Des Euros, les joueurs en voudraient plus encore...Se plaindre, en vouloir toujours plus, c'est dans la nature de l'homme. De l'homme occidental en tout cas. Les joueurs de tennis professionnels ne font pas exception à la règle. Reste à savoir si leurs complaintes sont légitimes, voire morales, dans un monde où la crise continue, jour après jour, de fissurer plus encore une économie mondiale déjà sur les genoux dans de nombreuses parties du globe.
Ainsi, ces messieurs -c'est ce qui ressort de la traditionnelle réunion entre les joueurs et l'ATP en marge de l'Open d'Australie- souhaiteraient une revalorisation salariale lors des tournois du Grand Chelem. Si j'ai bien tout compris, les joueurs considèrent que les environ 12% qui sont consacrés à la dotation sur les revenus des tournois majeurs sont insuffisants. Nos amis les champions seraient donc exploités par les vilains organisateurs qui en profiteraient pour faire de l'argent sur leur dos, alors que ce sont eux, les joueurs, qui attirent sponsors, télévisions et spectateurs. J'ai cru à une blague. Il faut en plus savoir que pour l'Open d'Australie, Roland-Garros et l'US Open, une large partie des bénéfices est injectée dans le développement du tennis. Il ne s'agit pas ici de reverser des dividendes à des actionnaires bedonnants qui se la couleraient douce au bord d'une piscine en Floride.
Mais non, les acteurs du grand magique tennis tour veulent gagner plus, sans pour autant travailler plus. Cela dit, on en rêve tous. A un détail près, peu de gens gagnent déjà leur vie comme les acteurs de l'ATP. On reprend les chiffres pour voir s'il y a matière à fondre en larmes. Du bas en haut de l'échelle en Grand Chelem : 15 000 Euros pour une défaite au premier tour, 25 000 pour un deuxième tour, 42 000 pour un troisième, 70 000 pour un huitième de finale, 140 000 pour un quart de finale, 280 000 pour une place en demi-finales, 560 000 pour le finaliste et 1 120 000 pour le vainqueur. Si je vous divise ça par le nombre d'heures passées sur le court, je pense que le taux horaire est assez respectable.
Franchement, les joueurs de tennis n'ont pas à se plaindre. Depuis des années, les Grand Chelem n'ont d'ailleurs eu de cesse d'augmenter les dotations. Nos amis champions ont même profité du fait qu'il y a eu une course à l'argent entre les tournois, chacun voulant être le Grand Chelem qui proposerait la dotation record. Voilà pourquoi je trouve leur requête limite indécente en regard de ceux qui vivent dans la vraie vie, loin des hôtels cinq étoiles et des aéroports, où il n'y a pas matière à rigoler tous les jours. Attention, je ne suis pas en train de dire que les joueurs gagnent trop d'argent, ce qu'ils touchent est légitime notamment en raison de la brièveté de leur carrière, mais bien qu'ils font preuve d'une incroyable maladresse en se plaignant en ce moment. L 'ambiance pourrait être chaude à Roland-Garros où le sujet devrait revenir sur la table. Il n'y pas mieux que la France pour mener des révolutions. La tête de Brad Drewett, le nouveau boss de l'ATP, va-t-elle rouler dans la terre battue ?
Ces messieurs de la raquette ne doivent pas être déconnectés de la réalité, du monde qui les entoure. La crise n'est pas une chimère, elle touche aussi le tennis et il faut ici rendre hommage aux fédérations, aux directeurs de tournois qui se battent afin que perdurent les plus grands rendez-vous. Aller dénicher des sponsors en ce moment ou refaire signer des partenaires pourtant fidèles, n'est pas une sinécure, tout comme essayer de maintenir un même niveau de revenus de la part de télévisions qui sont, elles aussi, parfois en difficultés. On imagine le tollé, si un directeur de tournoi venait à annoncer une baisse de la dotation, tout simplement parce qu'il n'arriverait plus à équilibrer son budget. Mais franchement en regard du paysage économique, ce n'est pas une hypothèse farfelue.
Prenons ce qu'ont gagné des joueurs parmi les cent meilleurs en 2012, sur la base du dernier classement ATP de l'année passée :
> Numéro un mondial (Novak Djokovic ) : 12 619 803 dollars, un record sur une saison.
> 5e mondial (David Ferrer) : 3 113 904
> 10e (Nicolas Almagro) : 1 571 007
> 20e (Feliciano Lopez) : 1 012 966
> 25e (Kei Nishikori) : 776 621
> 50e (Juan Carlos Ferrero) : 478 626
> 75e (Flavio Cipolla) : 257 276
> 100e (Michael Berrer) : 351 437
Et je ne parle que des gains sur le court, ces chiffres ne comprenant pas les revenus publicitaires, les contrats des équipementiers, et les garanties prises par certains pour disputer de plus petits tournois, les ATP 250 notamment, ainsi que quelques exhibitions (et après ils se plaignent aussi du calendrier trop chargé, mais c'est un autre sujet, qui fait également quelques vagues en ce moment).
Si les joueurs veulent comparer avec les salaires mirifiques de certains joueurs de foot ou de basket en NBA, des pilotes de F1, ou même les gains en golf, ils vont enrager. Regarder dans l'assiette du voisin n'est jamais une bonne idée quand la vôtre est bien remplie. Non, l'attitude la plus lucide serait de réaliser qu'ils sont plutôt vernis, même si, par leur travail, ils ont pleinement mérité d'être là. Et s'il fallait un jour qu'ils se serrent un peu la ceinture, nos amis les champions auraient toujours largement de quoi survivre. S'il devait y avoir une vraie évolution, elle devrait toucher la répartition des gains. Que les meilleurs gagnent un peu moins afin que les joueurs battus plus tôt touchent un peu plus. M'est avis que je rêve un peu...


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