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Les années Stern

David Stern - DR1984 — 2014. 30 ans de règne. C'est beaucoup, voire énorme, pour n'importe quel dirigeant de n'importe quelle entreprise, pays ou fédération. Ce sera bientôt la propriété de David Stern qui a annoncé ce jeudi qu'il quitterait ses fonctions à la tête de la NBA le 1er février 2014. 30 ans après sa prise de pouvoir, et il détient déjà le record de longévité à la tête d'un grand sport américain.

Avec Stern, la NBA a ouvert ses frontières et découvert le monde

Lorsque je me suis pris de passion pour le basket en général, et la NBA en particulier, Stern était déjà là. C'est un peu comme Michel Drucker. On a l'impression qu'il a toujours été là, et forcément son visage, sa voix et son attitude deviennent familiers.

Accusé d'être un despote et d'abord un businessman, Stern est une personne que j'ai toujours admirée, et j'avais eu la chance de le croiser en 2010 à Boston. Il a ouvert la NBA à l'URSS en 1987, il a rappelé les professionnels en 1992, il a ouvert les portes aux basketteurs africains, européens puis asiatiques. Sur le plan du jeu, il a accepté la défense de zone ou utilisé la vidéo. Il a aussi été un précurseur sur Internet et en matière de réseaux sociaux (parmi les plus grands sports, la NBA est numéro 1 sur Facebook et Twitter). Stern a ouvert la NBA au monde et aux nouvelles technologies, et je ne peux qu'être admiratif.

Bien sûr, des joueurs comme Magic Johnson, Michael Jordan ou récemment Kobe Bryant et LeBron James l'ont bien aidé. Bien sûr, son bilan est entaché de deux grèves qui ont failli casser son jouet.

Il a failli tout perdre avec la grève de 2011

Mais voilà, la dernière grève m'a permis de mieux connaître Stern, et j'avoue qu'il me bluffait par sa stratégie. Je regardais les conférences de presse, et sa voix résonnait dans ma tête. J'avais compris qu'il cherchait à diviser les deux têtes du syndicat des joueurs : Billy Hunter et Derek Fisher. A l'usure. Et ce alors que les joueurs étaient remontés contre lui.

Mais Stern est le patron de la NBA. Les joueurs sont ses employés. Il peut se permettre de remettre Dwyane Wade à sa place lors d'une réunion. Il agit d'abord pour sa ligue, et après pour les joueurs. Mais il le fait de manière tellement subtile. D'une main de fer, mais avec humour comme au début du conflit.

Il y a un an, la NBA n'était pas sûre de reprendre. On savait que plusieurs semaines de saison régulière seraient jetées aux oubliettes. C'est à ce moment-là que Stern a changé de langage. De tenue aussi. Les chemises et le costard avaient laissé place à des pulls. Les épaules étaient retombées. Il avait compris que le camp adverse était déterminé. Il savait surtout que comme d'autres monarques en 2011, ses 27 ans de règne pourraient voler en éclat, et qu'on ne retiendrait que ça : l'annulation d'une saison entière. Du jamais vu en NBA.

On connaît la suite. Après 15 heures de négociation, dans la nuit du 25 au 26 novembre 2011, les deux parties se serrent la main. La saison est sauvée, et on aura droit à une saison de 66 matches. Pour Stern, cette saison raccourcie ne doit pas ressembler à celle de 1999. Il a alors une idée de génie : faire démarrer la saison le soir de Noël avec des affiches dignes de finales NBA ou de finale de conférence.

Les fans répondent présents, l'audience explose, et Stern sait qu'il vient de réussir son dernier pari : quitter la scène avec des salles pleines et des stars au sommet. Comme il l'a dit ce soir, la NBA est dans « une situation remarquable », et il compte bien profiter de ces 15 derniers mois pour terminer en beauté cette « super aventure. »

A propos de Fabrice Auclert

Journaliste et chef d’entreprise, Fabrice Auclert a grandi aux sons de la voix de George Eddy et des dribbles de Magic, Bird et Jordan. Depuis 1996, il est l’homme qui se cache derrière Basket USA. Sur Yahoo!, il nous fait vivre l’Extra Time, les prolongations en Français. Il vous livre ses impressions sur la saison de nos compatriotes tout en dénichant des infos croustillantes ou des vidéos insolites sur les stars de la NBA.