Claude Onesta (Photo L'Equipe), l'entraîneur de l'équipe de France, a dressé le bilan de l'Euro 2008 après la médaille de bronze décrochée dimanche par ses joueurs. Il est satisfait du parcours réalisé par son groupe et estime que celui-ci est en progrès. Mais il ne cache pas non plus son inquiétude sur l'état de fraîcheur physique de ses troupes en vue du Tournoi de qualification olympique au mois de mai prochain (à Bercy).
« Claude Onesta, êtes-vous heureux d'avoir terminé l'Euro avec une médaille de bronze ?
Une médaille, c'est une médaille. Même si ce n'est pas la plus belle, elle me satisfait. Je suis content que nous restions sur cette image, car la sensation née de la quatrième place de l'année dernière m'avait chagriné. Nous n'avions pas laissé l'impression que l'équipe de France donnait d'habitude. Je suis donc fier que nous ayons pu relever ce défi dimanche.
« Quand une compétition commence à huit, elle finit à huit »
Avez-vous pu comprendre ce qui a fait perdre la France samedi face à la Croatie ?
Il n'y avait pas beaucoup d'analyse à faire par rapport au match de samedi. A des moments, l'organisation collective du jeu ne suffit pas. Elle doit se mettre au service de la performance individuelle. Ce n'est pas l'inverse qui doit se produire. Sinon ça joue mais il n'y a rien de tranchant, de performant. Samedi il a manqué de l'excellence au plan individuel. Regardez Balic, Metlicic, Vori ou Lackovic : ils ont fait leur match à leur meilleur niveau. Nous, individuellement, quand on regarde bien, certains joueurs n'ont pas été médiocres mais ils n'ont pas été à leur meilleur niveau non plus. Et quand vous additionnez tout ça, un but d'écart, ça ne fait pas beaucoup, mais on n'a pas su exprimer le meilleur de nous-mêmes. Le rendement a été trop moyen, mais c'était lié à une succession d'efforts et aussi à la façon dont s'est déroulée notre journée de repos. Quand on voit que les deux équipes qui ont gagné en demi-finales ont voyagé en avion... Cela ne justifie pas tout mais, sur une victoire par un but d'écart, ça joue aussi.
On vous a vu une équipe de France tout au long de l'Euro qui tournait avec les mêmes joueurs...
Les neuf joueurs que j'ai utilisés étaient ceux qui pouvaient jouer. Quand une compétition commence à huit, elle finit à huit s'il n'y a pas de blessés. Les remplaçants sont ménagés. Vous les gardez dans le cas où quelqu'un est blessé. Dimanche, par exemple, Christophe Kempe a su remplacer au pied levé Bertrand Gille. Je pourrais vous dire que Sébastien Ostertag était capable de jouer dix minutes de plus dans d'autres matches, cela aurait sûrement été possible, mais une équipe ne se construit pas comme ça. Elle se bâtit avec de la confiance que les uns ont avec les autres. On a beau dire "je vais essayer celui-là", s'il fait une ou deux erreurs, les autres joueurs vous le reprocheront et lui feront aussi le reproche de ne pas être au niveau. Ce dimanche, les remplaçants ont joué. Cela a été un message : on vous fait participer à la fête dans les cinq dernières minutes pour la conquête de la médaille. A vous de faire plus pour mériter davantage. Mais on progresse même sur le banc, en ayant vécu ce type de compétition, l'enchaînement de matches, le besoin d'approche mentale, le recadrage permanent... Cela vous fait progresser, pas autant que d'avoir joué mais presque. A eux de faire plus dans leurs clubs maintenant, pour être appréciés à leur juste valeur.
Pourquoi ne pas avoir utilisé plus souvent les deux autres gardiens de but ?
J'aurais pu le faire. Mais ce qui s'est passé, c'est que nous n'avons jamais été réellement dominés. Nous avons toujours été derrière au score. Il n'y a pas eu d'écart de trois ou quatre buts où, là, nous aurions été obligés de tenter quelque chose. Contre la Croatie, nous avions un but de retard, nous sommes repassés devant et ça s'est joué à peu de choses pour ne pas rester devant. La différence s'est faite sur deux arrêts du gardien croate. On pouvait toujours se dire que Thierry (Omeyer) aurait pu réaliser une parade pour faire basculer le match. S'il y avait eu trois ou quatre buts d'écart, j'aurais fait renter Daouda (Karaboué). Mais s'il avait pris trois buts, tout le monde aurait dit : c'est quoi ce changement ? Et cela aurait été un coup sur la tête du joueur.
« Dans quel état vais-je récupérer les troupes pour le TQO ? »
L'équipe de France a-t-elle progressé au niveau du jeu ?
En attaque, oui, nous avons avancés. Mais je savais que ça ne serait pas efficace de manière immédiate. Le match contre la Croatie ne m'a pas étonné au niveau de notre jeu. Ce qui est intéressant, c'est que dimanche nous avons remis les pendules à l'heure et maîtrisé notre jeu. Mais nous devons aussi continuer à travailler pour être mieux huilés. Il faut comprendre pourquoi la Croatie et l'Espagne nous ont mis en difficultés sur une même situation : de faux rythmes, aucun engagement physique. Il faut anticiper là-dessus et élaborer de nouvelles stratégies.
Finalement, que retenez-vous de cet Euro ?
J'ai le sentiment qu'ici un nouveau départ s'est opéré. Nous sommes repartis sur d'autres bases. Ce qui a été mis en place ici me paraît cohérent et j'ai trouvé l'adhésion des joueurs significative. La défaite subie en demi-finale me laisse penser que le haut niveau n'est pas fait uniquement que de travail, de calcul et de précision, mais aussi d'une dimension mentale. Par exemple, les dix buts inscrits face aux Allemands, c'est dans la souffrance de Cologne (*) que nous les avons puisés, même si personne ne l'a dit. La meilleure façon d'effacer une souffrance, c'est de la faire subir aux autres.
Vous allez maintenant préparer le Tournoi de qualification olympique au mois de mai à Bercy. Il s'annonce difficile face à l'Espagne, la Norvège et la Tunisie...
Je pense que ces trois équipes seront plus inquiètes de venir jouer contre nous et chez nous. Mais ça sera un vrai tournoi de qualification. Et il n'y aura pas de matches faciles. Je pense que la Norvège sera moins bonne qu'à l'Euro où elle a été portée par son public. Elle a quand même eu du mal à finir la compétition avec des joueurs de trente-trois, trente-quatre ans. Mais ça reste un adversaire sérieux. La Tunisie est, elle aussi, toujours sérieuse. Elle ne pensait pas passer par un TQO. Par rapport au tournoi, je n'ai qu'une seule inquiétude : dans quel état vais-je récupérer les troupes ? Dix jours de préparation, avec ce que nous avons travaillé ici, ça peut être suffisant mais dans quel état vont finir les joueurs le 15 mai prochain ?
A ce propos, avez-vous des nouvelles de Joël Abati ?
Il était sensé reprendre l'entraînement ce week-end, après avoir vu le chirurgien. Mais ça fait déjà un moment qu'il court et travaille physiquement. Il devrait participer à la deuxième partie de la saison. Maintenant il ne faudra pas perdre d'autres joueurs en route. »
Propos recueillis par Olivier PAQUEREAU, à Lillehammer
(*) C'est à Cologne que l'équipe de France avait perdu en demi-finale du Mondial 2007 face à l'Allemagne (32-31 a.p.) dans des conditions houleuses, un but ayant été refusé aux Bleus à la dernière seconde.


