JEU DECISIF - US Open - Pouille, la tête avant les jambes

S’il a jusqu’alors coincé en Grand Chelem cette année, Lucas se retrouve à l’US Open. Avec un tableau en or face à lui. Mais chuuut ! Il ne faut pas le dire.

Misha Zverev, Sam Querrey, Paolo Lorenzi, Kevin Anderson, Denis Shapovalov, Pablo Carreno-Busta, Lucas Pouille ou Diego Schwartzmann. Mais c’est quoi cette liste ? « L’entry » d’un prochain ATP 250 ? Pas du tout ! Ce sont les huit derniers joueurs encore en lice dans le bas du tableau de cet US Open qui ressemble à une vraie partie de roulette russe. L’un de ses survivants disputera donc la finale dans une semaine ! Waouh !

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Dans le lot, un p’tit bleu donc : Lucas Pouille. Après une saison jusqu’alors ratée en Grand Chelem, le protégé de Manu Planque redresse la tête à New York. En février dernier, à Marseille, j’avais demandé à Pouille comment il envisageait cette saison, celle de l'après, celle de la confirmation après une année 2016 où il avait cassé la baraque. Sous entendu : ça ne va pas être facile, tu vas être attendu, il y a pas mal de points à défendre sur certains tournois, etc…

L’ami Lucas m’avait gentiment renvoyé dans mes 22 en m’expliquant qu’il fallait voir les choses autrement, qu’il ne fallait justement pas se mettre dans une position de défense, mais bien d’attaque, et qu’à chaque tournoi, il y avait avant tout des points à gratter. On reconnaissait ici, en filigrane, la méthode de l’excellent Manu Planque, engagé après de son joueur pour combattre les idées préconçues, comme il le rappelait cette semaine dans L’Equipe, et notamment celle-là : « on n’a pas le droit de perdre quand on est bien classé et on n'a pas le droit de gagner quand on est mal classé. »

Pour un joueur prometteur comme Lucas Pouille, dont l’objectif est clairement d’aller un jour remporter un titre majeur, l’un des principaux chantiers de son éventuelle progression passe effectivement par ce travail mental, où il faut réussir à faire glisser la pression en dédramatisant, en oubliant la hiérarchie, ce poison, et, vieille antienne dans le tennis, en restant dans le présent. Lucas peut échanger sur tout ça avec Cédric Pioline, qui l’épaule aussi désormais. L’ancien numéro 5 mondial en connait un rayon dans le démêlage de noeuds psychologiques…

En 2017, Pouille, dont on louait l’insouciance l’année passée, s’est pris les pieds dans le tapis de ses émotions en Grand Chelem à Roland-Garros puis à Wimbledon, alors qu’il a enregistré de bons résultats par ailleurs (deux titres, une finale, une demi-finale en Masters 1000). Preuve que le déminage mental voulu par Planque est un travail de longue haleine, un apprentissage, pour un joueur finalement encore assez frais sur le grand circuit.

A Flushing Meadows, théâtre l’an passé de grands souvenirs avec sa victoire en cinq manches sur Rafael Nadal, il montre de nouveau une solidité certaine comme lors de ses cinq manches contre Jared Donaldson ou ses quatre sets face à l’atomique Mikhaïl Kukushkin. Du calme, des bons choix. Et ça change tout : les jambes tricotent rapidement et les frappes sont plus relâchées. Pour Lucas, comme pour les sept autres rescapés de cette partie de tableau, l’histoire continuera de s’écrire à l’unique condition de garder la tête froide. Avec Planque et un ancien finaliste de l’US Open à ses côtés, Pouille n’est le plus mal entouré pour garder les pieds sur terre.

Photo - AFP

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