« Muriel Hurtis, vous souvenez-vous des premiers Jeux que vous avez suivi ? Oui, c'était ceux de Barcelone en 1992. Je me souviens notamment de la victoire de Marie-Josée Pérec au 400 mètres. A l'époque je n'avais pas commencé à faire de l'athlétisme et je n'étais même pas trop attirée par le sport. C'est venu plus tard, à la fin de l'année 1993. Mais admirer les grands champions que j'avais vu, ça m'a aidé à débuter l'athlétisme. Ensuite j'ai été pris de passion. Pour les Jeux d'Atlanta en 1996, je me suis levé durant les nuits pour assister aux épreuves.
Y a-t-il des athlètes que vous supportiez en particulier ? Oui, il y en avait trois : Carl Lewis, Merlene Ottey et Marie-Josée Pérec. Ils étaient beaux à voir courir et ils m'ont donné envie de reproduire la même chose. Les avez-vous croisé dans votre carrière ? J'en ai vu deux sur trois. Marie-Josée Pérec, j'ai même eu la chance de courir avec elle. Je me rappelle très bien où ça s'est passé : c'était au meeting de Lausanne en 2000. Sur 200 mètres, elle a gagné en 22''70 et j'ai fini juste derrière elle en 22''72. C'est un très grand souvenir. Merlene Ottey, j'ai également pu la côtoyer. Ça reste des moments forts pour moi. Je ne peux pas les oublier. Vos premiers Jeux, ce sont ceux de Sydney en 2000. Vous souvenez-vous du jour où vous êtes arrivée en Australie ? Oui mais, en fait, j'étais déjà venu lors d'un stage de repérage. Sydney, c'est une ville magnifique. La première chose que j'ai regardé, ce sont les différents monuments historiques qu'on peut y trouver. Au moment des Jeux, je voulais tout voir, tout faire. J'étais heureuse d'être là, euphorique. Du coup, je n'ai pas été très concentrée au moment de courir. Que s'est-il passé ? J'ai vécu les Jeux pleinement mais j'ai un peu oublié ce pourquoi j'étais venu. Au Village, par exemple, il y avait plein d'accessibilités : des salons de coiffure ou d'esthétisme, des salles de jeux. On pouvait rencontrer d'autres athlètes, l'ambiance était conviviale. Je n'ai pas fait non plus attention à mon hygiène de vie avec tous les restaurants qu'il y avait. Avec du recul, je le regrette un peu mais ce n'est pas de l'amertume, plutôt l'insouciance de la jeunesse. Et je ne me posais pas autant de questions qu'aujourd'hui.
Et personne n'a essayé de vous recadrer ? Non. Le plus surprenant, c'est que mon entraîneur de l'époque, Jacques Piasenta, avait bien vu ce qui se passait : j'étais avec d'autres athlètes, je prenais du poids, je restais dehors tard pour discuter. Il m'en a parlé après. Pour se justifier il m'a dit que j'étais jeune et que j'avais du temps devant moi. A Athènes, ça s'est déroulé autrement n'est-ce pas ? Je n'ai effectivement pas eu la même approche. Cette fois-ci, il n'y a pas eu de visites ni même de cérémonie d'ouverture. J'étais concentrée sur mon épreuve. Seulement je n'ai pas fait la saison que je souhaitais. Je voulais être au meilleur de ma forme mais, en arrivant à Athènes j'ai appris que j'étais enceinte. Du coup, j'ai été malade, fatiguée... Je suis passée à côté du 200 mètres mais j'ai eu la médaille de bronze avec le relais 4x100 mètres. Est-ce la médaille la plus importante de votre carrière ? Ce n'est pas celle qui m'a procuré le plus de bonheur, non. Celles qui comptent le plus sont le titre mondial au 4x100 mètres à Paris en 2003 et la médaille d'or du 200 mètres aux Championnats d'Europe un an avant. Là, c'était mon premier titre en plus. Changeriez-vous quelque chose à ces deux Jeux si c'était possible ? J'aimerai avoir le même état d'esprit qu'à Athènes mais avec une meilleure condition physique. Sinon pour Sydney... Ce n'est pas le meilleur exemple mais, non, je ne le regrette pas. »

Athlétisme - Les souvenirs olympiques de...MURIEL HURTIS - « PAS CONCENTRÉE À SYDNEY, ENCEINTE À ATHÈNES »agrandir la photo
Athlétisme - Les souvenirs olympiques de...MURIEL HURTIS - « PAS CONCENTRÉE À SYDNEY, ENCEINTE À ATHÈNES »agrandir la photo

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