Souviens-toi, Tardelli !

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Après celle du cinéma, voici la mort du football italien ! Nous nous sommes tant aimés. Zoff, Maldini, Rivera, Baggio, Baresi, Del Piero, Pirlo, Buffon, Rossi etc. Tous ont disputé une ou plusieurs coupes du monde. Leurs cadets n’iront pas à Saint-Saint-Pétersbourg comme on ne va plus à Cinecitta. 

La Dolce Vita était un rêve et la Squadra une promesse. Les voici tous les deux noyés dans la Fontaine de Trevi. La voix d’Anita Ekberg lance « Marcello… Marcello » mais personne n’écoute. Anita Ekberg était suédoise.  

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Ainsi l’Italie n’est pas qualifiée. Les cinquantenaires qui aiment le football ont toujours vu la couleur azur de la sélection quand venait le mois de juin, une fois tous les quatre ans. « Les Italiens sont des Français de bonne humeur », disait Jean Cocteau. De l’Italie, j’aime tout : les papes, Visconti, les Tod’s, la Fiat 500. J’aime prononcer avec un accent sur-joué « Fran-ces-co Tot-ti ». J’aime regarder Claudia Cardinale. Je ne suis pas objectif. J’écoute Week-end à Rome d’Etienne Daho depuis trente ans.

Le football italien n’est pas toujours léger. Il manque parfois d’élégance. Les défenseurs trichent quand ils ne fracassent pas. Tout cela est vrai mais je leur pardonne. Pourquoi ? Parce que les ballons arrivent dans les pieds ou mieux encore dans l’espace. Parce qu’un contrôle est un contrôle. Parce que les Italiens aiment d’abord gagner, qu’ils grandissent avec cette idée que seule la victoire est belle, qu’ils sont prêt à mourir à dix derrière pour défendre l’avantage d’un but. Dois-je aussi avouer qu’un pays où les hommes ne portent pas de souliers noirs avant 19 heures révèle un esprit troubadour que les clients de La Halle aux chaussures ne comprendront jamais.    

Hélas, je parle au passé. Comme souvent, diront des jeunes gens qui ignorent jusqu’au nom d’Alessandro Altobelli. Mais que savent les jeunes gens d’aujourd’hui ? « Je n’étais pas né », aiment-ils répondre quand vous leur parlez du monde d’hier.

Je m’écarte. Laissons les jeunes gens sur Twitter et revenons aux raisons d’une apocalypse. Pourquoi cet échec ? Absence de leader ? Génération perdue ? Un président de fédération incompétent (Carlo Tavecchio) ? Un sectionneur vieillissant (Gian Piero Ventura) ? Le foot italien est en crise. A-t-il manqué une révolution athlétique ? tactique ? Je ne doute pas que les professeurs en footbalogie sortent ces prochains jours de leur terrier et qu’ils expliquent le pourquoi du comment.  

Je me consolerai avec de veilles images. Nous sommes en 1982 à Madrid ; finale de la coupe du monde. Marco Tardelli marque le deuxième but de l’Italie contre l’Allemagne de l’Ouest. L’Italie mène 2-0 après soixante-neuf minutes (elle l’emportera 3-1). Tardelli porte le numéro 14. Il marqué et le Vésuve est en ébullition, ce n’est rien à côté de sa joie. Tardelli est en transe. Il court, il crie, il appelle. J’ai lu que pour beaucoup, cette célébration figure parmi les plus belles jamais enregistrées après un but. Je partage. Ce matin, j’ai revu Tardelli marquer, courir, hurler. Et j’ai eu les larmes aux yeux.

Pascal 

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