Alcool, ambiance, logement : des supporters anglais racontent leur Coupe du monde au Qatar

Alcool, ambiance, logement : des supporters anglais racontent leur Coupe du monde au Qatar

Ils étaient 7 000 dimanche dans les tribunes du stade Al-Bayt, pour assister au match remporté par l'Angleterre contre le Sénégal (3-0) pour les envoyer en quarts de finale de la Coupe du monde contre la France. Pourtant, les supporters des Trois Lions affichent pour l'instant une certaine discrétion depuis leur arrivée au Qatar.

Habituellement, quand l'équipe d'Angleterre évolue à l'étranger, ses supporters prennent littéralement possession de la ville où se déroule la rencontre, en se promenant en nombre dans les rues, en affichant des drapeaux de la croix de Saint-Georges dans des lieux publics ou en faisant entendre leurs chants à la gloire des Trois Lions.

Ce phénomène ne s'est pas reproduit au Qatar, où, notamment en raison du prix du trajet, les fans de la sélection anglaise se sont montrés plus discrets depuis le début de la compétition. Néanmoins, selon le Daily Mail, ils étaient près de 7000, en comptant de nombreux expatriés, dans les tribunes du stade Al-Bayt pour soutenir leur équipe face au Sénégal dimanche soir, avec à la clé une victoire (3-0) et une qualification pour les quarts de finale de la Coupe du monde, contre la France samedi prochain (20h00).

lire aussi : Quelle Angleterre face à la France ?

Mardi dernier, avant la rencontre Angleterre - pays de Galles (3-0), nous avions rencontré certains d'entre eux pour qu'ils nous racontent leur séjour au Qatar.

« J'ai 13 ans et j'habite au sud-est de Londres. Je supporte l'équipe de Brentford, j'assiste parfois aux matches. Je suis juste venu pour voir la rencontre contre les Gallois, je reste quatre jours au Qatar. Je n'ai pas dit à mes professeurs que j'étais là... Officiellement, je suis malade (il sourit). C'est la deuxième fois que j'assiste à des matches des Anglais dans le cadre d'un tournoi, car j'avais pu les voir jouer pendant l'Euro 2021. L'atmosphère ici n'a rien à voir à ce que j'ai pu voir l'an dernier, ne serait-ce que parce qu'il y a moins de fans anglais en tribunes, ça chante moins... Ici il y a moins d'ambiance qu'à Brentford. (il rit) »

« Nous venons tous de Margate, une ville du Kent située sur la côte sud, pas loin de Douvres. On voit la France de chez nous, les jours où il fait beau. Je tiens un pub là-bas. Nous vivons tous chez un ami, qui habite à Doha depuis longtemps. J'en veux à la BBC, et à beaucoup de médias nationaux, d'avoir présenté le Qatar négativement, car une fois sur place, on s'y sent bien. C'est une ambiance plus familiale autour des stades.

lire aussi : Alcool et prostitution : quand le Qatar se montre permissif

Concernant la consommation d'alcool, on s'arrange avec notre ami qui vit sur place et qui s'approvisionne facilement. Disons qu'on prend nos dispositions avant d'aller au match (il rit). Finalement, ça ne change pas tellement de l'Angleterre, où tu ne peux pas boire dans les stades, tu bois dans les pubs environnants. Bon, là il n'y a pas de pubs, donc on s'organise différemment... Mais ce n'est pas grave, on respecte les règles du Qatar. »

« Mon compagnon et moi venons d'Ipswich, dans l'est de l'Angleterre, et on supporte le club local, Ipswich Town. On a vu deux matches de l'Angleterre et neuf autres matches du tournoi, puis on va rentrer à la maison. Si jamais les Anglais se qualifient en demi-finales, on essaiera de revenir, même si ça nous coûte une fortune. On a le visa, ça nous fera gagner du temps (elle sourit). J'ai trouvé étonnantes les polémiques tardives qui ont accompagné la tenue de cette Coupe du monde au Qatar, puisque son organisation avait été décidée en 2010.

Pendant dix ans, personne n'a rien dit ou presque à ce sujet. Nous respectons la culture des Qatariens, comme nous respectons la culture de tous les pays où nous nous déplaçons. C'était compliqué de trouver un logement à Doha, mais finalement on a trouvé un bon plan : on dort dans un bateau de croisière qui est amarré au port... Et là-bas, on peut boire de l'alcool sans problème. »

« Mon fils Dan et moi, nous supportons Arsenal. C'est notre première Coupe du monde. Je suis agréablement surpris par ce que je vois du Qatar depuis que je suis arrivé. Avant qu'on parte, beaucoup de gens nous avaient déconseillé de venir, en raison des polémiques qui ont précédé la compétition. Mais depuis qu'on est là, on profite de la qualité de l'organisation et du fait que tout se déroule autour d'une seule ville, Doha, ce qui simplifie tous les déplacements... et les rencontres avec des fans du monde entier.

Je crois qu'on a parlé avec des représentants de 28 des 32 nations qualifiées. On est proches du Grand Chelem (il sourit). On regrette simplement le fait que les supporters anglais soient peu nombreux et que certains d'entre eux aient hué l'équipe à la fin du match contre les États-Unis (0-0). Jamais, mon fils et moi, on ferait une chose pareille... Je pense par ailleurs que les Anglais pourraient venir en nombre si jamais les Three Lions allaient loin dans la compétition. Mais évidemment dans des proportions moindres que si celle-ci se déroulait en Europe. »

« Je supporte Millwall et ma femme, Olivia, Chelsea. Bon ça, c'est un sujet que l'on évite d'aborder à la maison (il rit). Mais on est évidemment tous les deux fans de l'Angleterre, que l'on a suivie durant tout le premier tour. On est restés à Dubaï pendant une partie du séjour, car on a de la famille là-bas, ce qui nous a permis de faire beaucoup d'économies. On adorerait revenir si jamais les Three Lions atteignent la finale, mais ça ne serait pas raisonnable par rapport à nos moyens financiers. Par rapport aux précédents tournois auxquels on a assisté, les fans anglais sont moins nombreux... et plus sobres (il s'esclaffe).

lire aussi : Dubaï, base arrière des supporters de la Coupe du monde au Qatar

L'absence d'alcool participe au fait que tu ne ressens aucune tension en marge du match. C'est pour ça que, au départ, j'étais contre l'interdiction de vente d'alcool dans les stades et autour, mais je dois reconnaître que cette mesure a eu des effets positifs. Par ailleurs, on a adoré la fan zone située à Al Bidda Park, c'était dingue, on a rencontré des gens venus des quatre coins du monde. »

« Je suis un professeur de sport et j'ai travaillé à Doha entre 2012 et 2020. Là je suis revenu pendant un mois ici, le temps de suivre la Coupe du monde. Je vis chez un ami que j'avais connu à l'époque, ce qui me permet de faire de substantielles économies. Je ne sais pas si je serais revenu sans cette solution de logement. En tout cas, c'est une expérience fantastique, tout est bien organisé en termes de transport. Le fait de pouvoir assister à deux matches dans la même journée, c'est très agréable.

De même tu peux te rendre à un match avec ta famille, tu ne crains rien d'un point de vue sécuritaire. Je connais bien le Qatar et j'étais très sceptique sur leur capacité à bien gérer ce tournoi. Je sais qu'ils avaient déjà organisé un Championnat du monde d'athlétisme (en 2019) ou une Coupe arabe de football (2021), mais là, une Coupe du monde, on parle d'un événement bien plus compliqué à appréhender... Je leur tire mon chapeau. »

lire aussi :