Alexandra Saint-Pierre, à la découverte des Mondiaux

Les 17 pongistes handisport qui vont disputer les Championnats du monde de Para Tennis de Table à Grenade (6-12 nov). (Twitter @FFHandisport)

Six des 17 Français engagés dans les Mondiaux, qui débutent dimanche à Grenade (Espagne), n'ont encore jamais joué à ce niveau. À l'image d'Alexandra Saint-Pierre (24 ans), qui visera pourtant le titre.

C'est une équipe de France rajeunie qui s'apprête à disputer les Mondiaux à Grenade (Espagne), ultime étape de ce calibre avant les Jeux Paralympiques de Paris en 2024. Des dix-sept pongistes engagés, six vont découvrir le grand monde. Un mélange de jeunesse et d'expérience pour aborder une épreuve qui change de format et adopte un système d'élimination directe, plutôt qu'une phase de poule, mais où les Bleus restent ambitieux puisqu'ils sont 14 à figurer dans le top 10.


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Parmi les favoris, on retrouvera les médaillés des derniers Jeux de Tokyo, notamment le quadruple champion paralympique Fabien Lamirault, mais aussi Matéo Bohéas, Thu Kamkasomphou, Florian Merrien, Maxime Thomas, Nicolas Savant-Aira, Thomas Bouvais, et Clément Berthier. Au sein de la jeune garde, on suivra avec attention les débuts d'Alexandra Saint-Pierre (24 ans), engagée en double dames avec Flora Vautier, en double mixte avec Fabien Lamirault et, bien sûr, en simple, où la fulgurante progression de la jeune femme la situe déjà au rang de n°2 mondiale. « Je suis montée au classement petit à petit mais je n'ai plus les mêmes objectifs. Si, au départ, c'était de participer aux 'Monde', c'est clairement de ramener la médaille d'or maintenant. »

C'est à dix-neuf ans que la vie d'Alexandra Saint-Pierre a basculé. « Vous voulez que je fasse simple ?, interroge-t-elle. Depuis 2009, je passais déjà un peu ma vie dans les hôpitaux à cause de petits trucs pas très cool, une maladie nerveuse qui touchait mes jambes. En août 2017, j'ai été renversée par une voiture sur la voie publique. Il me restait un petit espoir de remarcher, mais j'ai eu un deuxième accident de voiture. Je suis devenue paraplégique (classe 5). » La jeune femme est d'autant plus atteinte moralement qu'entre-temps, elle subit une agression dans son établissement scolaire. « Je n'osais plus trop sortir de chez moi, raconte-t-elle. Mon médecin m'a conseillé une activité sportive pour reprendre contact avec la vie sociale. »

Il se trouve qu'enfant, jusqu'à l'âge de dix ans, Alexandra Saint-Pierre a pratiqué le tennis de table. « Je voyais ça debout mais j'avais vu des gens le pratiquer en fauteuil, dit-elle. J'ai fait des recherches sur Internet et j'ai rencontré mon entraîneur actuel (Guillaume Marais). » Leur collaboration débute en mars 2019. Très vite, il l'incite à disputer des compétitions, en gagne une de niveau interrégional. « Trois mois après, je finis 3e, première fille, de mes premiers championnats de France en moins de 21 ans », glisse-t-elle.

Survient la pandémie liée au covid, un premier confinement qui lui permet de soigner une blessure au poignet gauche, le suivant qu'elle passe à s'entraîner. « Jeune, j'avais l'habitude de jouer à mi-distance ; là, il a fallu que je trouve comment utiliser la main courante du fauteuil, comment me stabiliser, explique Alexandra Saint-Pierre. J'ai eu tout à réapprendre. La vision du jeu qui est différente, les petits côtés et les chandelles qu'on va chercher. Mais je savais ce que c'était qu'un coup droit, un revers... Les gestes, à force de les répéter, sont venus assez rapidement. Après, il a fallu adapter. En termes de mobilité, on peut avancer, reculer un peu. J'arrive même un peu à sauter avec le fauteuil. »


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Championne de France en simple et en double l'an dernier, la jeune femme s'est prise au jeu, a voulu se frotter à la concurrence étrangère. « Pour voir quel était mon niveau face aux nanas de ma catégorie, dit-elle. Je suis sortie en octobre 2021 pour la première fois. Depuis, j'ai participé à sept Opens, avec six premières places à la clé, et une deuxième. Jamais je ne me serais imaginé être n°2 mondiale. » Elle qui estimait que « ça pourrait être cool de participer aux Jeux de Paris », ose devenir plus ambitieuse. Mais elle ne veut pas griller les étapes, sait que cela passera d'abord par de bonnes performances lors des Mondiaux.