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Les maillots super-connectés du Stade Toulousain : une avancée ou une concurrence déloyale ?

Stade Toulousain (Reuters/Philippe Wojazer)Un article dans la Dépêche de cette semaine a attiré mon attention.

Le Stade Toulousain a signé un partenariat avec le projet Smart Sensing ("capteur intelligent" en traduction littérale). C'est un projet industriel d'envergure (porté par un consortium français de cinq entreprises et d'experts, avec à sa tête Cityzen Sciences) qui vise à introduire des capteurs électroniques dans les tenues des joueurs. Cela permettra de recueillir des données en temps réel et donc d'améliorer leurs performances.
Si j'use de vulgarisation : dès janvier 2014, grâce à des capteurs placés dans leurs maillots, les joueurs du Stade Toulousain seront totalement «connectés». Le staff pourra donc connaître leur température, leur rythme cardiaque, leur niveau d'hydratation, leur capacité d'accélération, leur positionnement sur le terrain ou encore le nombre de kilomètres parcourus pendant un match, le tout en temps réel grâce à une appli déclinée sur ordinateur ou smartphone. Les maillots seront munis de «patchs» intégrés au tissus, et bourrés de capteurs miniaturisés.
Dans les projections, après quelques tests avec le Stade Toulousain, cette nouvelle technologie sera disponible pour le "grand public" pour la modique somme de 180€. Oui, toi, le coureur du dimanche, tu pourras savoir combien tu as transpiré dans ton maillot grâce à l'application mobile dédié.

Ce qui semblerait anodin ou normal pour un club de haut niveau, soulève quand même la question d'une concurrence déloyale.
Gagner en connaissance pour augmenter la performance, oui pourquoi pas. Les centres de formations sont nés de cette volonté de se structurer autour d'un sport se professionnalisant. Les connaissances en nutrition et en anatomie permettent une meilleure récupération et un potentiel physique du joueur poussé à l'extrême.
La fédération avait fait un reportage avant la coupe du monde pour justement mettre en lumière les techniques "connectées" de préparation des joueurs du XV de France.

Cependant, souvenez vous des combinaisons en natation.
Aux Jeux de Sydney, l'Australien Ian Thorpe avait marqué les esprits avec sa combinaison complète. Puis l'arrivée des tenues contenant des plaques de polyuréthane avait bouleversé la donne des compétitions de Natation internationales (108 marques mondiales battues en 2008). En 2009, ce n'était pas moins de 43 records du monde qui sautaient grâce à l'arrivée des combinaisons entièrement en néoprène aux Mondiaux de Rome. Les avantages ? Flottabilité, glisse, gainage, contention, récupération. Un nageur normalement moyen devenait plus rapide graçe à la bonne combinaison. Les autres, ceux qui n'avaient pas les bons sponsors, étaient désavantagés.
La Fédération internationale de natation (FINA) avait du réunir en Juillet 2009 afin d'interdire à partir de 2010, les combinaisons en polyuréthane pour des raisons évidentes de concurrences déloyales. Le seul bémol de cette histoire est que la FINA a continué à prendre ces records pour mesure au lieu de les annuler.

Certes le Stade Toulousain a besoin de trouver de nouvelles façons de rester au top pour poursuivre leurs performances. Mais cette histoire de maillots me semble savonneuse. Portés lors de matchs, ils donneront clairement un avantage au coaching, afin de sortir un joueur déshydraté ou cramé plus rapidement que pourrait l'envisager l'adversaire non équipé. Il est vrai, j'extrapole, mais je n'ai trouvé aucune condition d'utilisation de ces maillots (exclusivement pour des matchs d'entrainement par exemple).
Qu'adviendra-t'il d'un Mont de Marsan ou d'un Brive face au choix de s'équiper ou de remplir son banc de remplaçants valables ?
Ne piperons-nous pas les dés de la performance et du Top14 si la majorité (ou une minorité d'ailleurs) s'équipe et pas les autres ?

A propos de Poupimali

Poupimali est une blogueuse fière de son terroir, passionnée de rugby et de ses valeurs. Consultante en stratégie de communication sur les réseaux sociaux le reste du temps, elle rédige ici son blog spécialisé rugby d'actualités et d'analyses, satirique et féminin. Il est fortement conseillé de la lire parfois avec second degré (voire troisième).

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