Il y a 24 ans, Francesco Totti devenait le garçon en or

Après 24 ans de carrière professionnelle, l’encrier est un peu vide. Que peut-on raconter sur Francesco Totti qui n’a jamais été écrit ? Alors qu’il affiche 40 ans depuis le 27 septembre dernier, et malgré une vie qui l’a vu préférer l’amour d’un club à l’hypermédiatisation des plus grandes écuries, le capitaine de la Roma est l’objet d’un culte, d’une fascination. Comment un joueur qui avait tout pour être le meilleur du monde a-t-il pu privilégier un style de vie et une relation affective avec son club de toujours, quand les bras de Florentino Perez, Silvio Berlusconi ou Roman Abramovich tentaient de l’attirer, avec des promesses de gloire, de titres et de gros sous ?

Francesco Totti, le dernier empereur romain

On a tout dit sur Francesco Totti. Tout a déjà été écrit. On pourrait parler de football, de son jeu merveilleux en déviation, de ses coups francs délicieux, de ses petits lobs fabuleux ou de ses buts de légende inscrits face à Gianluigi Buffon, Julio César et Iker Casillas. On pourrait évoquer l’admiration qu’il suscite, des photos réclamées par Lionel Messi, Luka Modric ou Sergio Ramos. Mais aussi des mots affectueux de Diego Maradona, Roger Federer ou encore Pelé. On pourrait parler de sa longévité, de ses 24 années professionnelles, de son record de plus vieux buteur en Champions League, de ses 250 buts en Serie A, de ses 23 saisons consécutives avec au moins un but inscrit en championnat, de ses 42 derbies disputés et de son record de 11 buts contre la Lazio. On pourrait noter ses trop rares trophées avec un scudetto, deux Coupes d’Italie, deux Supercoupes d’Italie et une Coupe du monde. On pourrait célébrer ses nombreuses récompenses individuelles en Italie, mais aussi son Golden Foot 2010 ou son soulier d’Or 2007. On pourrait, enfin, citer tous ceux qui ont côtoyé Totti tout au long de sa carrière, pour se rendre compte de la tâche ardue réalisée par le gladiateur romain. De Zidane à Ronaldo, de Messi à Cristiano, de Maldini à Cassano, de Marquinhos à Batistuta, il a traversé les époques avec ce sourire malicieux et avec la même hargne pour faire trembler les filets adverses.

Mais évoquer Francesco Totti en ce 28 mars 2017, date anniversaire de ses débuts en Serie A il y a 24 ans, c’est surtout parler d’amour. Car ses touches de balle sont des caresses, ses ouvertures des délices et ses buts des petits mots doux à l’oreille. Francesco Totti et la Roma ne font qu’un. 24 années professionnelles, 25 saisons et un seul maillot. Point de coup de couteau dans le contrat de mariage et d’expéditions dans le Golfe ou aux USA. La passion est trop forte, l’enracinement dans cette ville bien trop tenace. Rome l’a vu naître, grandir, vieillir et la Cité éternelle le verra sans doute mourir. Ce fils de Rome, ce dernier empereur romain, n’a jamais cédé à la facilité. L’amour est un formidable exhausteur de sensations. La passion déraisonnée et déraisonnable. Un attachement qui vous fait autant de bien que de mal. Souffrir des mauvais résultats, des sorties de route, des humiliations européennes mais aussi - et surtout - tomber dans l’ivresse des victoires, des trophées inattendus, des épopées mythiques et des célébrations affectueuses avec les supporters. Car si Francesco Totti éprouve un amour infaillible pour son club de toujours, ses admirateurs le lui rendent bien. Son nom tatoué sur les bras de milliers de fans, son portrait peint sur des dizaines de murs à Rome, de San Lorenzo à Testaccio, ces banderoles qui fleurissent à chaque moment clé de la carrière d’Er Pupone (le poupon, en dialecte romain) sont autant de preuves d’amour que les tifosi souhaitent exhiber. Ils sont d’ailleurs 80 000 à s’époumoner à chaque but de leur idole à l’Olimpico depuis 1993. Des hurlements fédérateurs qui résonnent du stade Olympique aux bords du Tibre.

Francesco Totti Roma

Depuis 40 ans, Francesco Totti fait flotter le drapeau giallorosso aux quatre coins du monde. Depuis 40 ans, Rome est sa ville. Sa vie. Sa destinée. "Rome, pour moi, c’est le monde", avait-il déclaré à The Players Tribune. Rome, c’est surtout lui. L’ambassadeur d’une cité éternelle en quête de repères. Le héros de tout un peuple. Une raison de vivre pour beaucoup. Un divertissement le week-end après tant d’heures de sacrifice au travail pour d’autres. Une relation extra-conjugale, même pour certains, qui regardent Il Capitano avec les yeux de l’amour.

Aucun joueur n’est plus grand qu’un club, entend-on régulièrement. C’est vrai partout dans le monde, y compris à Rome. Mais peut-être un peu moins à Rome, justement. La Roma a existé avant Francesco Totti et elle existera après lui. Mais personne n’a et n’aura porté ce maillot avec autant de dignité que lui. Personne n’aura jamais fait autant de sacrifices pour vivre son rêve que lui. Personne d’autres que lui n’aura d’ailleurs vécu sa vie comme on vit un rêve. Le dernier empereur de Rome vit sa dernière bataille. Sonnera ensuite l’heure du passage de témoin. Le peuple giallorosso aura alors tout le temps de penser à l’après Totti. L’an I après Francesco Totti.

 


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