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Ça coule de source…

Pau Gasol - Getty Images« Selon des sources proches du joueur »… « D'après des sources anonymes… »… « Des rumeurs évoquent un départ… »

Chaque jour, en NBA ou en football, on lit des dizaines d'articles avec ces phrases toutes faites. En ce moment, c'est Pau Gasol qui en fait les frais en NBA, et c'est Carlo Ancelotti en Ligue 1.

Mais qui sont ces fameuses sources qui balancent des infos ? Pourquoi les journalistes les relaient ?

Avant de répondre, je vais vous donner un exemple récent de la manière avec laquelle naît une rumeur. Le photographe Christophe Elise en a fait l'expérience il y a quelques semaines. Alors qu'il discutait du côté de Boston avec des confrères des problèmes de shooteur des Lakers, il rappelle que Mickaël Piétrus est libre. Une simple discussion comme il en existe entre confrères après n'importe quel match. Et pourtant, quelques heures plus tard, la rumeur de l'arrivée de Piétrus aux Lakers était lancée…

A propos de Piétrus, qui vient de signer à Toronto, on a aussi annoncé qu'il avait refusé une offre des Spurs. C'est ce que révélaient des « sources » anonymes. Sauf que les Spurs ne lui ont jamais fait de proposition… puisqu'ils cherchaient un pigiste pour quelques semaines alors que Piétrus cherchait un contrat d'un an.

Comment peut-on en arriver là ?

Agents et dirigeants ont des intérêts à propager une rumeur

Généralement, les rumeurs viennent des agents. Si un joueur est libre, et sans contrat, il est important qu'on ne l'oublie pas. Donc, régulièrement, on passe un coup de fil à des dirigeants. On envoie un email ou un SMS en rappelant son CV. Surtout quand le club a un problème de blessés. Résultat, l'agent appelle un ou deux journalistes, et leur dit que tel ou tel club étudie le CV de l'un de ses joueurs. Evidemment, sous couvert d'anonymat. Voilà comment un joueur se retrouve « sur les tablettes d'un club ». Simplement parce que son agent l'a proposé. C'est son boulot d'être attentif aux besoins des équipes. C'est son boulot d'anticiper un éventuel changement d'entraîneur.

Ensuite, il y a des dirigeants qui peuvent faire courir des rumeurs. Prenons le cas de Pau Gasol. Au sein même de la direction des Lakers, il y a les « pour » et les « contre ». Faut-il transférer Pau Gasol ? Un dirigeant favorable à cette solution va glisser quelques mots à un journaliste, expliquant que ce n'est pas exclu. Des pistes sont-elles envisagées ? Il répondra alors qu'un joueur au profil de Ryan Anderson, l'ailier-fort des Hornets, collerait bien.

Et hop, voilà comment on obtient la rumeur d'un échange entre Pau Gasol et Ryan Anderson.

Enfin, il y a les supputations des journalistes. Si Gilbert Arenas s'entraîne à Los Angeles et qu'il est allé voir un match des Lakers, ça peut signifier qu'il va signer aux Lakers. C'est un exemple, mais on peut faire dire tout et n'importe quoi à un fait.

Parfois, il y a du vrai comme par exemple lorsqu'un recruteur d'une franchise NBA se déplace en France pour voir Rudy Gobert ou Antoine Diot. Ce même recruteur, et c'est son boulot, va voir 200 joueurs européens dans l'année. Mais s'il est repéré dans une salle, forcément, ce sera monté en épingle, et on cherchera les raisons de cette présence.

La rumeur fait vendre

Au final, si les journalistes ne sont pas dupes, pourquoi continuent-ils à relayer ce genre d'infos ? Simplement parce que ça fait vendre et parce que le public aime ça. Les gens en redemandent car il y a de l'excitation derrière un transfert. Souvenez-vous de « The Decision ». Souvenez-vous du « Dwightmare ». Souvenez-vous du transfert récent de James Harden. Un transfert retentissant a le même impact qu'un match à 60 points par n'importe quel joueur.

Et puis, même si les périodes de mercato sont encadrées, les rumeurs rythment une saison, et alimentent les spéculations. Hier, un proche de LeBron James a ainsi confié qu'il verrait bien la star du Heat revenir un jour à Cleveland. Et hop, une rumeur de plus sur une hypothèse qui concernera le marché des transferts en 2014…

Enfin, il y a la fameuse « vérification des sources » que tout bon journaliste se doit d'appliquer avant d'écrire un article. Mais lorsque cette source souhaite rester « anonyme », on fait comment ? Un agent ou un dirigeant ne dévoilera jamais son identité. Ou alors, lorsque l'affaire est quasi bouclée, histoire de se mettre en avant.

Quant aux clubs, pourquoi ne pas démentir une rumeur ? Tout simplement parce que ça lui donnerait de la crédibilité. Car, n'oubliez jamais, tout du moins en NBA, que les transferts les plus retentissants sont ceux dont on n'entend jamais parler. Quelques exemples récents ? Steve Nash aux Lakers, James Harden aux Rockets ou l'échange en triangle Howard-Bynum-Iguodala.

Personne ne les avait vus venir, et c'est la preuve que les dirigeants et les agents savent aussi tenir leur langue lorsqu'il s'agit de tractations vraiment importantes.

A propos de Fabrice Auclert

Journaliste et chef d’entreprise, Fabrice Auclert a grandi aux sons de la voix de George Eddy et des dribbles de Magic, Bird et Jordan. Depuis 1996, il est l’homme qui se cache derrière Basket USA. Sur Yahoo!, il nous fait vivre l’Extra Time, les prolongations en Français. Il vous livre ses impressions sur la saison de nos compatriotes tout en dénichant des infos croustillantes ou des vidéos insolites sur les stars de la NBA.