Défendre Fekir

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L’épisode Fekir montre la tristesse du moment. Fekir a chambré. Et alors ? Et si on se détendait un peu ?

Voilà donc où nous en sommes ! Un footballeur enlève son maillot pour chambrer le kop adverse et les supporters crient à la provocation, réclament une justice divine, appellent une violence immanente. Ils envahissent la pelouse. Quelle tristesse ! Les professeurs de morale soulignent la responsabilité d’un joueur de football, argumentent que des tensions existent dans un stade. Fekir est capitaine ; il doit montrer l’exemple.  Et blablabla et blablabla.

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Le pire est que je ne peux pas donner tout à fait tort à ces maîtres de la bien-pensance. D’où ma tristesse. 

Quelle époque ! Quelle misère ! Tout sera aseptisé, robotisé, javellisé. Sans humour, sans légèreté, sans rien du tout. D’Artagnan est mort. Cyrano est mort. Les petits hommes gris écrivent des règlements que d’autres petits hommes gris appliquent. Chacun est dans son rôle. Bruno Génésio regrette le geste de Fekir. « Il faut savoir rester modestes », dit l’entraineur de Lyon. Et si précisément, ne fallait-il pas le rester ? Histoire de renverser la table. Histoire de ne pas faire comme tout le monde. Un match de foot n’est pas un cours au Collège de France. Dans dix ans, dans vingt ans, de quoi parlera-t-on ? De Fekir et de son maillot enlevé.

Hélas ! Aujourd’hui, l’atmosphère n’est plus à la faribole. Le football est chose sérieuse. Il faut respecter le supporter, monsieur. C’est un homme qui souffre. Un homme qui paye. Un homme qui encourage. Fekir a outragé le peuple vert. Malheur à lui !

Et si on se détendait un peu ? J’ai bien conscience que ce n’est plus possible. Les Génésio ont raison. L’auto-censure règne. 

Geoffroy-Guichard ressemblait ce dimanche à ces joutes sur Twitter quand le réseau social consomme la haine et commerce la bêtise. J’ai peur que le monde de demain ressemble à Twitter.

Je me souviens qu’en 1973 à Nantes, Didier Couécou a regagné le vestiaire du stade Marcel Saupin à genoux depuis le rond central, le maillot des Verts dans la bouche. Le FCN avait éliminé Saint-Etienne lors d’un match retour de coupe de France. Une autre fois, toujours à Saupin, Ramon Muller était monté sur le ballon avec sa main en visière, feignant de chercher l’adversaire qu’il venait d’éliminer.

Couécou, Muller appartiennent au monde d’hier. Ils sont des gentils fantômes. Merci à Fekir d’apporter un poil de fantaisie à une période qui en manque.    


Pascal

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