Alpinisme - Quatre exilés à l'assaut du Mont-Blanc

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Trois réfugiés afghans et un demandeur d'asile malien se lancent ce vendredi dans l'ascension du Mont-Blanc. Une première pour des exilés.

Ils ont déjà gravi des montagnes pour en arriver là. Sikou, demandeur d'asile malien ; Qambar, Abdul et Jomah-Khan, trois réfugiés afghans, s'attaquent cette fois à la plus grande d'entre elles sur le Vieux Continent : le Mont-Blanc. Une première pour un groupe d'exilés. « Ca représente beaucoup pour moi, glisse Sikou. C'est un bel objectif pour 2021 et un message d'espoir.» La troupe prendra le départ le 23 juillet et sera accompagnée de guides de haute-montagne ainsi que de huit bénévoles de l'association haut-savoyarde Yambi, que l'on peut notamment traduire par «Je t'accueille» dans plusieurs langues africaines.

Depuis l'été dernier, la trentaine de bénévoles de Yambi accompagne des jeunes réfugiés en montagne pour « leur redonner confiance en eux par le sport en leur remettant pied à l'étrier, avant de les aider dans leur insertion socio-professionnelle », détaille Clélia Compas, fondatrice de l'association.

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Ce projet est ainsi né au détour de la célèbre randonnée de l'Aiguillette-des-Houches, qui tutoie le sommet de l'Europe. « Sikou m'a demandé avec un peu de naïveté si c'était possible d'aller là-bas, sourit Clélia Compas. On lui a expliqué qu'il ne s'agissait plus de marche mais d'alpinisme. Avec l'équipe, on a réfléchi plusieurs jours et on s'est dit que ça serait un super objectif. C'est un défi auquel ils ont choisi de se confronter, en attendant que d'autres prennent des décisions pour eux. »

En préparation depuis avril
L'association peut compter sur le soutien de certains grands noms de la montagne, à commencer par celui de son illustre marraine, Marion Hearty, qui sera de la cordée. La triple championne du monde de snowboard freeride, et amie de Clélia Compas, a contribué à la logistique de l'événement ainsi qu'à la préparation physique et mentale des quatre néo-montagnards. Au programme, course à pied, musculation et via ferrata.

«On a déjà fait pas mal de sorties pour les sensibiliser à la montagne, à l'altitude, et voir où ils en sont physiquement, précise Marion Hearty. Deux d'entre eux ont grandi au coeur des montagnes afghanes et ne sont donc pas indisposés par ces conditions extrêmes. Ca se passe super bien mais de toute façon, dans ces moments-là, c'est le mental qui joue. » Et pour Sikou, le mental est bien là. « On s'est beaucoup entraîné depuis avril, on est très motivés, on se sent prêts », avance-t-il, tout en concédant, amusé, n'avoir jamais défié une telle fraîcheur.

Blessé, Léo Slemett, double champion du monde de ski freeride, parrain de Yambi et également investi dans ce projet, ne pourra quant à lui pas prendre part à l'aventure. L'escouade a également bénéficié avant son départ des précieux conseils de Christine Janin, première française à avoir gravi l'Everest. «Elle est formidable, souffle Sikou. Yambi, c'est comme une seconde famille pour moi.» . Au total, 14 aventuriers écriront ces petites mais ô combien symboliques lignes de l'histoire. «C'est un message très fort d'unification, appuie Marion Hearty. Celui qu'on veut faire tomber les barrières et les stéréotypes autour de la venue des réfugiés.»

Film et expo pour immortaliser l'aventure
Cette épopée donnera naissance à un documentaire collaboratif d'une vingtaine de minutes et à une exposition photo pour retracer cette aventure, qui se veut donc aussi humaine que sportive. L'association aspire ainsi à sensibiliser le grand public à la cause des réfugiés via cette métaphore de la montagne, comme un chemin de croix vers l'intégration dans une société d'accueil.

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Et même si la météo venait jouer les troubles fêtes - avec des averses à répétition ces derniers jours -, « se mettre dans leurs chaussures pour comprendre leur histoire a été enrichissant, c'est déjà une super aventure», estime Marion Hearty. En associant des personnes réfugiées à la réalisation de ces différentes productions, Yambi souhaite par ailleurs mettre en avant les compétences professionnelles de celles-ci, comme pour Adbul, photographe contractualisé par l'association.

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