Avoir La Carte ou pas

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Jean-Pierre Marielle (à moins que ce ne soit Philippe Noiret – les versions diffèrent) ont inventé dans les années 70 l’expression « avoir La Carte » pour qualifier leurs coreligionnaires qui bénéficiaient de l’indulgence de la critique. Aujourd’hui Mathieu Amalric ou Emmanuelle Devos ont « La Carte » parmi les comédiens. Chez les journalistes, Frédéric Taddeï ou Bernard Pivot la possèdent comme Simone Veil l’avait dans le monde politique. Le milieu du football n’échappe pas à ces codes. Il y a ceux qui ont « La Carte » et ceux qui ne l’ont pas.

Ainsi Rémi Garde semble immuniser contre les attaques. Personne ne remet en cause ni sa qualité, ni sa légitimité. L’an passé l’OL n’a pas disputé la Ligue des Champions mais la responsabilité de l’entraineur lyonnais ne fut pas engagée. Sur les réseaux sociaux comme sur ce blog, amateurs de foot ou lecteurs de chroniques ne se privent pas d’écharper le jeune coach de l’OL, protégé de Jean-Michel Aulas et chouchou de Bernard Lacombe. Ils sont les seuls et interpellent les journalistes : « pourquoi ne critiquez-vous pas Garde ? » Pourquoi ? Bonne question.

Chaque confrérie privilégie certains et rejette d’autres. Est-ce une affaire de talent ? de résultats ? Pas seulement. Qui décerne « La Carte » ? Personne en particulier. Un esprit moutonnier, quelques affinités électives, l’air du temps produisent une pensée commune. Untel est désigné. Il est du bon côté. Untel est oublié. Il n’est pas élu. Rémi Garde est un garçon bien élevé. Il s’exprime dans un français impeccable, sans jamais hausser le ton. Il est servi par un visage de jeune homme qui dessine le portrait du gendre idéal. A part Benito Mussolini qui fit tuer le sien, personne ne déteste son gendre. Ce côté « propre sur lui » suffit-il à épargner Garde de toutes critiques ? C’est possible.

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Pareillement, Jean Fernandez échappe aux lazzis. Mais me direz-vous, il n’est ni jeune, ni gendre. Son calamiteux parcours à Nancy en 2012 et son éviction aurait du lui attirer les foudres. Non. Monsieur Jean résignera bientôt à Montpellier. Il a « La Carte ». En revanche, Frédéric Antonetti ne l’a pas. Il parle trop et trop mal. Il défie les journalistes en conférence de presse. Première erreur. Il pique des colères sur le banc de touche. Deuxième erreur. Il n’a pas la gueule de l’emploi. Troisième erreur.

Carlo Ancelotti a La Carte Gold, bien sûr. Elie Baup a tort de traverser la saison en survêtement, pas assez chic pour séduire la foule. Christophe Galtier est en passe d’obtenir le précieux sésame. Il était « Galette » à Marseille,  joueur de devoir, rugueux et fort en gueule. Il devient Christophe Galtier, héros du peuple vert, chevalier de Geoffroy Guichard, défenseur de valeurs, courageux et intransigeant, travailleur et loyal. Je ne doute pas qu’il soit encarté bientôt. Il rejoindra Rudi Garcia, Claude Puel, Christian Gourcuff, tous possesseurs d’un objet non identifié qui délimite des frontières invisibles.

Que ceux qui ne détiennent pas « La Carte » se rassurent. Les temps changent. Longtemps presse et public ont moqué Aimé Jacquet jusqu’à son accent qui sentait bon l’étable. Puis 1998 est arrivé. Aimé Jacquet possède « La Carte » à vie. C’est simple finalement. Il suffit de gagner la Coupe du Monde.

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