Alexis Sanchez, "l'enfant merveilleux" du Chili à la relance avec l'OM

© Christophe Simon AFP

L'Olympique de Marseille a annoncé mercredi la signature de l'attaquant Alexis Sanchez. À 33 ans, le Chilien a sans doute ses meilleures années derrière lui mais peut encore offrir à l'OM un aperçu du talent qui a permis à sa sélection de remporter les deux premiers titres de son histoire, au nez et à la barbe de l'Argentine de Lionel Messi.

Des terrains défoncés de Tocopilla au Vieux-Port de Marseille, en passant par l'Emirates Stadium d'Arsenal et le podium de l'Estadio Nacional de Santiago du Chili : à 33 ans, Alexis Sanchez a déjà tout connu dans le football. Mais à la peine depuis quelques années, il n'a pas renoncé à soulever des trophées et à se lancer des défis footballistiques, comme en témoigne sa signature à l'OM mercredi 10 août.

"J'espère pouvoir leur rendre tout cela sur le terrain", a expliqué Alexis Sanchez lors d'un point presse durant lequel il a été présenté officiellement. "J’essaie toujours de lutter pour des titres, c’est un défi personnel de gagner un titre ici, c’était pareil à l’Inter, ils n’avaient pas gagné depuis 11 ans."

Un Inter Milan qu'il vient de quitter libre en résiliant son contrat. Il s'y est relancé après plusieurs années compliquées à Manchester United, avec au passage un championnat d'Italie, une Coupe et une Supercoupe remportés. Certes, il n'était pas au premier plan, barré par la paire Lautaro – Lukaku, mais ses statistiques de 9 buts et 4 passes décisives en 38 matches en ont fait le meilleur remplaçant de luxe l'an dernier en Série A.

De la pauvreté à l'Europe

À 33 ans, le Chilien n'est plus tout à fait le même joueur, ce "Nino Maravilla" qui avait enchanté l'Europe du football lors de la première moitié des années 2010. Un "enfant prodige" dont l'histoire ressemble à un conte de fées du football. Le petit Alexis est né et a grandi à Tocopilla, dans le nord du Chili, une "cité de l'enfer" à la pauvreté massive.

"À Tocopilla, la grande majorité des habitants est pauvre et analphabète. Avant qu’Alexis Sanchez ne fasse fortune dans le football, c’était notre unique classe sociale. Désormais, nous en avons deux : les pauvres et Alexis Sanchez", résume Cristian Calmonte, travailleur social local, dans un reportage de SoFoot publié en 2014.

Avant-dernier d’une famille où chaque enfant a un père différent, Sanchez a été abandonné par le sien peu après sa naissance et élevé par son oncle. La future star chilienne survit en vendant des seaux d'eau dans les cimetières et en lavant des voitures. Le football lui offre une porte de sortie. Après avoir été recalé par les grands clubs chiliens en détection, il débute à l'âge de 16 ans dans le club de Cobreola, à Calama, situé dans le désert d’Atacama. Sous ce cagnard, à 2 300 mètres d'altitude, il tape dans l'œil de l'Udinese.

Le club de D1 italienne l'envoie s'aguerrir dans les grands clubs du continent : le Colo-Colo chilien (2006-2007) puis River Plate (2007-2008). À chaque fois, il donne satisfaction et remporte des titres. Le joueur finit par briller en Italie lors de ses trois saisons à Udinese. Il termine la dernière auréolé du titre meilleur joueur de Série A, avec 12 buts et 10 passes décisives en 31 matchs.

Courtisé par tous les grands d'Europe, Alexis Sanchez fait le choix du FC Barcelone – "le meilleur club du monde", selon ses déclarations de l'époque. Sous l’égide de Pep Guardiola, il dispute sa première campagne de Ligue des Champions qui s'achèvera en demi-finale, devenant ainsi le premier joueur chilien à atteindre ce stade de la compétition. Il y passe trois saisons et marquera 39 buts en 88 rencontres, épaulant Lionel Messi sur le front de l'attaque. Il part ensuite découvrir la Premier League à Arsenal, véritable apogée de sa carrière sportive. Il y marque 80 fois en quatre saisons.

Le joueur le plus capé du Chili

Parallèlement à sa carrière en club, l'attaquant porte la "Roja", la sélection chilienne. Avec son compère Gary Medel, il est le joueur le plus capé de l'histoire de la sélection avec 148 sélections. Et c'est loin d'être fini. Avec le défenseur et Arturo Vidal, Alexis Sanchez incarne la génération dorée du Chili qui a brisé le plafond de verre du pays.

En effet, les trois hommes ont joué dans les plus grands clubs européens. Leur sélection, sous la houlette de Marcelo Bielsa et Jorge Sampaoli – deux des entraîneurs ayant d'ailleurs le plus marqué l'OM récemment – a incarné une force qui compte en Amérique du Sud dans les années 2010. Qualifiés pour la Coupe du monde 2010 et 2014, les Chiliens remportent pour la première fois un trophée en 2015 face à l'Argentine de Messi lors de la Copa America, à domicile dans l'écrin de l'Estadio Nacional de Santiago. Puis une deuxième contre les mêmes adversaires, l'année suivante lors de la Copa America du centenaire.

Après ce doublé historique, l'heure est cependant au déclin. Le Chili échoue à se qualifier pour la Coupe du monde en Russie, puis pour celle au Qatar. La déchéance coïncide avec celle d'Alexis Sanchez. À l'hiver 2018, Alexis Sanchez quitte Arsenal pour rejoindre Manchester United, devenant ainsi le joueur le mieux payé de Premier League (440 000 euros par semaine). Mais le recrutement est un flop total. Jusqu'à sa porte de sortie à l'Inter Milan.

Alexis Sanchez, à la maison à l'OM ?

En recrutant le Chilien, le président marseillais Pablo Longoria, lui, peut être satisfait – le club qui court depuis des années après un "grand attaquant" sans jamais vraiment parvenir à ses fins. Alexis Sanchez a tout pour remplir ce rôle, malgré son 1 mètre 68.

"Buteur, passeur, rapide, agile et pouvant jouer à tous les postes du secteur offensif, également très présent dans le pressing et dans les 'un-contre-un', l'international chilien est un joueur de classe mondiale", s'est félicité le club marseillais.

L'arrivée de Sanchez devrait permettre à l'OM d'avoir "un saut de niveau" et de "changer de dimension" pour être plus compétitif, a estimé devant la presse Pablo Longoria. Il n'exclut pas de "continuer l'aventure" avec le joueur au-delà de l'année de contrat qui lui est offert s'il tient "le niveau compétitif que tout le monde souhaite".

Les supporters, pour leur part, sont déjà conquis. En témoigne l'accueil de rockstar offert à Alexis Sanchez lors de son arrivée à l'aéroport : une ambiance chaude, très sud-américaine. De quoi faire se sentir le Chilien à la maison.