L'étape de Cédric

Le vent : l’ennemi n°1

Je me souviens de mes derniers 4 jours de Dunkerque en tant que coureur. Je discutais tranquillement en queue de peloton avec un coureur (un peu à l'image de Voeckler tout à l'heure) quand l'équipe CSC s'est mise à accélérer dès le départ. Il y avait un petit vent de côté ce jour là et je me suis tout de suite retrouvé largué. Au soir de la première étape, j'étais déjà à quinze minutes !

Les anciens rappellent souvent que le meilleur ennemi du cycliste c'est le vent. Il est parfois plus traître qu'une bosse ou un col. Aujourd'hui nous en avons eu la preuve. La plus grosse victime de ce coup de Trafalgar c'est bien sûr Valverde. Malheureusement pour lui, il a crevé en pleine bagarre, au moment où l'équipe de Mark Cavendish avait clairement accéléré à l'avant pour se protéger du vent et faire exploser le peloton. Si les Omega avaient ralenti pour attendre le dauphin au général de Chris Froome, Kittel serait rentré et leur tentative serait restée vaine.

Cela prouve bien que le vélo ce n'est pas qu'appuyer sur les pédales mais c'est aussi réfléchir. Dans les premiers billets, j'ai souvent rappelé l'importance de la tactique de course et le deuxième coup de maître dans cette étape est venu de Contador. Tout était réuni pour que l'on assiste à la même étape un peu soporifique que la veille. C'était sans compter sur ce vent de côté, ce fait météorologique qui aurait pu mettre Froome à plus de trois minutes aujourd'hui et la capacité de l'équipe Saxo-Bank à accélérer au meilleur moment ! Ce matin, je crois sincèrement que la Saxo Bank savait qu'il y avait un coup à jouer. Et puis ils ont dû se dire  que si Omega est parvenu à tout faire péter, on peut le faire aussi !



Pour gagner le Tour de France il faut être fort physiquement et Froome est au top de sa forme. Mais si son équipe n'est pas capable de définir une tactique pré-établie, c'est impossible de gagner le Tour. De plus, tous les coureurs ont dépensé énormément d'énergie depuis le départ et de ce fait, certains en oublient quelque chose de primordial : le placement.
Sur le Tour de France vous ne pouvez quasiment pas vous reposer en course. Il faut tout le temps rester attentif. Froome a tourné la tête trente secondes et il s'est fait bordurer… Je crois que ce coup de bordure restera dans les annales mais je pense qu'il était prévisible. D'abord la météo : qui dit vent de côté, dit bordure. Et pour finir, quand j'ai vu l'équipe Omega scinder le peloton en plusieurs parties, je me suis dit qu'il allait y avoir d'autres cassures…

Tout cela laisse présager une sacrée dernière semaine et je me dis souvent depuis le départ de ce Tour de France que tant que les coureurs ne seront pas en haut du Semnoz, la Tour Eiffel ne sera pas visible.

A propos de Cédric Vasseur

Professionnel durant vingt trois ans, Cédric Vasseur fait partie des cyclistes français les plus expérimentés avec notamment dix participations au Tour de France à son actif entre 1996 et 2007.
Double vainqueur d’étape sur le Tour, en 1997 et en 2007, Cédric porte même le fameux Maillot Jaune durant cinq jours lors de l’édition 1997.
Consultant cyclisme depuis 2008 (RTBF, France Télévisions et beIN Sport), Cédric officie aux commentaires sur France Télévisions à l’occasion de l’édition 2013 de la Grande Boucle.