David Lee et Stephen Curry (Getty Images)Pour mes 20 ans, mes potes m’avaient offert une place pour le match entre les Hornets et les Warriors à Bercy. A l’époque, au début des années 90, c’était deux de mes équipes préférées, car hyper spectaculaires. Notamment les Warriors avec le fameux Run TMC (Tim Hardaway – Mitch Richmond – Chris Mullin) et bien sûr Chris Webber et Latrell Sprewell. A l’époque, c’est le trouble-fête idéal mais il manquera toujours le petit truc pour aller chatouiller les Rockets, le Jazz ou les Sonics.
Depuis, plus grand-chose. Il y a bien eu l’épopée de la bande à Baron Davis (et Mike Piétrus...) en 2007, auteurs de l’un des plus gros exploits de l’histoire en playoffs en éliminant Dallas dans une ambiance de dingue.
Mais franchement, cela fait une bonne quinzaine d’années que la franchise de Golden State (basée à Oakland) est abonnée aux dernières places. C’est bien simple, depuis 1993, ils ne sont allés qu’une fois en playoffs, et c’était justement en 2007.
Mais voilà, le renouveau des Warriors est en marche. Et ça s’est fait en trois étapes selon moi.
Jerry West comme consultant
D’abord, le club a engagé Jerry West comme consultant. L’ancien joueur vedette des Lakers (dont la silhouette orne le logo NBA) est une pointure comme dirigeant. Que ce soit aux Lakers ou aux Grizzlies, il a toujours impressionné par la justesse de ses choix. Pour le poste d’entraîneur, il conseille de prendre un « rookie » en la personne de Mark Jackson, ancien grand meneur de jeu des Knicks et des Pacers. Un consultant TV reconnu, et qui semblait être l’homme idoine pour apporter de la rigueur au sein d’une formation où l’anarchie régnait. Ensuite, l’équipe a eu la très bonne idée en mars dernier de transférer Monta Ellis qui marchait sur les pieds de Stephen Curry. En échange, Golden State récupère ce pivot qui lui faisait défaut depuis des années : Andrew Bogut, ancien numéro 1 de la draft, et l’un des meilleurs pivots de l’Est avec Milwaukee.
Sauf que le garçon arrive blessé, et que jusqu’à hier, il n’avait joué que quatre bouts de matches sous ses nouvelles couleurs.
Enfin, cet été, fin de cette phase de reconstruction avec les recrutements de très bons remplaçants comme Jarrett Jack et Carl Landry, et la prolongation de contrat offerte à Stephen Curry.
Tout est donc en place pour que Mark Jackson puisse bosser sereinement. A condition que le sort laisse tranquille ses troupes puisque Curry a les chevilles en cristal, et que Bogut est tout aussi fragile.
Stephen Curry, le meneur le plus adroit de la ligue
Mais voilà, Curry est quasi à 100% de ses moyens, et ça change tout. On a affaire à un meneur de très grande classe. Pas du genre d’un Jennings ou d’un Irving. Curry, c’est d’abord un shooteur incroyable. Peut-être le meilleur de la ligue. C’est aussi un meneur qui joue la tête haute. Certes, il aime dribbler et shooter, mais c’est un patron par son attitude. Vraiment, il est difficile de ne pas aimer ce type de joueur.
A ses côtés, dans le backcourt, Klay Thompson. Encore un shooteur. Un « Reggie Miller du pauvre ». C’est-à-dire unidimensionnel, encore irrégulier, mais terriblement dangereux. De loin bien sûr, mais aussi sur contre-attaque. C’est le joueur qu’il fallait aux côtés de Curry, contrairement à Monta Ellis.
A l’aile, le rookie bondissant Harrison Barnes. J’en attendais plus mais il s’est fondu dans le collectif, et lorsqu’il sera moins timide, il apportera davantage. Je le vois bien devenir l’équivalent d’un Michael Finley s’il lâche les chevaux.
Une équipe dominatrice au rebond
En 4, le néo All-Star, David Lee. Une machine à double double. Régulier, pas très bon en défense, peu athlétique, mais un opportuniste incroyable, doté d’un bon shoot à 4-5 mètres. Il y a meilleur que lui dans la ligue, mais c’est le type même de joueur qui fera son boulot tous les soirs.
Enfin, au pivot, il y avait le rookie Festus Ezeli, essentiellement un défenseur qui a tout de même bien assuré en l’absence de Bogut.
A ça, vous ajoutez donc un banc plutôt expérimenté avec Jarrett Jack qui serait titulaire dans une demi-douzaine d’équipes, et qui est un redoutable 6e homme car polyvalent sur les postes 1 et 2. Son pendant sous les panneaux, c’est Carl Landry. Aussi dur au mal que Jack. Le genre à jouer avec des dents en moins ou une entorse. Comme Lee, c’est un opportuniste. Toujours bien placé au rebond, et très fuyant en attaque.
On a donc là un septet de qualité, auxquels on ajoute un 3e rookie hyper complet comme Draymond Green et un intérieur fruste mais parfait comme role player, Andris Biedrins.
A l’arrivée, ça donne un effectif où la polyvalence est très importante, avec des jeunes qui courent, et des anciens qui sont là pour, de temps en temps, freiner le tempo. L’une des clés de leur succès, c’est aussi le rebond.
L’an passé, Golden State était 28e sur 30 dans cette catégorie. Cette année, ils sont 2e, sans Bogut ou presque. Le rebond doit toujours être une affaire collective, et Golden State en est le meilleur exemple. Stephen Curry, plutôt frêle, est l’un des meneurs NBA qui prend le plus de rebonds. En sortie de banc, Landry apporte son énergie sous les panneaux. On ne peut pas souffler face à cette équipe, et c’est ce qui m’a marqué dans les matches que j’ai vus. Avec Curry à la mène, et Jack en back-up, Golden State ne baisse jamais de rythme.
C’est spectaculaire car c’est du beau basket, collectif, et toujours cadré. Alors qu’il y a 20 ans, c’était spectaculaire essentiellement par les qualités individuelles des joueurs. Voilà pourquoi les Warriors 2013, bien que dans une conférence très, très relevée, ont sans doute un avenir plus radieux que leurs prestigieux aînés.
