À 15 ans, b-girl Syssy représentera la France au Battle of the Year international

Syssy, à New York. (F. Seguin/L'Équipe)

Trois semaines après un voyage marquant à New York, la Stéphanoise Syssy (Sya Dembélé) représentera la France au Battle of the Year (ou BOTY) au Japon, compétition internationale de référence du milieu break. À 15 ans seulement, elle fait partie des espoirs de l'équipe de France.

Elle danse sur les plus grandes scènes internationales depuis ses 9 ans. En 2016, Syssy s'envolait déjà vers l'Allemagne avec son équipe Melting Force pour la finale internationale du Battle of the Year (BOTY), une pointure du milieu. « C'était incroyable, se souvient Sya Dembélé, championne de France des moins de 16 ans. J'étais comme quelqu'un de 30 ans, une danseuse à part entière alors que je n'avais que 9 ans. Ça m'a fait prendre de l'expérience hyper tôt et progresser très jeune. »

Cette année, à 15 ans seulement, Syssy (son surnom et son nom de scène) revient sur cet événement incontournable, une des références à l'international, créé en 1991, soit une des plus anciennes du milieu. En mai dernier à Montpellier, la b-girl (nom donné aux danseuses) a battu en finale du BOTY France, en un contre un (le format des JO 2024), sa pote Kimie Alvarez (16 ans), décrochant son ticket pour le Japon. Le duo dansera ensemble (en deux contre deux) ce week-end à Okinawa sur le genre d'événement qui peut faire décoller une carrière.

Jusqu'à peu, Syssy était trop jeune pour s'aligner sur les compétitions internationales de la WDSF (la Fédération internationale), donc liées à l'écosystème olympique pour Paris 2024, où le breaking fera son entrée au programme. Son tout premier (et seul) événement ? Au début du mois, les Championnats d'Europe : 27e et 3e Française.

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Il y a trois semaines, la Stéphanoise de 15 ans s'est envolée avec un groupe d'espoirs du break tricolore pour une tournée américaine à New York et Los Angeles, organisée par l'association Blacklist, pépinière de jeunes talents basée près de Dunkerque qui les accompagne dans leur professionnalisation. Entre une balade dans Harlem, un match de NBA des Knicks et un shooting au pied de la Statue de la Liberté, la troupe a participé à plusieurs battles de la semaine du Red Bull BC One, la plus prestigieuse compétition internationale (hors du circuit fédéral).

Syssy a atteint la finale du deux contre deux (un b-boy et une b-girl), en compagnie de Luka (23 ans), coéquipier chez Melting Force. Elle devait danser avec son grand frère Damani (19 ans), mais il s'est blessé au genou (ligaments croisés) quelques semaines plus tôt. C'est avec lui qu'elle a débuté la danse, après avoir rapidement abandonné la gymnastique, « trop strict ».

« J'allais toujours le voir à ses entraînements, raconte la lycéenne de seconde, qui a choisi un parcours par correspondance, et aimerait devenir orthodontiste, tout en continuant la danse. Je me suis dit que j'avais envie d'essayer, c'est Damani qui m'a tout appris. J'ai adoré les battles, la rivalité, l'ambiance incroyable. C'est ça que je préfère. »

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Depuis l'enfance, Syssy a été biberonnée à la musique, ses parents étant des artistes professionnels, du groupe de danse africaine Doni Doni. « Depuis que je suis petite, j'ai la musique et la danse dans la peau, le rythme, poursuit-elle. La danse africaine aussi, ça m'a beaucoup aidé pour le break, le rythme. »

Du haut de son mètre 75, Syssy a frappé fort à New York, marquant le milieu. La vidéo d'un de ses passages est même celle qui a été le plus likée et commentée de tout l'événement sur le compte Instagram Red Bull BC One, très suivi par une communauté ultra-connectée (près de 600 000 followers). « Techniquement, elle est vraiment impressionnante pour son âge, confirme Migthy Mouse, 38 ans, danseur américain avec qui elle s'est entraînée la veille dans un studio américain. Ce qui me bluffe chez cette génération, c'est qu'ils voient les autres danser, comprennent comment faire les mouvements et arrivent à les refaire très rapidement. »

« Elle a encore une grande marge de progression, c'est ce qui est le plus fou, confirme b-boy Soso, qui la suit depuis ses 5 ans chez Melting Force. Elle va encore apprendre tout ce qui est stratégie de battle, débloquer des mouvements et en créer d'autres. En powermooves (les mouvements acrobatiques au sol) chez les b-girls, il n'y en a pas beaucoup qui excellent dans cette partie. Elle oui : réussir à mélanger les acrobaties, les freezes (un mouvement en équilibre, statique), des mouvements spectaculaires. »

Au Japon, Syssy aura l'occasion de se confronter un peu plus au niveau international avant l'année 2023, qui sera déjà décisive pour Paris 2024. Sur scène, pas question de penser à l'âge. Dans le break, les championnes de cette année ont de 16 ans (la Néerlandaise India, championne d'Europe et vainqueure du Red Bull BC One) à 24 ans (la Japonaise Ami, championne du monde et titrée aux World Games). « Les JO, c'est un de mes objectifs oui, comme un autre, sourit l'adolescente. On regardait les JO quand on était petit avec mon frère alors participer en break, même si on n'y a jamais pensé petit, ce serait incroyable. »