À Doha, l'ambiance monte crescendo dans la rue

Des supporters brésiliens dans les rues de Doha, prêts à vibrer lors de cette Coupe du monde. (N. Luttiau/L'Équipe)

Dans la capitale qatarienne, le décor est étonnant, les lumières scintillent, les policiers veillent et les supporters commencent à se lâcher gentiment.

Une violoncelliste revisite un classique de Sean Paul devant une foule en transe. Des nuées de drones composent une Coupe du monde dans une nuit sans étoile. Un feu d'artifice se reflète sur les vitraux glacés de la skyline, la forêt de gratte-ciel. Samedi, à 19 heures, depuis le parc Al-Bidda, Doha a lancé un mois de festivités et la ville a connu ses premières vraies émotions après une placide mise en route. Et ce côté paisible ne disparaîtra pas avec l'arrivée des fans des nations les plus braillardes.

Après le crépuscule, il faut voir ces nombreux hommes qui défont leurs sandales et mettent les pieds dans l'herbe fraîche le long de la corniche, face au golfe Arabique, ou ces mamans qui surveillent des fratries baroques, le petit dernier avec le maillot du Qatar sur les épaules, le grand avec celui du Brésil. Le souk et la corniche, où convergent les visiteurs après le coucher d'un soleil dangereux en journée, racontent un parc d'attractions sans aspérité, gorgé de sons et lumières artificiels, gardé par des milliers de policiers fort aimables, sauf quand vous avez l'idée saugrenue de traverser en dehors des passages piétons.

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« Par rapport à Dubaï, c'est plus de luxe, plus de sécurité, moins de touristes occidentaux et de rues bondées, confie Nabila, Franco-Marocaine de 35 ans qui travaille dans les assurances à Paris. Ils essayent de créer une ambiance, mais on sent qu'ils n'ont pas trop l'habitude des événements sportifs, ça fait plutôt un gentil Disneyland. »

Le souk Waqif est pavé de dalles et de bonnes intentions au vu de sa propreté insensée, les chameaux et les poneys sont dans des enclos, la crème glacée turque à vingt riyals qatariens (cinq euros) fait fureur. Toutes les trente minutes environ, une joyeuse troupe de supporters locaux passe dans les rues en chantant. La vingtaine, la barbe un peu sauvage, Bruno, Lucas et Pedro appartiennent à la communauté argentine de Copenhague. Dans leur tunique albiceleste, ils découvrent un autre monde : « Les gens sont adorables, ils aiment tellement Messi qu'on se fait sans cesse arrêter dans la rue pour poser sur des photos, comme des personnes connues ! » Les compères trouvent « chère la bière à 15 dollars (14,50 €) », mais se sont fait une raison : « Ce Mondial sera détox ! » Ils s'enjailleront au Fanta lors de leur concert du soir, celui du Colombien Maluma.

Lazrag, lui, appartient à l'armée tunisienne, les nombreux expatriés à Doha voient leurs rangs enfler depuis une semaine. « Je suis arrivé de Tunis à trois heures du matin, dit le supporter de 27 ans. C'est l'après-midi, je me réveille encore, tranquille. On va prendre le café. Et après, je ne dors plus pendant un mois, on va faire la folie ici. Le Qatar, c'est la Tunisie, frère ! »

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À quelques mètres, des ouvriers se rafraîchissent avec des jerrycans en plastique, d'autres fignolent à la truelle quelques façades. « Tu vois un investissement massif pour faire en sorte que tout fonctionne », souffle Francisco, Mexicain de 56 ans. Posé tel une ghutra, un drapeau tricolore de son pays sert de coiffe à ce cadre d'une grande compagnie, venu du Panama pour son neuvième Mondial. Alors qu'il vise la vingtaine de matches au stade, il n'en revient pas de ce « métro époustouflant, où tu peux manger par terre », puis s'interroge : « En Russie, de Sotchi à Ekaterinbourg, tu passais ta vie dans des avions. Ici, tout aura lieu dans la même ville. Je ne sais pas comment ils feront quand les supporters du monde entier seront ici. Mardi, il y a quatre matches dans la même journée ! Les infrastructures suivront-elles ? » Ses interrogations sont emportées par un vent tiède, qui charrie une version jungle de « Ramenez la Coupe à la maison ».