L'étape de Cédric

La nostalgie des baroudeurs

Il y a une chose qui est devenue un sérieux problème pour les hommes au long raide, en groupe ou en solitaire : les équipes de sprinteurs. Aujourd'hui nous en avons encore eu la preuve.

Il y a eu en effet une nouvelle échappée partie au kilomètre 0 avec notamment Flecha, un habitué de ce genre d'exercice. Le problème c'est que désormais les équipes de sprinteurs sont tellement bien organisées, qu'il est devenu impossible d'espérer la moindre miette pour les opportunistes de la première heure. Certes, l'Espagnol a reçu le prix de la combativité à l'issue de cette étape mais franchement, il fallait être un peu cinglé pour se lancer à l'avant, connaissant le parcours de la course, l'appétit des sprinteurs avant d'aborder la dernière semaine et un vent 3/4 favorable.

Juan Antonio Flecha (en 3ème position) et ses compagnons d'échapée


Après qui ne tente rien n'a rien et ce n'est pas moi qui vais dire le contraire. J'étais moi-même un de ces coureurs qui devaient prendre des échappées pour gagner. Je me souviens de mon parcours solitaire en 97 ou j'avais fait plus de 140 km devant. Il faudrait regarder d'ailleurs si ce scénario s'est de nouveau répété ces dernières années sur le Tour ( je veux dire par là en étant devant pendant autant de kilomètres). Cela dit, la course a été belle. Nous avons eu encore une belle démonstration des sprinteurs mais c'est vrai que ce soir je suis un peu triste et je comprends que cela en frustre plus d'un !

Plusieurs explications

Ce constat explique également le manque de résultats des coureurs français. Ce sont généralement les spécialistes de ce type d'effort. Je crois que tout cela est dû dans un premier temps à la topographie de notre pays. Par exemple sur les routes du Tour d'Italie, quand la course passe au bord de la mer adriatique, ce n'est pas le même relief et les routes sont beaucoup moins bonnes. Forcément ça facilite les échappées. Sans faire de mauvais chauvinisme, nous avons la chance d'avoir en France de très bonnes routes et tout est aussi plus calculé.
Sur le Tour, vous n'allez pas aligner un coureur sans expérience ce qui n'est pas le cas sur le Giro où l'on teste plus facilement des coureurs. Deuxièmement, nous assistons dans ce genre d'événements à des échappées publicitaires. C'est un peu (voir beaucoup !) à l'image de notre société où l'enjeu financier est le plus important. Tout ces facteurs réduisent donc inévitablement les chances des baroudeurs. C'est en gros toujours le même problème et ça fait quinze ans que ça dure !

Conclusion : sur le Tour, mieux vaut être sprinteur que baroudeur !

A propos de Cédric Vasseur

Professionnel durant vingt trois ans, Cédric Vasseur fait partie des cyclistes français les plus expérimentés avec notamment dix participations au Tour de France à son actif entre 1996 et 2007.
Double vainqueur d’étape sur le Tour, en 1997 et en 2007, Cédric porte même le fameux Maillot Jaune durant cinq jours lors de l’édition 1997.
Consultant cyclisme depuis 2008 (RTBF, France Télévisions et beIN Sport), Cédric officie aux commentaires sur France Télévisions à l’occasion de l’édition 2013 de la Grande Boucle.