JEU DECISIF - Il y a 20 ans, Rafter enflammait Flushing

En 1997, l’US Open sacre, de façon inattendue, cet Australien flamboyant, symbole des derniers feux du tennis d’attaque.

A la fin du XXe siècle, les années en sept ont réussi au tennis australien. Après Pat Cash, vainqueur à Wimbledon en 1987, un autre Aussie prénommé Patrick entre dans l’histoire, en 1997 cette fois, à l’US Open. Son nom est Rafter, Patrick Michael Rafter.

Faire défiler pour accéder au contenu
Annonce

Voilà quatre ans maintenant que ce joueur formé par Bob Carmichael, et désormais drivé par Tony Roche, monte en puissance sur le circuit. A l’heure où le tennis a entamé sa mutation vers plus de puissance et la prédominance du jeu de fond de court, Rafter, lui, se la joue à l’ancienne, en digne héritier des héros sixties de sa terre natale. A l’abordage ! Au filet ! Et c’est magnifique !

Très vite, avec sa gueule de playboy, sa douce voix et sa gentillesse, Rafter devient l’un des chouchous du circuit. Mais c’est aussi et surtout par la folle intensité de son tennis. L’Australien compense ses relatives lacunes dans l’échange par ses qualités de combattant. Et puis au filet, c’est un pur régal tant il sent le jeu, anticipe ou se détend avec réflexe. En bon Australien, il sait poser ses volées dans la zone qui va perturber l’adversaire. Un jour, alors que j’interviewais Ken Rosewall, je lui avais demandé s’il croyait Rafter capable des plus grands exploits. Il m’avait répondu, « oui, parce que d’après ce que je sais, c’est un joueur qui écoute. » Sous entendu, les conseils des plus anciens. Rafter, tout jeunot, avait par exemple, suivi les recommandations de Carmichael d’aller passer un été, bien loin de chez lui, en France, pour disputer des tournois de clubs sur terre battue.

En 1997, Rafter arrive à l’US Open avec le dossard numéro 14, en pleine confiance, après des finales à New Haven et Long Island. Dans un tableau où les favoris tombent comme des mouches -Pete Sampras y compris- Rafter entame son petit bonhomme de chemin. En demi-finales, il retrouve Michaël Chang, numéro deux mondial, seul survivant parmi les tauliers, mais sur le court, c’est l’Australien, le patron. Le voilà en finale d’un tournoi du Grand Chelem pour la toute première fois. Ce qui est également le cas de son adversaire, le non moins inattendu Britannique Greg Rusedski, 20e mondial.

C’est peu de dire que les deux hommes sont tendus. S’offre à eux une chance unique, qui sait, de coiffer un Majeur. Rafter va finalement mieux gérer la situation. Et puis tennistiquement, service mis à part, il fait tout mieux que son adversaire, lui aussi un des derniers des Mohicans de la volée. A 24 ans, Rafter remporte l’US Open, le seul et unique titre de sa saison (pour six autres finales perdues !), le deuxième simplement de sa carrière, trois ans après une victoire à Manchester sur gazon.

Fort de ce succès, l’Australien prend vraiment confiance de ses possibilités. En 1998, il est absolument irrésistible, remportant six tournois dont les deux Masters 1000 de l’été américain avant de conserver son bien à l’US Open. Un tournoi où il est au bord de la défaite dès le premier tour contre Hicham Arazi avant de « s’envoyer » Ivanisevic, Sampras et son compatriote Philipoussis en finale. 

Sa formidable saison 1998 lui permet, l’année d’après, d’accéder durant une semaine à la première place mondiale. Mais ce n’est pas sa place, finalement. Rafter est avant tout un joueur de coups, de grands rendez-vous. De toute façon, son jeu, tellement exigeant physiquement et une épaule douloureuse ne lui permettent plus d’être régulier. Ce qui ne l’empêchera pas, à Wimbledon 2000 et 2001 deux disputer deux finales gigantesques face à Sampras et Ivanisevic avant de partir à la retraite quelques mois plus tard, à 29 ans, sur une défaite avec son pays en finale de la Coupe Davis face à la France, à Melbourne. Quatre ans seulement après avoir mis New York à ses pieds une première fois.

À lire aussi