À Munich, les Bleus testent pour la première fois le combiné olympique des JO 2024

Pour la première fois en compétition internationale, Sam Avezou et Mejdi Schalck vont expérimenter sur ces Championnats d'Europe le nouveau format du combiné olympique bloc et difficulté, qui a poussé les grimpeurs à ajuster, encore, leurs stratégies d'entraînements. Pour aussi prendre des repères à deux ans des JO de Paris.

Des morceaux de peau en lambeaux, quasi à vif. Après quatre jours de combat intense sur les murs, les doigts des grimpeurs souffrent en Bavière. « J'ai tous les doigts en sang, j'ai même essayé de mettre des gants à l'échauffement, racontait Mejdi Schlack après l'épreuve de difficulté (15e), lui qui a terminé au pied du podium en bloc. Je savais que ça allait être dur, mais je m'attendais pas à être aussi claqué. »

Pour participer au combiné sur ces Championnats d'Europe (mercredi et jeudi), les grimpeurs ont dû enchaîner, sur quatre jours, les deux épreuves (bloc et difficulté) avec au total, pour les meilleurs, deux manches de qualifications, deux demi-finales et deux finales. Programme corsé.

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Deux médailles au lieu d'une

Les trois jours de repos à Munich ont fait du bien aux organismes, avant de s'aligner en finale du combiné, le premier test de ce nouveau format attendu à Paris en 2024. À Tokyo, l'été dernier, pour l'entrée de la discipline au programme olympique, l'escalade avait eu droit à une seule médaille. Au lieu de privilégier une des trois disciplines de compétition (bloc, difficulté, vitesse), les instances ont choisi un format inédit, jamais vu dans le milieu : un mélange des trois. Passé la polémique (auparavant, aucun athlète ne pratiquait à haut niveau les trois), tous s'y sont mis.

Pour Paris, la grimpe compte désormais deux médailles : une épreuve de vitesse, une autre d'un combiné bloc et difficulté (et trois médailles sont espérées pour Los Angeles en 2028). Décision logique et appréciée par tout le milieu, comme son calcul de points bien plus compréhensible qu'au Japon. Au lieu du jeu des multiplications en place à Tokyo, les performances de chaque épreuve seront notées sur 100 points à Paris et le classement final résultera de l'addition des points dans chaque épreuve, soit un total sur 200.

Laurent Lagarrigue

« Ce Championnat d'Europe va nous permettre de prendre des repères. Pour l'instant, on avance un peu par tâtonnements. »

Les stratégies d'entraînements des grimpeurs sont donc encore une fois à revoir et à adapter. C'est le cas de Mickaël Mawem, finaliste à Tokyo, passé tout proche d'une médaille. « a fait quatre ans que je m'entraînais en vitesse et bloc surtout, spécialement pour Tokyo, précise le champion d'Europe de bloc 2019. Sauf que pendant quatre, voire presque cinq ans, les autres athlètes, français ou internationaux, ont tout de suite switché sur le projet de Paris 2024, s'entraînant à fond dans le bloc et la difficulté. Moi, j'ai pas mal de retard là-dedans. »

« Certains vont se positionner sur une discipline à fond, d'autres vont bosser les deux, explique Cécile Avezou, coach des Bleus en difficulté. Il faut trouver la bonne alchimie, selon les qualités de chacun. » « Ce n'est pas évident, concède Laurent Lagarrigue, entraîneur et coordinateur de la préparation olympique. Ce Championnat d'Europe va nous permettre de prendre des repères. Pour l'instant, on avance un peu par tâtonnements. »

Entre polyvalence et expertise

Alors quel est le profil idéal ? Polyvalent certes, mais il est aussi indispensable d'être très bon dans une discipline pour monter sur le podium. À l'image de l'Américain Colin Duffy (18 ans), vainqueur pour la toute première fois de l'histoire d'une manche de bloc et de difficulté sur une même Coupe du monde, à Innsbruck en juin. La polyvalence à très haut niveau devient de plus en plus fréquente.

« Cette saison, on voit beaucoup de grimpeurs qui ont été forts en bloc et qui sont encore très forts sur les étapes de difficulté, confirme Cécile Avezou. Ça laisse penser qu'un bon bagage au niveau du bloc se transfère sur la diff'. »

Si au niveau de la formation des jeunes, beaucoup pratiquent les deux, l'arrivée de l'olympisme dans l'escalade a clairement accentué cette tendance. « Je pense que je ferai les deux, même sans les JO, car j'en fais depuis tout petit, mais peut-être juste un peu moins quand même », explique le vice-champion d'Europe de bloc et quadruple champion du monde chez les jeunes Sam Avezou.

La France dispose d'un fort vivier habitué aux deux disciplines. Comme la pépite bleue, Oriane Bertone, médaillée de bronze en bloc, qui, au dernier moment, a préféré se concentrer sur une seule discipline à Munich, pour aussi gérer la fatigue d'une saison dense quand on s'aligne sur les deux en Coupe du monde.

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Par choix (fatigue, retour de blessure, stratégie d'entraînement), les expérimentés Fanny Gibert (numéro 3 mondiale de bloc en 2018 et 2019) ou Manuel Cornu (médaillé de bronze en bloc l'an dernier) ont également fait l'impasse sur le combiné à Munich. Mais devraient y revenir avant 2023, pour les premières épreuves qualificatives.

« Pour nous, j'ai l'impression que les qualifs ont presque déjà commencé, car le niveau est dense en équipe de France, pointe Sam Avezou. Il va falloir gagner sa place chez les Français. » Jeudi, en finale, lui et Mejdi Schalck comptent bien déjà marquer les esprits.

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