Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte : « 10 000 km par an, c'est pour m'amuser »

Alexandre Boucheix à son arrivée de la LyonSaintéLyon. (DR)

Vainqueur ce dimanche et pour la 3e fois d'affilée de la LyonSaintéLyon (156 km), Alexandre Boucheix, surnommé Casquette Verte, est un ultra-traileur pour le moins atypique. Pour L'Equipe, il se raconte.

LyonSaintéLyon, et de trois dans la boue et le brouillard« Il y avait un peu plus de pression que les autres années parce que, quand tu as gagné les années précédentes, tu es forcément un peu plus attendu. Cette pression extérieure, il faut savoir l'oublier avant de prendre le départ, sinon ça te pourrit ta course. J'ai donc essayé d'en faire abstraction, mais ce n'est pas toujours facile.

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Je suis parti de Lyon samedi à 9 heures et, sur l'aller, il n'y a pas de classement. L'aller, je l'ai pris comme une balade très tranquille. J'étais avec un petit groupe, on était une dizaine, et on a mis neuf heures pour faire arriver à Saint-Etienne. Le retour, c'est forcément plus compliqué. En plus il fait nuit, il y a énormément de boue, tu avances à la lampe frontale et il y a un brouillard très dense, on ne voyait pas à un mètre. Quand c'est ça, les dangers arrivent très vite. »

LyonSaintéLyon, une course inspirante et particulière« Il y a la particularité de l'aller-retour. Il ne faut surtout pas se cramer entre Lyon et Saint-Etienne pour pouvoir assurer le retour à un bon rythme. Cette gestion de course est quelque chose de particulier. Il y a aussi l'aspect jour/nuit qui va avec cette course. C'est aussi une des rares courses qui se passent en décembre, ce qui veut dire que les conditions météo sont généralement assez terribles. Cette année, on a encore eu de la neige, de la pluie, du froid, du brouillard. Donc quand tu t'inscris à la SaintéLyon, c'est que tu as envie de te faire mal, tu es dans un environnement pas franchement confortable. C'est pour moi une recherche d'inconfort mais qui est saine. »

Sa préparation : il court tous les jours« Cela fait sept ans que je cours et notamment beaucoup depuis quatre ans. Depuis deux ans, c'est même tous les jours. Et c'est normal pour moi de courir deux ou trois heures quotidiennement. Hier (dimanche), j'ai fini la SaintéLyon (2x78 km) et là j'ai pris mes affaires pour après le travail courir 1 h 30 ou 2 heures. Je n'ai pas vraiment de préparation avant une course, c'est juste devenu normal pour mon corps d'enchaîner ce genre de distance au quotidien. Cela permet à mon corps et à mon métabolisme d'être davantage prêts quand je pars pour une longue distance.

Je me prépare en passant beaucoup de temps à courir, en faisant un maximum de volume. Je ne veux pas rentrer dans un planning d'entraînement qui serait trop rigoureux pour moi, avec du fractionné, de la VMA... Je fuis ça. La course à pied, c'est un mode de déplacement pour moi. De cette manière, je suis en liberté, en découverte. Et même si je ne gagne pas l'UTMB ni la "Diag", ça me fait dire que ma méthode fonctionne, sur moi en tout cas. Et comme j'ai commencé la course à pied très tardivement, à 23 ans, ça me va très bien comme ça. »

Organisation : un canapé neuf et pas de place pour Netflix« Je suis chef de projet système d'infos, c'est-à-dire que je fais développer des applications informatiques pour mon entreprise (JC Decaux). Au quotidien, comme là en ce moment (l'interview a été réalisée ce lundi à 13 h 30, ndlr) je suis en costume, le cul vissé sur une chaise. Mon équilibre, c'est beaucoup de logistique. Mon temps est ultra minuté. Le soir, quand j'ai fini ma journée de travail, j'enfile mon short et je rentre en courant. J'arrive chez moi tard. Ça me bouffe beaucoup de temps. Mes sacrifices sont, du coup, plus faits dans ma vie perso. J'ai réduit mon temps de repos et détente. Je ne regarde pas de séries sur Netflix par exemple. Mon canapé est neuf (sourire). Cette année, je vais cumuler 1 000 heures de course à pied, soit l'équivalent d'un mois et dix jours non-stop. »

La barre des 10 000 km presque atteinte« Je l'ai déjà fait les trois dernières années. Là, aujourd'hui, j'en suis à 9 500. Il me reste donc 500 km en un mois. Sachant qu'en deux semaines je peux les avaler, d'ailleurs ça va être fait, sauf si je me fais écraser par un camion ou que je me pète le genou. Mais en fait, ces 10 000 km par an, c'est plus pour me fixer des petits buts, pour m'amuser. Il faut que ça reste ludique car ce n'est que de la course à pied, je ne sauve pas des vies. Et aussi j'aime bien les chiffres ronds. »

"Paris-plage" en vue« Avec un pote, on va peut-être tenter fin décembre ou début janvier une opération "Paris plage". On va partir de Paris, où on habite, pour aller en courant jusqu'à la mer, soit Dieppe ou Honfleur. Ça représente environ 260 km mais ce sera sans dossard, en mode tranquille. »

Il a enfin arrêté de fumer« Je fumais un paquet par jour, j'étais très dépendant. Et ce n'était pas la clope festive mais plutôt solitaire. Je fumais dès le réveil jusqu'à mon coucher et à l'arrivée de mes courses. J'ai arrêté pour mes 30 ans, ce que je m'étais promis de faire, afin notamment d'éviter un cancer. C'était donc plus pour améliorer ma santé que mes performances sportives. Je n'ai d'ailleurs pas beaucoup vu d'amélioration sur le plan sportif. Les clopes, comme je m'entraînais déjà beaucoup, cela ne m'empêchait pas de courir des ultras. »

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