À 91 ans, ce supporter ne manque pas un match à Laval

À 91 ans, Venant Sochon reste un entêté des Tangos dont il a forcément fêté l'accession en Ligue 2 après cinq saisons en National. Rencontre.

Sa passion paraît plus exacerbée que jamais. Venant Sochon, 91 printemps passés, est LE suiveur historique des Tangos. Domicilié à une trentaine de kilomètres de Laval, à Saint-Fraimbault-de-Prières, village de 980 âmes, l'ancien industriel laitier achève son 35e exercice d'affilée en tant qu'abonné. Plus fou, il n'a pas manqué un match au Stade Francis-Le-Basser depuis 1987.

Mais d'où lui vient cet attrait pour les Orange et Noir ? Plus jeune, il n'a « jamais été licencié en club. Mon père était agriculteur et syndicaliste paysan donc il n'avait pas le temps pour ces choses-là. » Le nonagénaire est tout simplement tombé amoureux de l'équipe de sa région.

Il doit d'abord vivre sa passion à distance puisqu'il travaille loin de Laval. Cela ne l'empêche pas de rester informé des péripéties de son club favori : « Je suivais les matchs à la radio, à la télé, j'allais voir les résultats dans le journal. »

Aujourd'hui, malgré des problèmes de mémoire, Venant Sochon se souvient parfaitement de l'épopée européenne de Laval en 1983, en Coupe de l'UEFA (C3). Porté par sa passion débordante, il se refait le film du « magnifique exploit » contre le Dynamo Kiev (0-0, 1-0) ou du « match retour complètement fou » face à l'Austria Vienne (3-3 ; 0-2 à l'aller), qu'il a regardé dans un restaurant.

De retour dans sa région d'origine, le Mayennais ne perd pas de temps. Dès le mois de novembre 1987, il se procure une carte d'abonnement. Depuis, l'homme à l'air renfrogné arpente les tribunes de Francis-Le-Basser.

Au début, cette lubie n'était pas vraiment du goût de sa soeur, chez qui il loge depuis son retour des Ardennes. « Mais maintenant elle est rassurée, elle ne dit plus rien », s'amuse-t-il. Lors de chaque rencontre à domicile, le même rituel s'enclenche. Au volant de sa petite Mercedes ou, plus rare, de sa vieille Peugeot 405 dégotée il y a trente-cinq ans, le nonagénaire avale rapidement les kilomètres qui le séparent du stade, « grâce à la deux fois deux voies et parce que j'aime bien la vitesse. Mais je respecte toujours le code de la route », s'empresse-t-il de préciser.

Installé dans un premier temps à proximité de la pelouse, le Mayennais occupe désormais le siège 245 de la tribune Actual haut impair, près de la Présidentielle. « Quand le speaker crie le noms des joueurs, je crie aussi. Je me lève, j'applaudis, je lève les bras. Et quand il y a un but, on se tourne les uns vers les autres et on se congratule. » Après le coup de sifflet final, le retraité débriefe les rencontres autour « d'une bière fraîche ou d'un verre de vin dans une brasserie ou à la buvette des Socios ».

Ces moments lui permettent de converser avec des habitués, notamment son voisin de gradin : « C'est toujours appréciable d'échanger avec des personnes qui s'y connaissent. » Le passionné discute également avec des fans venus juste pour l'occasion : « Il y a des gens de la Sarthe, de l'Orne, on parle du déroulement du match, c'est très instructif. Ils viennent d'un autre département donc on peut évoquer le tourisme, l'industrie qu'ils ont dans leur région. »

La ferveur pour le Stade Lavallois suit Venant Sochon jusque dans sa garde-robe. Les jours de match, il revêt sa casquette orange, son écharpe et l'une de ses trois tuniques des Tangos. Sa collection va s'agrandir : « Je vais acheter le nouveau maillot sorti spécialement pour les 120 ans, avec un ''Président'' marqué en diagonale », décrit-il. Un anniversaire qui se déroule ce samedi. Pour le Mayennais, il était hors de question de manquer la fête.

Malheureusement, cette saison, Venant Sochon n'a pas pu participer aux déplacements : « Je ne pouvais pas à cause du Covid, je n'avais pas toutes mes doses (de vaccin). J'ai préféré rester prudent. Aujourd'hui, c'est bon », explique-t-il. Résultat, le nonagénaire à pris part à l'ultime voyage du Championnat de National, à Orléans (2-3) : « On a perdu, mais on était sûrs d'être premiers. Ça m'a fait plaisir. J'espère recommencer l'année prochaine. »

En vue de l'exercice 2022-2023 justement, où les Tangos évolueront en Ligue 2 pour la première fois depuis 2016-2017, le Lavallois a déjà réfléchi à la stratégie idéale pour le mercato : « Ils ont intérêt à recruter des joueurs, sinon l'année prochaine ça va être difficile. Ils passent de l'amateurisme au professionnalisme, il faut se renforcer. »

Plus motivé que jamais, Venant Sochon attend la campagne de réabonnement et a déjà coché quelques affiches, comme celle face à Saint-Étienne. Catégorique, il ne compte pas manquer à son assiduité légendaire : « Tant que je peux aller au stade, c'est que je ne suis pas invalide, plaisante-t-il dans un éclat de rire. Même si j'ai des problèmes de fatigue, j'irai quand même... »

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles