Extra Time

L’appétit des Grizzlies

Marc Gasol (AP)Après l'excellent Portland — Houston de cette nuit (avec 35 pts de Nicolas Batum), j'ai regardé en différé Memphis — New York. Tout simplement le gros choc de la soirée puisqu'il opposait les leaders de chacune des conférences. L'enjeu était de taille pour Memphis : mettre fin à la belle série des Knicks, invaincus depuis le début de saison avec 6 victoires pour aucune défaite.

Des Knicks qui avaient marqué les esprits la veille en allant gagner à San Antonio. Mais justement, les Knicks étaient fatigués. On s'en est rendu compte à leur nervosité, mais aussi à leur maladresse. New York est tombé sur plus fort que lui aussi. Car Memphis, c'est aussi sérieux que solide. C'est le Memphis que l'on connaît depuis deux ans, mais en mieux.

Marc Gasol a pris une autre dimension

Ce qui change d'abord, c'est que l'équipe est au complet, et qu'elle a gagné en maturité. Comme les Spurs, le Heat ou le Thunder, les Grizzlies n'ont quasi rien changé à leur effectif. Confiance à ceux qui en ont fait l'une des cinq meilleures équipes de l'Ouest l'an passé.

Puis, ce que je note d'entrée, c'est que Marc Gasol a pris une toute autre dimension. Il est aujourd'hui la première option en attaque. Ce n'est plus Rudy Gay. Et les Grizzlies n'en sont que plus dangereux car Gasol est l'expression même de la triple menace : le shoot, la passe et le dribble. Lorsqu'il a la balle en mains, il est très dangereux. Davantage encore lorsqu'il la reçoit au poste bas. Il me rappelle Vlade Divac ou Arvydas Sabonis par sa capacité à fixer pour mieux passer. Techniquement, il est aujourd'hui le meilleur pivot de la ligue. Il est le seul à pouvoir éliminer son adversaire avec ses appuis ou ses feintes. Un vrai régal, et il a sans doute pris le dessus sur son frère. Et pourtant, j'adore Pau.

A ses côtés, il y a Zach Randolph, l'un des joueurs les plus sous-estimés de la ligue. Une tête de lard sous les couleurs de Portland, devenu un incroyable collectionneur de « double double ». Son agressivité en attaque fait mal. Sa main gauche aussi. Sa complémentarité avec Gasol est un casse-tête pour les adversaires. Impossible ou presque de faire des prises à deux sur l'un des deux.

J'ai apprécié aussi le jeu plus en retenue de Rudy Gay. Je ne sais pas si c'est LeBron James qui les inspire mais Gay, comme Carmelo Anthony, ont changé. Ils sont plus collectifs. Ils défendent davantage. Ils font jouer les autres. Je trouve que Gay laisse désormais le jeu venir à lui. Il reste un fort attaquant, et les défenses ne peuvent pas faire l'impasse sur lui. C'est là qu'est le piège. La frontline des Grizzlies est sans doute la plus impressionnante offensivement. C'est environ 60 points et 35 rebonds par match. De manière régulière. C'est énorme de pouvoir compter sur une telle triplette.

Un vrai banc de « role players »

A l'arrière, on trouve deux cols bleus. Le sobre Mike Conley, également sous-estimé, mais parfait pour s'effacer derrière les stars de l'équipe. Quant à Tony Allen, c'est le défenseur. Une sorte de Kevin Garnett au poste d'arrière. Cette nuit, il avait pour mission d'empêcher les Knicks de prendre confiance à 3-points. Sortie d'écrans, pressions sur les shooteurs… Il a déréglé l'attaque newyorkaise.

Derrière ce cinq habituel, des remplaçants qui connaissent leur rôle parfaitement. Il n'y a pas de titulaires potentiels mais de vrais role players comme Pondexter, Speights, Bayless ou Ellington. Le coach Lionel Hollins tourne à 8 — 9 joueurs sans que le jeu s'en ressente car il y a une vraie continuité. Cette gestion de l'effectif paiera sur le long terme, même si, selon moi, il manque un véritable 6e homme comme peut l'être un Jamal Crawford aux Clippers ou Jason Terry aux Celtics. Bayless pourrait l'être mais il est encore trop « fou fou » dans son jeu.

Maintenant, la question est de savoir si Memphis peut continuer sur le même rythme sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Comme je l'ai écrit plus tôt, pour la première fois, Memphis n'a pas de pépins. Depuis deux ans, Gay ou Randolph squattaient l'infirmerie. Malgré ça, l'équipe restait au top. Cette fois-ci, c'est peut-être la bonne.

Le problème, c'est que dans le même temps la NBA n'a jamais été aussi forte. Surtout à l'Ouest avec les Spurs, le Thunder, les Clippers et bien sûr les Lakers. Autant dire que les Grizzlies ne franchiront réellement un palier que si on les retrouve au moins en finale de conférence. Et ce sera très, très compliqué…

A propos de Fabrice Auclert

Journaliste et chef d’entreprise, Fabrice Auclert a grandi aux sons de la voix de George Eddy et des dribbles de Magic, Bird et Jordan. Depuis 1996, il est l’homme qui se cache derrière Basket USA. Sur Yahoo!, il nous fait vivre l’Extra Time, les prolongations en Français. Il vous livre ses impressions sur la saison de nos compatriotes tout en dénichant des infos croustillantes ou des vidéos insolites sur les stars de la NBA.