me dis que tout le monde peut gagner même si vous n'êtes pas la plus forte. Lionel (Horter, son entraîneur) m'a dit que toutes les courses ici allaient ressembler à celles de Pékin et qu'il fallait que je m'habitue maintenant pour ne pas être surprise et avoir beaucoup moins de stress. Ce qui s'est passé ici m'a beaucoup appris. Je n'ai pas le record du monde du 400, je vais donc arriver plus détendue là-bas.
Ce record du monde du 400 m est-il un poids ?
Tout le monde aimerait avoir un record du monde, mais quand on arrive en compétition et qu'on a le meilleur du temps du monde, c'est assez stressant. La recordwoman du monde est la nageuse à abattre. Nous, on est seule contre toutes les autres, c'est cela qui est assez difficile
Est-ce que vous avez dissipé vos doutes ?
Maintenant il va falloir se concentrer sur le 100 dos et le 400 m parce qu'aux Jeux, cela ne va pas être facile. Le 200 m dos sera à la fin, il n'y aura plus de stress, on y va avec un gros groupe de Mulhouse, on va faire toute notre préparation ensemble et cela devrait bien se passer.
Allez-vous tenter de faire un 400 m avant les Jeux ?
Ce n'est pas prévu au programme, je vais suivre les entraînements et me concentrer sur les entraînements et ne pas penser à faire un temps énorme. A la limite, je préférerais réaliser un mauvais temps et faire croire aux autres nageuses que je ne suis pas prête pour ne pas avoir la pression en arrivant là-bas.»
Recueilli par Sophie DORGAN, à Dunkerque

