Alex Honnold : « J'aime grimper des voies faciles en solo »

Alex Honnold. (Keith Ladzinski/The North Face)

Héros du film Free Solo, primé aux Oscars, retraçant son ascension en solo intégral (aucune forme de sécurité), d'une voie mythique de 900 mètres dans le parc de Yosemite (Californie), Alex Honnold est l'un des grimpeurs les plus bluffants du monde. L'Américain de 37 ans revient sur son année 2022 et comment le fait de devenir papa a changé (ou non) sa façon de grimper.

Toujours au sommet. En 2022, entre une expédition scientifique au Groenland avec des premières mondiales ou une traversée dans le Nevada en solo intégral de 23 sommets en 32 heures, Alex Honnold continue de faire rêver le monde de la grimpe, avec ses performances hors-norme.

Six ans après Free Solo, le film primé aux Oscars retraçant son ascension dantesque à El Capitan en solo intégral (sans aucune forme d'assurage) et sa paroi vertigineuse de 900 mètres dans le parc de Yosemite (Californie), le grimpeur de The North Face, devenu papa l'an dernier, revient sur ses projets, ses inspirations, évoquant notamment le Français Sébastien Bouin, l'un des meilleurs falaisistes du monde. Tout en ayant évidemment une définition assez personnelle des voies dites « faciles ».

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« À quel point votre vie de grimpeur a changé en devenant père (en 2022) ?
Ça n'a pas changé ma tolérance au risque ou mon appétit pour grimper, mais ça a changé la manière de choisir les projets, basé sur combien de temps je vais y consacrer. Au printemps, j'ai surtout grimpé pas loin de la maison. Maintenant que notre fille a 9 mois, notre vie est un peu plus stable (l'interview a été réalisée début décembre), je peux partir un peu plus loin.

Tout change en ce moment, car elle-même change très vite (sourire). On va dehors tous les jours avec elle, randonner par exemple. Elle commence déjà à grimper partout, enfin ramper plutôt. Ma belle-famille lui a construit un tout petit mur et elle rampe super bien dessus (rires).

Vous êtes notamment connu du grand public pour l'expédition historique en solo à El Capitan (une paroi de 900 mètres grimpée sans aucun système d'assurage, la plus dure du monde jamais réalisée). Est-ce que vous faites moins de solo maintenant ?
Je fais moins de solo, mais c'est plutôt par rapport à la manière dont je structure mon temps. Bon, le mois dernier, j'ai quand même fait un gros projet en solo, près de la maison, à Red Rock canyons (dans le Nevada, une traversée de 60 km en 32 heures, 23 sommets et 14 voies). C'était assez facile comme solo, mais ça reste du solo sur de grandes faces. Je ne dirai pas que tout a changé depuis l'année dernière, mais on verra par la suite. Je ne serais pas surpris si je passe moins de temps à faire du solo à l'avenir. Mais c'est aussi surtout que j'ai déjà fait la plupart des choses que je voulais faire en solo.

Dans votre projet « Ultimate Rock traverse » (32 heures d'effort, 23 sommets sur 60 km), qu'est-ce qui vous a motivé ?
C'est pas loin de la maison. C'est magnifique et c'est une ligne évidente, de voyager dans ces montagnes de cette manière. C'est rare dans le monde d'avoir une telle ligne : assez gros pour être challengeant et inspirant, mais assez petit pour que ce soit possible de tout faire en une fois. Tu ne peux pas traverser les Alpes en une fois par exemple car c'est beaucoup trop grand. Ici, c'était juste 60 kilomètres. Ce que je voulais faire, c'était créer la manière la plus naturelle de traverser ces montagnes. J'étais confiant, je connaissais les voies. J'ai essayé de choisir les voies les plus classiques, naturelles, populaires, donc ce n'étaient pas les plus dures. Mais quand même, les faire en solo, jusqu'à 20 ou 30 heures de grimpe, tu commences à les trouver bien challengeantes (sourire).

Comment vous choisissez vos projets maintenant ?
Je suis motivé par ce qui n'a jamais été fait, la nouveauté et ce qui est challengeant. J'aime chercher le petit pas de plus. Se dire « O.K., je ne suis pas sûr que ce soit possible mais peut-être que oui ». Mais j'aime aussi grimper des voies faciles. Je peux aller grimper en solo 100 mètres sans m'arrêter sur une voie facile, car j'aime la sensation. C'est peut-être un de mes trucs favoris dans la grimpe, mais je ne peux pas le faire tout le temps.

Vous avez aussi participé cet été au Groenland pour une expédition scientifique (où il a notamment, avec Hazel Findlay, réalisé la première ascension d'un des plus grands monolithes du monde, de 1 140 m).
Oui, c'est toujours un extra-bénéfice si pendant une expédition, tu peux faire plus que grimper. Quand tu vas dans des endroits si éloignés comme dans ce cas, avoir une glaciologue française (Heidi Sevestre) avec nous, son expertise, ça a donné tout son sens au projet. Je pense que j'ai aussi appris personnellement bien plus sur cette expédition que sur d'autres. Car on a pu aider à quelque chose qui servira plus tard aux scientifiques (il a notamment aidé à placer des capteurs et récolter des échantillons). C'est énorme.

Pour revenir sur 2022, un des grimpeurs qui a le plus marqué l'année, c'est Sébastien Bouin...
Oui, il a fait Supreme Jumbo Love (une voie cotée 9b +, une des plus extrêmes du monde et la plus dure des États-Unis) ici. C'est super impressionnant ! Et c'est gars bien. C'est l'un des meilleurs grimpeurs du monde et il est tellement chill, relax ! Je n'ai pas grimpé avec lui, on a juste discuté quand il est venu. Et je ne sais pas s'il s'en rappelle car j'étais juste un touriste américain inconnu mais je l'avais vu à la Ramirole, dans le Verdon, il y a 5 ou 6 ans, essayer des voies très dures là-bas. C'était peut-être les enchaînements les plus durs que j'ai vus ! Ça semblait futuriste et impossible, totalement fou.

Aujourd'hui, en escalade, qui vous impressionne et vous surprend ?
Quelqu'un comme Seb (Sébastien Bouin), c'est clair. C'est si inspirant. Et il y a tellement d'exemples. Même sans parler des pros, j'ai des amis qui sont tellement forts en bloc par exemple, avec des doigts si puissants ! Il y a toujours un côté inspirant à prendre de chacun. »