Feghouli, témoin de son temps

Pascal Praud
·Blogueur Yahoo Sport

Jamais Zinedine Zidane n'a imaginé jouer sous d'autres couleurs que celles de la France. Zizou est né en 1972. Dans le Marseille de son enfance, les questions identitaires ne divisaient pas les Français comme en 2016. Les paroles de Sofiane Feghouli reflètent l'époque ; elles traduisent son malaise.

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“Nous, les Franco-Algériens, on a une place dans la société où c’est difficile.”
Voilà les mots d’un jeune homme né en 1989. Sofiane Feghouli a 26 ans. Il possède la double nationalité, française et algérienne. Il est également l'enfant d'une double culture comme bon nombre de jeunes gens, nés en France, amoureux de la terre de leurs ancêtres. Et comme eux, il exprime, à tort ou à raison, un malaise que personne ne découvre aujourd'hui : la difficulté de voir en la France, la mère patrie. “Dans cette société française, on n’est pas acceptés. Faut pas se mentir, c’est difficile pour nous, nos parents, ce sont des Algériens.”
Feghouli est né à Levallois-Perret. Il a connu les équipes du Red Star, du Paris Football Club et de Grenoble avant de partir pour l'Espagne où il fait le bonheur de Valence. Il est aussi le capitaine de la sélection algérienne puisqu'il a choisi en 2011 de jouer sous les couleurs de l'Algérie. Avant cela, il avait honoré une sélection avec l'équipe de France espoirs. Raymond Domenech pensa même à lui pour intégrer l'équipe A.
Dans un entretien qu'il a accordé à La Gazette du Fennec, il incite les jeunes d'origine algérienne à suivre son exemple : “Si j'ai un conseil à donner à ces nouveaux jeunes, c'est de ne pas hésiter d'opter pour le pays de leurs parents, c'est un principe à ne pas discuter. Il ne faut pas oublier l'histoire entre la France et l'Algérie, où il y'a eu des choses très graves qui se sont produites par le passé. Juste pour ça, je leur demande de jouer pour l'Algérie.”
Il n'y a pas de justification sportive dans les paroles de Feghouli. Ses arguments sont politiques, historiques, sociétaux. Chacun pensera ce qu'il veut de ce discours et il n'est pas dans mes intentions de rallumer la guerre d'Algérie. Feghouli traduit ces feux mal éteints dont Philippe Labro a fait un récit, ce traumatisme né de la décolonisation, des difficultés d'intégration, d'assimilation qui rongent la société française, encouragent le communautarisme, divisent les uns et les autres.
Yacine Benzia (Lille) et Adam Ounas (Bordeaux) écouteront-ils l'injonction de leur ainé ? Leurs choix seront attendus et commentés. Puissent-ils, pour eux-mêmes, prendre la bonne décision.


Pascal