Les États-Unis décrochent un sixième titre mondial historique par équipes

Les États-Unis ont été couronnés pour la sixième fois aux Mondiaux de gym par équipes. (E. Garnier/L'Équipe)

Les États-Unis ont décroché un sixième titre mondial record, devançant les Anglaises et les Canadiennes. Les Bleues, qui ont fait trop d'erreurs, terminent à la 8e place.

Un scénario improbable, même si le doute n'a jamais plané quant à la victoire des Américaines, ni même sur l'identité de leurs dauphines immédiates. Malgré une chute d'Alice Kinsella à la poutre, championne d'Europe de l'exercice en 2019, la Grande-Bretagne s'est offert une médaille d'argent historique. Une seule fois, en 2015, les Anglaises avaient goûté un podium mondial (3e). Et c'était déjà à la maison, dans l'écossaise Glasgow.

En revanche, personne n'aurait parié sur le Canada pour valider avec ces deux nations-là les trois tickets en jeu pour une qualification olympique directe. Mais ce sont bien Ellie Black et ses soeurs qui ont l'assurance de visiter Paris en 2024, en même temps qu'elles décrochent leur première récompense collective à ce niveau.

Peut-être parce que personne ne les attendait, les Canadiennes ont effectué cette finale dans leur bulle. Elles ont été les seules à ne pas commettre d'erreurs majeures, la clé de la réussite avec ce format exigeant qui ne souffre pas la médiocrité. Demandez aux Brésiliennes, troisièmes des qualifications, mais qui n'ont pas réussi à compenser l'absence de Flavia Saraiva, blessée à la cheville (4e) ; aux Japonaises, qui étaient si près de toucher le bronze comme en 1962 et 1966, jusqu'à l'erratique et ultime passage aux asymétriques de Kokoro Fukasawa, créditée d'un indigne 9,40 points qui les rétrograde à la 7ee place.

Et aux Françaises, qui pesteront longtemps d'être à ce point passées à côté de leur sujet. Chute au sol d'Aline Friess, à la poutre pour Carolann Héduit, un saut mineur pour Coline Devillard, un coup de barres pour Mélanie De Jesus Dos Santos... La 8e place ne reflète pas leur potentiel, mais bien leur (contre-) performance du jour.


L'équipe américaine était pourtant articulée autour de trois étudiantes

Mardi soir, Liverpool s'est révélée la capitale d'un monde anglo-saxon que dominent les États-Unis. Depuis 2011, les Américaines ont, certes, abandonné l'or olympique l'été dernier, mais raflé tous les autres titres : les deux des Jeux de Londres et Rio, et les six derniers mondiaux. Un record, mieux que la série des Roumaines entre 1994 et 2001 (5).

Une hégémonie majuscule alors que manquaient à l'appel la star Simone Biles et la championne olympique Sunisa Lee. Surtout, l'équipe alignée s'articulait autour de trois étudiantes, du jamais-vu. Jade Carey et Jordan Chiles, médaillées d'argent par équipe à Tokyo, ainsi que Leanne Wong, leur remplaçante au Japon, ont toutes effectué leur première saison universitaire en 2022. Et cela n'a rien d'anodin. Avant elle, seules cinq autres Américaines s'étaient risquées à cette bascule entre deux mondes si opposés.

« J'étais quasiment sûre qu'après les Jeux, j'arrêterais et me tournerais vers les études, souriait Jade Carey, la championne olympique au sol, engagée avec l'université de l'Oregon. Mais j'ai fini par réaliser que toute cette expérience à Tokyo, j'avais viscéralement envie de la revivre. » Jordan Chiles, elle, ne s'était pas posé la question, certaine qu'elle prolongerait le bail jusqu'aux Jeux de Paris pour les vivre avec ses entraîneurs français, Cécile et Laurent Landi. « Mais je savais aussi à quel point ce serait dur d'assister au cours en présentiel, d'être là pour mon équipe NCAA, de ne couper après la saison universitaire... On va dire que j'aime les défis. »


voir aussi

Toute l'actualité de la gymnastique

Pourquoi ce double cursus semble-t-il si délicat à assumer ? Parce que les règles et le rythme n'ont rien à voir. En NCAA, la traditionnelle cotation sur 10 points, abolie par l'élite en 2004, reste en vigueur. Les compétitions ont lieu toutes les semaines devant des salles combles, mais les contraintes techniques sont moindres, les exercices au sol ne comportent que deux diagonales acrobatiques, contre trois ou quatre en version olympique, les variations aux barres sont réduites de moitié, celles à la poutre n'enchaînent que trois ou quatre éléments.

« Il est aussi interdit de s'entraîner plus de vingt heures par semaine, précise Cécile Landi. L'entraîneur de Jordan à UCLA (Los Angeles) est une de mes meilleures amies, ça aide pour mieux collaborer. Jordan a pu maintenir sa préparation physique, mais elle a dû réapprendre des éléments quand on l'a récupérée en avril. » Ces trois-là, associées aux jeunes Shilese Jones et Skye Blakely, ont en tout cas prouvé qu'elles étaient assez solides pour franchir la passerelle.