15 minutes avec Crutchlow avant le clap de fin

Guillaume Navarro
·9 min de lecture

Comme toujours en petit comité, Cal Crutchlow en donne pour leur temps à ceux qui viennent s'installer avec lui pour parler de course (un peu) et badiner en semi-off (pas mal). Le compte-rendu du pilote LCR Honda de ses belles qualifications conclues à la quatrième position, ses dernières en tant que pilote permanent en MotoGP, aura été pour le moins représentatif de ce qu'était un moment passé avec celui-ci ces dernières années.

Le Britannique ne manque jamais bons mots et plaisanteries au cours de ses interviews, tout en se montrant brutalement honnête mais aussi apte à perdre sa concentration sur le sujet évoqué, pour dévier vers un autre et commenter sur la discipline et ses protagonistes à tout bout-de-champs à la manière d'un observateur extérieur. Ne fuyant pas sa responsabilité dans le fait d'avoir manqué la première ligne de la grille de départ en vue de la course de ce dimanche, le Britannique a néanmoins de quoi se satisfaire du fait de s'élancer depuis la quatrième position après de belles dernières qualifications.

Cal, tu étais vraiment content de ton tour de Q1, alors est-ce que tu t'es dit pour la Q2 : "fuck it, attaquons et voyons ce qui se passera ?"

Oui ! Mais j'ai fait une grosse erreur sur mon tour de Q1, en fait, qui m'a vraiment énervé. J'ai fait un blocage avant dans le virage 13 alors que j'accélérait déjà ! Je me suis retrouvé vraiment lâché : j'ai cru que j'allais sortir de piste et malgré ça j'ai fait un vraiment bon dernier secteur donc ce que j'ai pensé c'est que pour la Q2, si je faisais un bon travail dans les trois premiers secteurs, alors je savais que je pouvais bien réussir le secteur 4.

Mais le problème est que mon secteur 4 n'a pas été aussi bon concluant : j'ai pris quelques dixièmes mais je n'ai pas freiné aussi tôt et j'ai perdu 0''2. J'ai donc perdu ma première ligne, mais quoi qu'il en soit, je suis heureux et j'étais sur le fil [hier]. C'est ce que j'aime faire et c'était ma dernière séance de qualifications.

Avais-tu comme plan de travailler main dans la main avec ton pote Jack [Miller], avec qui tu t'es retrouvé ?

Comme vous le savez, Jack et moi on a toujours été amis. Ce n'était pas un plan mais je savais que Jack le ferait et donc je voulais me positionner de manière décente mais le problème est que cet idiot a raté son virage un et il m'a emmené avec lui [rires] ! Donc moi, j'ai continué mon tour puis il m'a nouveau baisé [sic] dans le dernier tour et je crois que je vais essayer de lui en parler [rires]. Mais non, il n'y avait pas de plan et Jack sait que je suis le plus vieux de l'université et il a du respect pour moi car avec le vieil âge ce n'est pas si facile !

Je ne suis pas super dans le tour de sortie et il le sait, mais il a poussé comme un malade pour essayer de rattraper Morbidelli ou je-ne-sais-qui et je me disais : "Ah putain, ne pousse pas autant dans le tour de sortie !" mais j'ai quand même réussi à faire un bon tour et me voici en quatrième position sur la grille.

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Qu'attends-tu de ta dernière course en partant de la deuxième ligne ?

Je n'en ai aucune idée. Je ne sais pas du tout à quoi m'attendre pendant la course : ce n'est pas que tout le monde est sur une stratégie pneumatique différente [de moi], mais je crois que je suis sur quelque chose de différent car je n'ai pas vraiment aimé le pneu que tout le monde semble utiliser, aussi bien à l'avant qu'à l'arrière… Alors on verra si je peux y arriver avec les miens et si je peux obtenir une bonne position, mais j'ai l'impression que si je parcours toute la course tout seul je serai dans une meilleure situation que si je me retrouve juste derrière quelqu'un ou en chasse car on a des trajectoires assez peu orthodoxes !

Lucio [Cecchinello, son directeur d'équipe] était très excité sur le pitwall après le tour de Q1 [qui a qualifié Crutchlow pour la Q2]. Comment est-ce que tu t'es senti en le voyant aussi excité après ?

Je l'avais déjà fait Aragon et je m'étais retrouvé en première ligne là-bas et quand j'ai le sentiment que je peux pousser je peux bien le faire. Ce fut chouette de voir les gars, surtout après la Q2. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même pour ne pas avoir récolté la première ligne en raison de mon erreur, mais quoiqu'il en soit, je suis super heureux de cette position.

Cette année, on n'a pas couru sur certaines pistes comme à Silverstone ni Assen, deux tracés que tu aimes beaucoup. Trouves-tu dommage de ne pas avoir pu y repasser sur une MotoGP en conditions de course avant de partir ?

Sur certaines oui, et sur d'autres non ! Comme vous le savez, je n'aime pas trop voyager loin donc ça dépend un petit peu de la distance de la maison ! Mais je suis certain que d'ici la mi-saison l'année prochaine, je serai à nouveau prêt à voyager un petit peu et à me rendre sur des circuits… Mais si je devais en choisir un, oui, Assen me manquerait car je me rappelle avoir été dans une bataille en 2017 ou 2018 quand il y a eu environ 150 dépassements dans la course et c'était génial ! C'est toujours de la super course là-bas et j'ai décroché un super podium aussi en 2013, j'étais dans une bonne période de ma carrière, donc c'est vrai qu'Assen est un circuit qui me manquera pas mal et que si je devais en choisir un, ce serait celui-ci.

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C'était ton dernier tour rapide en qualifications où tu donnes tout ; est-ce que tu y as pensé ? Tu mets toujours ton cœur dans le pilotage : est-ce que cette adrénaline du tour rapide va te manquer ?

Non, parce que je n'ai pas été très bon globalement à cet exercice ces deux dernières années [rires] ! Mais c'est vrai que c'était chaud d'être en mesure de pousser et j'étais de pire en pire au niveau de mes émotions, ce qui est probablement normal. Oui, c'était ma dernière séance de qualifications en tant que pilote titulaire donc c'était chargé d'émotions quand j'ai quitté la pitlane avec Jack et ce genre de chose… et puis ensuite j'ai tout donné dans le tour. Et si l'on parle de temps au tour, eh bien je suis le quatrième [plus rapide] au monde en ce moment donc c'est plutôt sympa comme sentiment avant de partir ! [rires]

Est-ce que ta nuit sera différente ?

Non ça ira, je vais bien dormir ! Mais je ne sais pas si je vais me lever [rires] ! Cela dit, je serais bien content de passer une nuit comme celle d'après la course de Valence où les choses ont un peu dégénéré avec Jack, Taka [Nakagami], Álex [Márquez]. Je peux bien imaginer une autre nuit comme celle-ci : là, c'est certain que je serais encore bloqué au lit [rires] !

Comme je sais que vous aimez bien les histoires, le plus marrant à propos de cette nuit-là, c'est qu'à quatre heures moins le quart du matin, on a pénétré dans le motor-home de Joan [Mir, victorieux et sacré champion ce week-end là, ndlr]. Il était à moitié ouvert et on a réussi à passer la porte et rentrer car bien évidemment il avait gagné la course et on pensait qu'il était là-dedans. Mais il n'y était pas, alors on a essayé de trouver son trophée, histoire de faire quelques photos avec ! Mais il l'avait pris avec lui [rires]. C'était une bonne nuit à Valencia et ce serait bien d'en avoir une autre comme ça avant de partir mais et je m'en vais tôt demain...

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Ce dimanche, c'est ta dernière course et des "vieux" pilotes charismatiques comme toi ou Dovizioso s'éloignent. Est-ce que tu penses que ces jeunes pilotes peuvent représenter le futur du MotoGP en termes de charisme ?

Il faut leur demander s'ils ont du charisme ou pas [rires] ! Au final, je cours contre des gars qui ont quinze ans de moins que moi et il est toujours naturel que les choses changent à un moment donné. Et si vous regardez notre pilotage, à Dovi et moi, on a toujours un petit peu les mêmes que ceux qu'on avait il y a cinq ou six ans et c'est difficile de changer ça ou de faire ce qu'il faut. Et notre corps n'est pas non plus le même que le leur !

Je pense que les gars qu'on a maintenant avec Quartararo, Rins, Joan, qui a remporté le championnat, et ces garçons qui montent, ils vont continuer à être très rapides. Mais comme je l'ai dit en conférence de presse, je transmets le témoin à Jack pour être honnête et toujours dire la vérité je suis certain qu'il continuera à le faire. Je suis impatient d'être assis à regarder ça !

Est-ce que tu as planifié quelque chose pour saluer l'équipe demain après la course ?

Non ! Mon équipe sait depuis un moment que je pars et ils m'ont apporté tellement de succès dans mon parcours avec Honda ; ils ont travaillé très fort pour moi – comme moi je l'ai fait pour eux –. Ce n'est pas comme si je n'allais jamais les voir à nouveau : je vais les voir dans le paddock, lors des tests, mais c'est vrai que c'est triste de quitter une si belle équipe. La vie continue et ça va me manquer, le travail avec les gars, mais ils vont avoir un autre nouveau pilote l'année prochaine avec qui je pense qu'ils ont hâte de travailler aussi…

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