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Kobe Bryant rend-t-il les autres meilleurs ?

Kobe Bryant - Getty ImagesLes Lakers sont une nouvelle fois plongés dans la crise. Comme le PSG et l’OM en France ou le Real en Espagne, cette franchise ne peut se permettre de perdre trois matches de suite (dans sa salle de surcroît). Ça fait tâche, surtout au regard des investissements faits par les dirigeants, et du cadre : Hollywood.

Le problème, c’est que les dirigeants ont déjà utilisé leur principal joker : ils ont viré le coach (Mike Brown) au bout de cinq matches, optant pour Mike D’Antoni, chantre de l’attaque à tout va.

Peuvent-ils s’en séparer après une vingtaine de matches ? Magic Johnson répondrait « oui » puisqu’il répète depuis deux mois que « Mister Pringles » n’est pas l’homme de la situation.

Personnellement, je ne vais pas taper à nouveau sur D’Antoni, mais m’intéresser au cas Kobe Bryant.

Il est difficile de nier son talent. Plus de 30 000 points en carrière. Cinq titres de champion NBA. Une classe exceptionnelle et une élégance rare. Un grand communiquant. Un tueur aussi. Je ne suis pas un pro-Kobe mais je suis admiratif de sa maîtrise technique et de son mental de gagneur.

Mais rend-t-il les autres meilleurs ?

S’il n’a remporté qu’un seul titre de MVP, c’est peut-être parce que justement il reste aux yeux de tous un soliste, mais pas un rassembleur ou un chef d'orchestre. Quel coéquipier de Kobe a explosé à ses côtés, et profité de lui ? Sur le plan des récompenses, ils sont nombreux, de Turiaf à Morrison, à le remercier pour la bague remportée à ses côtés. Mais en a-t-il fait des bons joueurs ? Ont-ils progressé à ses côtés ? Je vous laisse y réfléchir…

Ce que je constate aujourd’hui, c’est que Kobe joue pour les autres pendant trois quart-temps, puis prend le match à son compte dans le money time. Il s’efface pendant trois quart-temps, histoire d’impliquer tout le monde. Peut-être le fait-il aussi pour être plus frais dans le dernier quart-temps…

Je trouve les derniers quart-temps des Lakers d’une pauvreté tactique insigne. C’est Kobe contre le reste du monde. Steve Nash est juste là pour monter le ballon jusqu’au milieu de terrain. Ensuite, place au Kobe show. Bien sûr, sur certaines séquences, les Lakers tentent de construire un système mais c’est brouillon, et caricatural. Les joueurs bougent comme des pantins. Il n’y a rien de naturel. Howard ou Gasol ont la balle en mains, mais ils ne regardent jamais le panier. Ils regardent Kobe bouger, qui tente de se démarquer.

C’est comme ça depuis le début de l’année, et c’était aussi comme ça l’an passé. Au moins, le jeu en triangle de Phil Jackson permettait à chacun de briller dans un système très ouvert.

10 matches à plus de 34 points, 10 défaites

A l’arrivée, qu’est-ce que ça donne ? Quand les Lakers gagnent, on crie au génie de Kobe, meilleur marqueur de la NBA à 34 ans passés. Quand les Lakers perdent, on tire à boulets rouges sur Gasol ou Howard. Jamais sur Kobe puisqu’il a tout tenté pour sauver son équipe…

Ce que je constate, c’est que cette année, Kobe a inscrit plus de 34 points à 10 reprises. Ça s’est traduit par 10 défaites… A un moment, il va falloir s’interroger sur sa capacité à tirer le meilleur de ses coéquipiers. Quand un joueur prend autant de tirs dans un dernier quart-temps, il paralyse ses coéquipiers. Qui osera prendre un tir dans le money time ? Il y a eu Nash face aux Knicks, mais c’est tellement rare…

Aujourd’hui, il y a de la tension dans le vestiaire. Dwight Howard et Mike D’Antoni ont coup sur coup déclaré qu’on pouvait jouer ensemble « sans être amis ». C’est vrai. On n'est pas obligé de s'aimer pour aller gagner des titres. Michael Jordan était détesté par certains coéquipiers qu'il humiliait à l'entraînement. Scottie Pippen et Dennis Rodman ne passaient pas leurs vacances ensemble. Kobe Bryant justement et Shaquille O'Neal se bouffaient le nez. Mais au-dessus d'eux, il y avait Phil Jackson, respecté de tous et catalyseur des égos.

Aux Lakers, depuis deux saisons, le patron, c'est Kobe Bryant, et le problème est là... Et finalement, j'ai un conseil à lui donner : prendre du recul, et manquer un ou deux matches. Cela responsabilisera ses coéquipiers, et lui permettra de constater qu'ils peuvent peut-être gagner sans lui. Comme l'an passé, lorsque les Lakers ont remporté 5 de leurs 7 matches lorsqu'il était blessé.

Chiche ?

A propos de Fabrice Auclert

Journaliste et chef d’entreprise, Fabrice Auclert a grandi aux sons de la voix de George Eddy et des dribbles de Magic, Bird et Jordan. Depuis 1996, il est l’homme qui se cache derrière Basket USA. Sur Yahoo!, il nous fait vivre l’Extra Time, les prolongations en Français. Il vous livre ses impressions sur la saison de nos compatriotes tout en dénichant des infos croustillantes ou des vidéos insolites sur les stars de la NBA.