Eurosport - sam, 31 mai 20:13:00 2008
Alberto Contador touche au but. L'Espagnol n'a guère été inquiété lors de la 20e étape, remportée par Emanuele Sella. Le maillot rose a résisté aux tentatives de Riccardo Ricco qui reste 2e pour quatre secondes. Le grand perdant du jour est Danilo Di Luca qui cède la 3e place à Marzio Bruseghin.
Alberto Contador n'est plus qu'à 28,5km du Graal. Soit la distance qu'il lui reste à parcourir, dimanche lors du contre-la-montre. Un exercice où il possède un avantage certain sur son principal rival, Riccardo Ricco, même si celui-ci a progressé dans ce domaine. Les quatre secondes qui séparent les deux hommes au général semblent donc insurmontables sur le papier pour l'Italien. Mais le cyclisme est aussi fait d'imprévus, comme cette météo capricieuse qui a accompagné les coureurs pendant trois semaines et qui peut toujours choisir son camp à Milan. Mais Contador aura l'avantage, en partant en dernière position, d'avoir le temps de référence de son rival tout le long.
Longtemps, l'on a cru que Ricco avait les moyens de faire vaciller Contador. Après une première semaine de course en trombe, ponctuée de deux succès d'étape, le coureur de Saunier Duval paraissait aussi fort dans les dernières étapes de montagne, malgré sa bronchite. A l'attaque dans le Marmolada le week-end dernier, au Monte Pora vendredi, l'Italien n'a jamais paru en mesure de porter le coup fatal entre le Gavia et le Mortirolo. Il s'est contenté de contrer les assauts d'Emanuele Sella et Gilberto Simoni, avant de se résigner à suivre un Contador toujours dans sa roue. L'Espagnol a, par sa seule présence dans un groupe restreint de favoris, imposé le respect. "C'était plus tranquille", a-t-il même déclaré à l'arrivée. Le patron de ce Giro, c'est bien lui. Et pourtant, il n'a jamais donné l'impression d'une domination sans partage comme l'avait fait Ivan Basso et Danilo Di Luca ces dernières années. Sa maigre, mais suffisante, avance au général le prouve. La journée aurait pourtant pu mal se passer pour le maillot rose.
Di Luca en déroute
Andreas Klöden abandonnant le navire en cours d'étape, Contador a trouvé un nouveau point d'appui en la personne d'Antonio Colom. Car une fois de plus, il n'a pas vraiment pu profiter des talents de Levi Leipheimer complètement effacé, comme depuis le départ de Palerme. Longtemps à l'avant aux côtés de Perez Cuapio et Baliani, Colom a même filé en solo avant d'attendre son leader dans l'Aprica. Celui-ci poursuivait sa balade sereinement, n'ayant pas eu à gérer la moindre attaque dans la très longue ascension du Passo Gavia, Cima Coppi (plus haut sommet) du Giro 2008. Dans le Mortirolo, il en fut autrement, à l'initiative de Simoni et Sella. Et ce fut Ricco qui calma leurs ardeurs. On croyait alors l'heure du Cobra venue. Il n'en était rien. Pas besoin de prendre les devants ni même de chercher à asseoir sa domination: le vainqueur du Tour de France se contentait de gérer son effort et Ricco comprenait qu'il ne se débarrasserait jamais de cet encombrant rival collé à sa roue. Pas plus dans le Mortirolo que dans l'Aprica où un objectif commun unissait les favoris: distancer Danilo Di Luca.
Grand gagnant au Monte Pora, le Tueur a sombré dans le Mortirolo, lâché par un Paolo Savoldelli exténue. Distancé, il laisse échapper la victoire finale et le podium en franchissant la ligne d'arrivée avec près de quatre minutes de retard sur les favoris et rétrograde à la 7e place. Une déroute accentuée par Marzio Bruseghin. 4e à 1'39" de Di Luca au général, l'ancien champion d'Italie du contre-la-montre a tout fait pour le déloger du podium. Ce fut même lui qui lançait la poursuite lorsque Sella, devenu un rival potentiel, s'échappait au bas de l'Aprica.
Sella: "J'ai fait un grand numéro"
Avec Bruseghin sur ses pas, les choses se compliquent pour Ricco. Lancé dans un improbable challenge pour ravir à Contador la 1re place, il va devoir également assurer sa place de dauphin, pourchassé par le vainqueur du chrono d'Urbino qui lui avait pris 2'05" ce jour-là. 1'55" les séparent avant Milan. "Jusqu'au dernier mètre, je ne me rendrai pas", annonce Ricco, le moins à l'aise du trio dans les contre-la-montre.
La belle semaine de Sella s'est poursuivi à Tirano. Une semaine après avoir son compteur victoire à l'Alpe di Pampeago, le coureur de CSF Group a réalisé la passe de trois, samedi. Une nouvelle fois en solitaire. Et dire qu'il aurait pu en compter cinq, après sa désillusion de Pescocostanzo, où il fut victime d'une casse mécanique à quelques mètres de la ligne, et sa 2e place au contre-la-montre du Plan de Corones. Sella est indéniablement l'homme-fort de ce Giro et vient confirmer l'étonnant comportement de son équipe. "J'ai fait un autre grand numéro. Je remercie l'équipe, déclare Sella. Maintenant, je crois être entré dans l'Histoire. Je pense avoir montré ma valeur." Deuxième de l'étape à une minute du vainqueur, Simoni est de nouveau passé tout près du bonheur. "J'ai été surpris par l'attaque de Sella, alors que j'étais en train de prendre un bidon à la voiture de mon équipe, constatait le double vainqueur du Tour d'Italie. J'ai voulu réagir tout de suite, mais il avait déjà pris du temps. Un Sella pareil est quasi irrésistible. Il a tout fait aujourd'hui, le Mortirolo, l'Aprica, le final." Des doutes sur les performances du coureur que le leader de Diquigiovanni partage avec le peloton quant à l'incroyable Giro réalisée par la formation continentale dont trois coureurs figurent dans le Top15 et qui a été la plus présente dans les échappées...