La Renaissance d’Ana Ivanovic

J'ai apprécié les belles performances d'Ana Ivanovic dans les deux premiers tours de l'US Open. Connaissant les galères traversées par la jeune serbe, je me dis qu'elle doit particulièrement apprécier le fait de retrouver, du moins partiellement, le tennis qui l'avait amenée à la première place mondiale.

Deux années d'errance pour Ana

Ne crions pas victoire trop tôt. Ana est en convalescence. Elle revient de très loin, tant elle avait totalement perdu tous ses repères. Deux années d'errance au cours desquelles elle a plongé au classement WTA, passant de N°1 mondiale à la 80ème place. Mais plus, que le classement, c'est la perte simultanée de tous ses repères, de sa confiance qui l'ont conduite à une telle situation de stress qu'elle en a également perdu toute lucidité. Les choix opérés ont alors été faux. La peur est mauvaise conseillère. Elle conduit à rechercher des solutions miracles, à penser court terme et à attendre un coup de baguette magique d'un coach-sauveur. Ana change donc d'entraîneur à de nombreuses reprises au cours de ces deux années. Les résultats jugés insuffisants à chaque fois motivent le changement. Une joueuse se construit pourtant sur du long terme. Idem dans le cas d'une reconstruction comme dans son cas. Mais elle n'est plus lucide et cherche les solutions à l'extérieur, de l'aide, quelqu'un qui trouve la clé pour elle. Chaque coach arrive avec son projet, ses interventions techniques, son discours. A chaque fois Ana s'adapte, opère des modifications, y perd ses repères et ce qui a fait sa force. Elle est dans un puits sans fond...

Le choix Gunthardt

Et puis, elle décide de collaborer avec le suisse Heinz Gunthardt. Cette décision va lui permettre de retrouver progressivement ses marques. Le coach possède l'immense avantage d'avoir collaboré pendant de nombreuses années avec la grande Steffi Graf. Il n'a plus rien à prouver, il transmet de son assurance à la serbe. Qui plus, est, Ana possède un jeu relativement proche de celui de la grande championne allemande. Heinz va s'en servir pour l'aider à mettre en place une stratégie qui lui permettra d'exploiter ses qualités de jeu.

Le travail de fond

La joueuse serbe s'est construite autour d'un grand service, d'un coup droit frappé à pleine puissance, et d'un jeu de jambes lui permettant de tourner souvent autour de son revers.
Lorsque les doutes sont venus semer le trouble dans son jeu, elle a perdu ses armes. Le premier travail du suisse a donc consisté à lui redonner confiance en son service. C'est aujourd'hui le cas, puisqu'elle a retrouvé un bon pourcentage de premières balles, une vitesse satisfaisante lui permettant de réaliser beaucoup de services gagnants, des aces, et surtout, lui donnant la possibilité de se trouver en position d'agresseur dès la seconde frappe. Seul bémol, son lancer de balle est très irrégulier et elle doit constamment s'adapter à un lancer différent. Ce point n'est pas encore résolu.
Par ailleurs, Ana a impérativement besoin de disposer d'un jeu de jambes irréprochable, dynamique et rapide notamment sur les deux premiers appuis de manière à pouvoir tourner autour de son revers pour utiliser son grand coup droit. Lorsqu'elle le joue dans cette position, il est encore plus efficace que lorsque la balle lui vient directement dans l'axe, tout comme Steffi à son époque.
Son coup droit est donc son arme fatale. Ces dernières années elle faisait beaucoup moins mal avec ce coup, et réalisait beaucoup de fautes directes. Il était impératif de retrouver du relâchement, et de la traversée de balle. Un fois ce travail effectué, Ana se sent plus libre de frapper sans retenue avec ce coup, et il fait mal à l'adversaire.

Son revers a toujours constitué le maillon faible de son jeu. Elle n'a que peu de confiance en ce coup dans lequel elle manque de sensations. Elle le joue souvent en appuis ouverts, avec le poids du corps vers l'arrière et utilise plus la rotation du buste que la traversée de sa main pour donner de la vitesse à la balle, ce qui explique le manque de sensations.
Plutôt que d'envisager un réel travail technique compliqué, l'option prise est celle de la stratégie. Ana utilise mieux le court avec ce coup, pour obliger l'adversaire à orienter le jeu dans une zone où elle peut se positionner en coup droit.

Le déclic

Le déclic est venu d'un coup, sur un match. Ca peut se passer ainsi parfois... on travaille chaque jour pour mettre en place tous les éléments dont on a besoin. En match, les choses ne se produisent pas, parce que sous l'effet de la compétition, tout ce qui n'est pas totalement acquis peut disparaître avec le stress. Et puis, un jour, au moment où on l'attend le moins, d'un coup, tout se met en place.
A Cincinnati, Ana, toujours en plein doute affronte au premier tour une Azarenka en pleine confiance. Menée un set et un break, elle n'entrevoit pas de solution, et puis, soudain, le miracle se produit, elle remporte le second set au tie break, et son jeu se met en place. Les matchs suivants confirment cette tendance puisqu'elle atteint les demi-finales en infligeant des scores très sévères à toutes ses adversaires.
Ici, à NYC, elle réalise une très belle entrée en matière. Deux très bons matchs joués en retrouvant le plaisir de jouer. Elle rencontrera Razzano au troisième tour, pour avoir la chance de disputer un match pour lequel elle n'aura rien à perdre face à Kim Clijsters.