PEKIN (AFP) - De tous les sports, l'escrime n'est pas le plus connu des Chinois, mais pour briller aux JO de Pékin la Chine a mis les grands moyens, recrutant pour le sabre Christian Bauer, un maître d'armes français auréolé de médailles olympiques.
Des trois armes de l'escrime, les Chinois ont décidé de privilégier le sabre, car certains de leurs points forts, comme le fleuret masculin par équipe, ne sont pas présents aux JO.
D'où le recrutement en août 2006 de Christian Bauer, 56 ans, qui a entraîné avec succès les équipes de sabre de France (1992-2001), puis d'Italie (2001-2006). Avec pour contrat, "une médaille d'or obligatoire", dit-il.
"J'ai accepté parce que j'ai vu le potentiel. Les athlètes ont un potentiel énorme, mais ils n'ont pas d'expérience, pas de tactique", explique M. Bauer.
Ces dernières années, les escrimeurs chinois ont réussi à s'imposer aux premières places mondiales, comme Tan Xue, 24 ans, médaille d'argent à Athènes en 2004 et vice-championne du monde, ou Wang Jingzhi, 26 ans, chez les hommes, sixième mondial, tous les deux maniant le sabre.
Avant les Jeux, les autorités ont déployé d'énormes moyens.
Un nouveau centre d'entraînement a été construit, près du vélodrome de Laoshan, qui accueillera les compétitions de cyclisme lors des JO, dans l'ouest de Pékin. L'atmosphère y est agréable, la salle de l'équipe de sabre est grande, claire, propice au travail.
Le Français tente depuis deux ans d'inculquer à son équipe une certaine intelligence du jeu, qui faisait défaut à une escrime chinoise, influencée par la force de la tradition russe. Cela ne leur convient pas, car, dit-il, "les Chinois sont proches des Latins".
"Il faut être puissant, explosif, mais avec légèreté", explique-t-il, soulignant que l'escrime est "comme un jeu d'échecs, un jeu intellectuel qui va très vite".
Sur l'un des murs du gymnase sont accrochées huit calligraphies, en chinois et en français, comme des invitations à réfléchir à sa "philosophie": "La réussite n'est que collective", "Trouver du plaisir dans la souffrance", "Celui qui ne fait pas tout pour devenir le premier ou le rester ne termine pas deuxième mais dernier".
Christian Bauer a réduit l'équipe et réussi à imposer ses méthodes d'entraînement, malgré les réticences du départ.
Il avait en effet surpris son monde en accordant d'emblée deux semaines de repos à des athlètes qui étaient tous blessés, conséquence d'un sur-entraînement.
"Bien sûr, cela nous a beaucoup surpris, on ne trouvait plus nos marques. Mais maintenant je trouve que c'est une bonne méthode, c'est utile physiquement et mentalement, on peut mieux s'investir dans les entraînements et dans la compétition. Désormais je trouve que le repos fait partie de l'entraînement", affirme Tan Xue.
"Tout cela a été bien admis, l'ambiance et la dynamique ont changé", constate le Français, qui, durant les entraînements, avec l'aide d'une traductrice ou avec ses gestes, ne cesse de s'adresser aux bretteurs, d'expliquer, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée.
"C'est un excellent entraîneur, très différent des entraîneurs chinois. Ces derniers accordent beaucoup d'importance à l'entraînement pur, lui il s'attache beaucoup à ce que nous comprenions ce qu'il veut", remarque Wang Jingzhi.
"Au début, les dirigeants m'ont dit, les athlètes rigolent pendant les entraînements, donc ils ne travaillent pas, je leur ai expliqué qu'on pouvait travailler avec plaisir", indique celui qui utilise également le théâtre pour que ses athlètes s'affirment.
Pendant tout le mois de février, l'équipe est en Europe, à la fois pour des tournois de qualifications et aussi pour un stage de deux semaines en Hongrie, l'un des berceaux du sabre.

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