Transferts - "Le peloton se divise en deux catégories..."

jeu, 24 nov 10:27:00 2011

Des stars internationales dans les équipes françaises, ce n'est pas pour demain. Les écuries tricolores n'ont pu s'offrir le marché des transferts dont elles rêvaient. Pourquoi ? Eric Boyer, Vincent Lavenu et Jean-René Bernaudeau en discutent et tentent de trouver des solutions.

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Philippe Gilbert, Thor Hushovd, Mark Cavendish ou Tony Martin pour ne citer qu'eux. Nombreux sont les cadors du peloton qui se cherchaient un nouveau point de chute pour 2012. Cofidis, Ag2r-La Mondiale et le Team Europcar se sont tous positionnés pour attirer au moins une tête d'affiche. BMC, Omega-Pharma-Quick Step et Sky se sont goinfrés, ne laissant même pas les miettes aux équipes françaises. Le constat est cinglant : en 2011, aucune équipe française n'est en mesure de s'attacher les services d'un cador du peloton international. "On a pas les moyens de payer un coureur 1 million par an. C'est un huitième de mon budget", témoigne Eric Boyer. Jean-René Bernaudeau lui répond en écho : "Gilbert, c'est le budget de l'équipe."

Les écuries tricolores n'ont pu s'offrir le marché des transferts dont elles rêvaient. Pourquoi ? Trois managers français en disctuent. - 2 Les stars sont devenues trop chères, inabordables. Comme dans les autres sports, en particulier le football, les patrons des équipes tricolores se heurtent à la fiscalité française. Eric Boyer : "Nous avons des charges sociales et patronales en France très élevées. Nous n'avons pas de statuts sociaux en France qui permettrait à un coureur d'être payé autant qu'un Italien, un Anglais ou un Espagnol." Et les Belges ? "Les coureurs belges habitent tous à Monaco, ils négocient leurs impôts avec la Principauté. Le statut fiscal d'un Français à Monaco est l'équivalent du statut français. Merci le général De Gaulle !"

Pourtant, Europcar s'est placé sur Thor Hushovd, Ag2r et Cofidis sur Philippe Gilbert : "Dans l'esprit, il n'était pas fermé. Mais nous n'étions pas capables d'apporter la prestation financière qu'il attendait.  Il a fait un choix raisonnable par rapport à son statut", se résigne Vincent Lavenu. Difficile de concurrencer BMC et ses 20 millions d'euros de budget pour Ag2r et ses quelques 9 millions d'euros. Eric Boyer résume le sentiment général : "Il est clair qu'aujourd'hui le peloton se divise en deux catégories : les riches et les pauvres. Le propriétaire de BMC est milliardaire, Quick Step et RadioShack ont énormément d'argent. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie se situent les équipes françaises." "Les coureurs étrangers venaient en France car ils étaient certains de trouver des équipes structurées et solides qui payaient régulièrement des salaires, sans aucune mauvaise surprise. Aujourd'hui, ça ne fait plus la différence. Toutes les équipes paient bien", renchérit Vincent Lavenu.

"On ne vend pas, on fabrique"

Les écuries tricolores n'ont pu s'offrir le marché des transferts dont elles rêvaient. Pourquoi ? Trois managers français en disctuent. - 3 Plus inquiétant peut-être, les formations françaises n'ont pas pu attirer d'autres coureurs étrangers, valeurs sûres, espoirs ou anciennes gloires, libres eux-aussi cet hiver. Janez Brajkovic Denis Menchov, Tejay van Garderen, Andreas Klöden pour ne citer qu'eux. Là-encore, Europcar a sondé Filippo Pozzato, Sylvain Chavanel et Brajkovic, Ag2r a proposé un contrat à John Degenkolb. En vain.

"Notre réputation d'équipe un peu raide peut en faire fuir certains. On a un fonctionnement d'entreprise avec des comptes à rendre", rappelle Bernaudeau. "Et puis tous les agents qui gravitent autour d'eux, tout l'argent que réclament les grands noms ne me donnent pas envie de travailler avec eux." Le patron d'Europcar en fait une question de valeurs. Lavenu avance d'autres arguments : "Les équipes françaises sont parfois trop centrées sur elles-mêmes, l'ouverture sur le monde se fait plus tardivement chez nous.  Le cyclisme se mondialise, on parle de plus en plus en anglais. Or, nous sommes beaucoup trop restés sur nos schémas franco-français. Même si ça évolue."

Y a-t-il une solution pour concurrencer les énormes conglomérats Leopard-RadioShack, Sky, Omega-Pharma-Quick Step et autres Sky ? Les trois managers répondent en coeur : "La formation." "Aujourd'hui, nous sommes condamnés à former. Les riches payent, nous formons", résume Eric Boyer. Une fatalité qui n'émeut pas Jean-René Bernaudeau. Bien au contraire : "On peut vivre sans ce que les médias appellent des stars. Chez Europcar, c'est notre histoire, on ne vend pas, on fabrique."

L'exception Voeckler

Les écuries tricolores n'ont pu s'offrir le marché des transferts dont elles rêvaient. Pourquoi ? Trois managers français en disctuent. - 4 Eric Boyer se persuade : "Je pense Rudy Molard ou Adrien Petit, vice-champion du monde espoirs, n'ont  pas à rougir face à Degenkolb." Mais il sait que lorsqu'un Taaramae aura signé une grande victoire, "il sera difficile de le retenir." C'est la dure loi de la concurrence internationale et de "leurs nouveaux capitaux venus d’Australie de Russie et peut-être bientôt du Brésil ou de Chine", selon le patron d’Ag2r.  Les équipes françaises n'ont bien souvent pas les épaules assez larges pour accompagner l'épanouissement de leur coureur au plus haut niveau. Philippe Gilbert ou Sylvain Chavanel en sont les parfaits exemples.  Thomas Voeckler est une exception à ce titre. Il sera d'ailleurs en 2012 la seule star internationale à défendre les couleurs d'une équipe française.  "Parce que la politique d'Europcar était de tout miser sur Thomas", analyse Eric Boyer. "L'année qui vient de se dérouler leur a donné raison mais pourvu que ça dure pour eux. Parce que s'il se blesse..."

Pourtant, en 2011, les équipes français n'ont pas eu à rougir de leur performance. La FDJ intègre même le gratin mondial, portant à deux le nombre de représentants tricolores dans le World Tour. Et Vincent Lavenu voit des raisons d'espérer que le vent tourne :  "Les fusions entre les équipes témoignent aussi des difficultés financières des grosses équipes, n’oublions pas que nous sommes en temps de crise. Ils se sont confrontés à la nécessité de s'associer." Jean-René Bernaudeau de conclure: "Au départ du Tour, on aura autant de jambes qu'eux. Et puis les grosses équipes, qu'est-ce que ça veut dire ?  On a vu la "grosse équipe" Leopard Trek, cette année..."

Martin MOSNIER / Eurosport

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