Extra Time

Les Clippers ou le Show Time 2.0

Le banc des Clippers à chaque match / Getty ImagesDes dirigeants incompétents, une poisse légendaire et le voisinage prestigieux des Lakers. Les Clippers ont été pendant des décennies la risée de la NBA. Même lorsque l’équipe récupérait une star ou un premier choix de draft, ça foirait. Ça en devenait presque risible. Exactement comme les blessures à Portland.

D’ailleurs, on l’oublie un peu vite mais Blake Griffin n’a pas joué une seule seconde lors de sa véritable année rookie. Il s’était pété le genou avant même de porter le maillot des Clippers, et on pensait alors qu’il était aussi maudit que sa franchise.

La venue de Chris Paul a tout changé

Sauf qu’un jour de décembre 2011, David Stern leur a filé un énorme coup de pouce. Alors patron intérimaire des Hornets (en attendant leur rachat), Stern oppose son véto au transfert de Chris Paul aux Lakers, mais accepte de l’échanger aux Clippers. On sort alors du lock-out et le patron de la ligue estime que la venue de Paul aux Lakers était nuisible à l’ensemble de la NBA, tandis qu’aux Clippers, elle équilibre les chances de chacun.

Avec le recul, je me dis que c’est peut-être ce jour-là que les Lakers ont entamé leur descente aux enfers, tandis qu’à l’inverse, les Clippers posaient les fondations de leur ascension vers les sommets. Mais passons...

Une première saison pour intégrer Chris Paul, tandis que Blake Griffin confirmait son statut de phénomène. L'équipe séduit, fait autant le spectacle que le Heat, mais prend une fessée face aux Spurs en playoffs.

Alors, cet été, le staff décide de recruter intelligemment. Les fondations sont là, et il n’y a plus qu’à récupérer de bons « role players ». Essentiellement, un banc de touche car c’est ce qui avait péché face aux Spurs en playoffs. Arrivent alors Jamal Crawford (que j’adore, vous le savez…), trois anciens Lakers (Ronny Turiaf, Lamar Odom et Matt Barnes), mais aussi Grant Hill qui préfère tenter cette aventure plutôt que de retrouver Steve Nash aux Lakers. C'était déjà un signe qui ne trompe pas...

Adoubés par Magic Johnson, légende vivante des Lakers...

Tous auraient pu signer ailleurs, peut-être même pour davantage d’argent. Mais les Clippers est « the place to be » désormais car elle possède peut-être le meilleur axe 1-4 de la ligue avec Paul et Griffin. On le sait depuis Utah et le duo Stockton-Malone, on peut aller très loin avec deux joueurs de ce calibre à ses postes clés. San Antonio le sait aussi avec Tony Parker et Tim Duncan. Phoenix n’a jamais été aussi fort que lorsqu’il y avait cette relation entre Steve Nash et Amare Stoudemire.

Socle idéal pour façonner un candidat au titre pour plusieurs saisons, Paul (27 ans) et Griffin (23 ans) ont aussi du charisme. Ils sont aussi spectaculaires. En clair, ils ont tout pour eux. Et ça déteint sur leurs coéquipiers. Non seulement, les Clippers gagnent et sont devenus leaders de la NBA (une série en cours de 13 victoires de suite à domicile !), mais en plus, ils s’éclatent. Magic Johnson himself en a fait les héritiers de son « Show time », ajoutant même qu’ils étaient encore plus spectaculaires que ses Lakers, car plus athlétiques. Quel contraste avec les Lakers d'aujourd'hui, vieillissants et englués dans une spirale de défaites.

Du spectacle mais aussi de la défense

Mais les Clippers ne seraient pas leaders de la NBA (ex-aequo avec le Thunder) s’ils se contentaient de sauter au plafond et de courir vite. Leur force, c’est aussi la défense (2ème à l’Ouest ; 4e de la NBA). Je ne suis pas fan de Vinny Del Negro mais force est de constater que son message passe bien. En attaque, il laisse les clés à Chris Paul, et c’est sans doute ce qu’il y a de mieux à faire. En défense, c’est davantage une affaire collective, mais on trouve encore Paul comme premier rempart. Une vraie teigne sur l’homme quand il s’y met, mais aussi, et surtout, un incroyable coupeur de trajectoire. Sa lecture de jeu défensive m’a toujours impressionné, et son activité gêne considérablement. A ses côtés, il y a l’intimidateur DeAndre Jordan, sorte de Dwight Howard du pauvre. Et il y a Matt Barnes qui, pour moi, mériterait peut-être le titre de meilleur remplaçant de l’année. Sur les rencontres que j’ai vues, j’ai l’impression que les Clippers font le break lorsqu’il est le parquet. Je n’appréciais pas trop ce joueur mais en attaque, comme en défense, il fait mal. Il est dans l’agressivité en permanence. Il fait aussi le sale boulot. Et on découvre cette saison que c’est un bon shooteur, et qu’il peut être efficace sur contre-attaque. Dans le même esprit, il y a Eric Bledsoe que certains surnomment mini-LeBron. Comme Barnes, il a un impact immédiat sur le jeu par l’amplitude de son jeu (passes, rebonds, contres, points, interceptions…) et ses qualités physiques.

Peu ou pas de faille dans leur effectif

A l’arrivée, est-ce qu’on tient là un futur champion ? Si Chauncey Billups revient sur le terrain, je crois qu’effectivement, les Clippers ont tout pour aller au bout. Ils ont, selon moi, l’effectif le plus complet et le plus talentueux de la ligue. Il n’y a pas de faille dans cette équipe. Il y a des anciens champions NBA, il y a des All-Stars, il y a de la jeunesse, il y a de l’expérience… On ne peut battre cette équipe que collectivement, en étant plus costaud qu'eux sous les panneaux ou en étouffant Chris Paul. Sur un match, Denver ou Golden State viennent de prouver qu’ils n’étaient pas invincibles. Mais sur une série, avec l’avantage du terrain, ils seront difficiles à sortir.

A propos de Fabrice Auclert

Journaliste et chef d’entreprise, Fabrice Auclert a grandi aux sons de la voix de George Eddy et des dribbles de Magic, Bird et Jordan. Depuis 1996, il est l’homme qui se cache derrière Basket USA. Sur Yahoo!, il nous fait vivre l’Extra Time, les prolongations en Français. Il vous livre ses impressions sur la saison de nos compatriotes tout en dénichant des infos croustillantes ou des vidéos insolites sur les stars de la NBA.