Murray : la parole est -hélas !- à la défense

Jeu Décisif

La place de numéro un d’Andy Murray est l’expression d’une triste réalité : celle du règne qui perdure, après Rafael Nadal et Novak Djokovic, d’un jeu avant tout défensif.

Andy Murray a donc réussi son pari et définitivement validé sa place de numéro un en dominant assez nettement son prédécesseur, Novak Djokovic, en finale du Masters. A la mi-juin, personne n’aurait misé le moindre pound sur un scénario pareil mais le Britannique a réalisé une deuxième moitié de l’année proche de la perfection, tandis que, dans le même temps, le Serbe déclinait de semaine en semaine. Une saison de tennis, c’est dix bons mois, et malgré deux titres majeurs (Open d’Australie et Roland-Garros) contre un seul pour Murray (Wimbledon), Djokovic l’a un peu oublié. Et a été contraint de lâcher son sceptre.

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L’avènement de Murray -bravo à lui une fois encore- vient hélas accentuer une tendance, lourde désormais : le tennis qui gagne est celui des contre-attaquants, pour ne pas dire des défenseurs. Les trois derniers patrons du tennis mondial se nomment Rafael Nadal, Novak Djokovic et donc Murray. Force est de reconnaitre qu’ils évoluent globalement dans un registre identique -avec des petites différences évidemment- dont le socle commun est un tennis pourcentage reposant sur un physique de costaud. Cela ne veut pas dire qu’ils n’attaquent pas ou ne tentent pas de créer du jeu de temps à autre -ils en ont tous les trois les moyens- mais ce n’est en rien leur philosophie.

Le ralentissement et l’uniformisation des surfaces n’est d’ailleurs pas pour rien dans cet état de fait. Je le répète souvent ici mais je me demande vraiment parfois si les instances gouvernantes, soutenues par une large partie des joueurs d’ailleurs, prennent conscience de la gravité de leurs actes. Le tennis est un jeu. Si on continue de le pratiquer d’une façon trop conservatrice, n’est-on pas tout simplement en train de le tuer à petit feu ? Que s’est-il passé sur le WTA Tour ?

L’arrivée au sommet du classement ATP de Roger Rederer avait quelque chose de réjouissant. C’était il y a douze ans. Comme une éternité. Le Suisse était le représentant d’un tennis total, inventif, élégant, et vous en conviendrez, plutôt porté sur l’attaque. C’était une bonne nouvelle à une période où ce sport avait vu se succéder à sa tête Lleyton Hewitt, Juan-Carlos Ferrero et Andy Roddick, un défenseur, un terrien d’origine et un vrai-faux attaquant de fond de court. De très grands joueurs dans leur domaine, mais rien de très plaisant non plus.

Federer donc. Et si la dernière décennie a été aussi palpitante, c’est justement parce qu’on a eu droit à des oppositions de styles dont il était le point commun : Federer-Nadal, Federer-Djokovic, Federer-Murray. Le Suisse, dernier des Mohicans d’un tennis dont les fondements ne reposent en rien sur l’échange qui dure dans la perspective de pousser l’adversaire à la faute ou à l’asphyxie. Mais Federer n’est pas éternel.

Que ce soit bien clair, je ne suis pas du tout en train de critiquer la formidable réussite de Murray, consécration d’une carrière remarquable et fruit d’un travail de forçat. Mais je ne suis pas un fan absolu de ce jeu qui s’appuie d’abord sur la déconstruction de celui de l’adversaire. Parce qu’il a les qualités pour le faire, Murray a continué de creuser le sillon initié par Nadal et Djokovic. Plus le temps passe, plus il est profond, ce sillon. Plus il sera difficile d’en sortir…

Photo - AFP

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