Éric Antoine : « Mon corps, un cadeau et une malédiction »

Éric Antoine. (Benjamin Decoin/M6)

L'humoriste, illusionniste, animateur, metteur en scène et auteur de 46 ans, actuellement en tournée avec son spectacle « Grandis un peu ! », se raconte dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du magazine L'Équipe.

« L'adolescence, c'est le moment le plus complexe dans le rapport au corps. Ce qui ne m'a pas aidé, c'est qu'à 13 ans, j'ai pris 20 cm en un an et demi, passant de 1,72 m à plus de 1,90 m. Tout d'un coup, tu deviens plus grand que tous les adultes. C'est très compliqué dans le rapport à la séduction, à l'espace. Je me cognais continuellement, je cassais tout ce que je touchais. C'est marrant parce que c'est le moment où j'ai commencé la magie qui, pour le coup, est un métier de précision et d'adresse.

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À l'époque, je pratiquais le tennis mais surtout l'aviron, à un niveau très poussé. Ma mère a fait partie de l'équipe olympique de ski alpin italienne, elle avait ce rapport particulier qu'ont les athlètes de haut niveau à leur corps, cette rigueur. J'ai moi-même beaucoup skié jusqu'à l'âge de 10 ans. Mais mes problèmes de croissance m'ont complètement fait arrêter le sport.

Depuis, mon rapport au sport a toujours été en dents de scie. Là, j'ai repris une pratique assez costaude, quasiment quotidienne, avec beaucoup de cardio, de gainage, de préparation physique pour mes spectacles. Beaucoup de boxe, aussi. J'adore ça. Avec mon coach, Vincent Parisi, un ancien champion du monde de ju-jitsu, on travaille la française, l'anglaise et même la thaï. Sur le plan des réflexes, de la dissociation - la magie en demande beaucoup -, c'est vraiment génial.

J'ai un rapport amour-haine avec mon corps. Par moments, c'est mon copain, mon outil. Le fait de mesurer plus de 2 mètres et plus de 100 kg, c'est quand même un cadeau quand tu fais de la scène. Et d'un autre côté, c'est une malédiction, parce que je me sens toujours un peu hors du monde. Il n'y a pas un endroit où j'entre et où je suis à l'aise. Les vêtements sont difficiles à trouver, les chaussures aussi... Tous les jours, le monde te rappelle que ton corps n'est pas celui de la majorité des gens.

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Ce qui me gêne le plus, davantage que ma taille, c'est mon poids. J'ai un rapport complexe à la nourriture, et notamment au sucre. Et comme je dors peu, c'est un cercle vicieux : je suis fatigué, je bouffe pour tenir, je rentre dans des cycles boulimiques... c'est une cata. Comme tous les obèses, j'ai essayé plein de régimes différents : le sans sucre, le Dukan, le kéto...

Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est le jeûne intermittent. Je suis aussi devenu végétalien depuis trois ans. C'est un choix à la fois éthique, philosophique et écologique que je défends... mais c'est contraignant, aussi.

Au début, c'est fantastique, parce que tu perds, forcément, tu nettoies, et puis maintenant, je découvre toute la malbouffe végétalienne... Bon, en termes de santé, l'estomac me brûle beaucoup moins. Le problème, c'est que pour avoir le même apport calorique, t'es obligé de manger des quantités plus importantes.

Si j'en avais le pouvoir, je m'enlèverais bien une dizaine de kilos. Quand t'as connu, comme moi, l'obésité morbide, que t'as fait quatre ou cinq fois le yoyo de 135 à 115 kg, tu vois vraiment la différence au quotidien dans ta fatigue, ton mental, ta manière de parler, l'envie de ne pas être regardé, de ne pas t'habiller... J'ai fait du chemin, mais ce n'est pas encore ça. Je regarde très peu ce que je fais (à la télé). Je n'en ai pas envie, ça me fait mal. »