Les équipes F1 divisées au sujet des Grands Prix sur deux jours

Fabien Gaillard
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La F1 est revenue à Imola début novembre en apportant dans ses bagages une nouveauté qui tenait tout à la fois officiellement d'une situation logistique compliquée et officieusement d'une opportunité de tester un format qui a été évoqué, parmi d'autres idées, pour l'avenir de la discipline, à savoir un week-end de Grand Prix organisé sur deux jours, samedi et dimanche. Lorsque la fin de saison 2020 a été mise en place, ce format a été choisi pour le Grand Prix d'Émilie-Romagne, pour des raisons liées au voyage entre le Portugal où se tenait l'épreuve précédente et l'Italie.

L'occasion donc, de tester in situ un week-end avec une seule séance d'essais libres longue de 1h30 le samedi matin, avant les qualifications habituelles durant l'après-midi puis la course le dimanche. Les équipes ont d'habitude un total de quatre heures d'essais, réparties sur trois séances, dont deux le vendredi.

L'idée d'un tel format visait tout autant à réduire la durée de présence sur un circuit dans le cadre d'un Grand Prix, ce qui pourrait s'avérer intéressant dans le contexte d'un calendrier plus dense, mais également de réduire la quantité de données récoltées par les écuries pour préparer les séances décisives que sont les qualifs et la course, dans l'idée de les rendre plus imprévisibles.

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Au sein du paddock, la réduction du roulage divise les écuries. Ainsi, le directeur de , Otmar Szafnauer, a déclaré qu'il ne s'agissait "pas de Formule 1" : "Je pense que ça doit être fait du point de vue des fans : est-ce que les fans aiment ce format ?"

"Je pensais que j'allais aimer, mais c'est un peu étranger pour moi. Après 23 ans à avoir vendredi, samedi et dimanche, c'était un petit peu curieux et pas naturel. En abordant [la] semaine, j'étais totalement ouvert à ça, je pensais que j'allais aimer. Mais désormais, j'ai le sentiment désagréable que ça ne va pas et que ce n'est pas de la Formule 1."

Pour Szafnauer, les plus grosses écuries, avec des ressources plus importantes, ont toujours un avantage lorsque le roulage est limité, même s'il est évidemment impossible de profiter des données de la même manière que le vendredi soir lors d'un week-end normal.

"Si vous avez de meilleurs outils et techniques de simulation à l'usine, être préparé pour venir [au circuit] aide lorsque les séances d'essais et de qualifications sont aussi condensées. Si c'est ce qui arrive à l'avenir, alors nous allons commencer à mettre en place une infrastructure à l'usine afin d'être capables d'optimiser [le roulage], juste comme les autres."

Du côté du responsable de la performance du véhicule de , Dave Robson, il ne serait pas "trop difficile" pour les équipes de s'habituer au roulage réduit car elles feraient toutes face au même challenge. Il reconnaît toutefois que les ingénieurs souhaiteraient maintenir autant de temps de piste que possible.

"Il s'agit d'une de ces choses qui affectent toutes les écuries de façon presque égale, donc je pense que si c'est ce que la discipline veut faire, ça ne serait pas un gros problème", a déclaré Robson. "Vous savez comme sont les ingénieurs, nous n'aimons pas le changement. Je pense que nous apprendrions rapidement à nous adapter et à en tirer le meilleur, donc c'est faisable, si c'est la direction que l'on veut prendre."

Des risques sur le plan commercial ?

Andreas Seidl, le team principal de , a accueilli avec plaisir le challenge du week-end sur deux jours, mais s'interroge quant à lui sur l'impact commercial du temps de roulage réduit. "Nous aimons ce format sur deux jours, ce format compact. Nous aimons le challenge supplémentaire d'être au maximum de nos capacités en 90 minutes le samedi matin."

"Mais, en fin de compte, c'est une discussion menée par la Formule 1. Cela dépend évidemment beaucoup des contrats qui sont en place avec les promoteurs, avec les télévisions et ainsi de suite. C'est quelque chose qui pourrait aussi nous aider à réduire les coûts et nous permettrait de passer moins de temps loin de chez nous, surtout pour nos mécaniciens et ingénieurs, c'est quelque chose que nous considérerons comme positif."

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Une inquiétude partagée par Toto Wolff, le directeur exécutif de , qui estime que certains circuits auraient intérêt à pouvoir disposer de trois journées pour les spectateurs : "Je l'aime beaucoup. C'est vraiment condensé. Il faut beaucoup d'adaptabilité. Il faut simplement que la voiture soit en bonne position dès le début, il n'y a pas beaucoup de temps pour analyser les données et faire tourner le simulateur dans la nuit."

"Je ne pense pas que ça marcherait sur tous les circuits. Je crois qu'il y aura des grosses courses, espérons avec beaucoup de spectateurs à nouveau, où une épreuve de trois jours aura plus d'intérêt, je pense à Melbourne et au nombre de personnes là-bas, et à l'histoire que l'on peut raconter, au contenu que l'on peut offrir sur ces pistes. Je ne pense pas que ça convienne à tout le monde, mais je crois que pour [Imola], ça a bien fonctionné."