Antoine Albeau : « Je ne m'attendais pas à durer aussi longtemps »

Antoine Albeau. (P. Lahalle/L'Équipe)

À 50 ans et avec 25 titres de champion du monde en poche, la méga star du windsurf Antoine Albeau tire sa révérence sur le circuit PWA de Coupe du monde. Interview.

« Pourquoi avez-vous décidé d'arrêter le circuit PWA maintenant ?
En fait, ça faisait déjà deux petites années où je me posais la question d'arrêter ou en tout cas faire moins d'épreuves de Coupe du monde. Mais, à cause du Covid, il y a eu pas mal d'épreuves annulées en 2021, je me suis donc motivé pour 2022. Mais là, je me suis dit que ce serait bien d'en finir là avec la PWA. Je n'arrête pas pour aurant ma carrière, je vais continuer à faire des longues distances, j'ai mon projet Zephir (tentative de record de vitesse) sans compter que j'ai monté un petit événement windsurf et wing à l'Île de Ré en mai. Et il y a les Championnats du monde de vitesse en avril dans le sud de la France. Donc j'ai de quoi m'occuper.

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Sur le circuit, vous êtes enfin rassasié ?
Oui totalement. Mais très franchement j'arrête parce que je n'ai plus trop le temps de m'y consacrer pleinement. J'ai mon école de voile qui me prend du temps. J'ai aussi ma famille. Avec toutes ces épreuves sur le circuit, je ne pouvais pas m'entraîner comme je le voulais, donc en lâchant la Coupe du monde je pense que je pourrais mieux faire.

Que vous inspire votre belle carrière en Coupe du monde ?
Je me dis que c'est exceptionnel. Quand j'ai démarré, je ne m'attendais pas du tout à durer aussi longtemps. Au mitan des années 2000, chaque saison j'avais des doutes. Je me demandais si je m'entraînais suffisamment, si ça allait le faire la saison suivante, si le matériel allait être performant. C'est compliqué de demeurer pendant si longtemps au plus haut niveau.

Si vous deviez ne conserver qu'un moment ?
C'est difficile, j'ai trop de souvenirs. J'ai mon premier titre de champion du monde en 1994 qui est très marquant. A contrario, il y a aussi des titres que j'ai ratés pour seulement quelques points, d'autres que j'ai gagnés sur le fil. J'ai plein de choses en mémoire.

Pour durer aussi longtemps, quel est le secret ?
Je pense que j'étais programmé pour, notamment mentalement. Comme c'est un sport dur, il faut être armé pour. Je n'ai jamais vraiment travaillé le mental, je pense que j'avais ce qu'il fallait. Le mien était fait pour résister à la pression, même la plus forte. Donc je conseillerais de travailler cet aspect, c'est super important. Certains sportifs sont très forts mais ils ont des lacunes mentales. Ce qui fait qu'ils vont craquer lors de manches ou moments primordiaux. J'ai 50 ans et, il y a quelques jours, j'ai failli gagner l'épreuve du slalom, je me suis battu avec les cinq premiers. C'était génial, tu vois alors que tu es encore dans le jeu.

Comment jugez-vous l'évolution du windsurf, de vos débuts il y a trente ans à maintenant ?
Je trouve que ça va dans le bon sens. Comme dans beaucoup de sports, les choses progressent et c'est normal. L'humain veut toujours mieux, c'est comme ça. Nous, en windsurf, on est désormais sur des foils, on vole, ça va très vite, c'est beaucoup plus performant. L'évolution, j'ai réussi à la suivre.

Malgré tous vos titres mondiaux, vous souffrez d'un déficit de notoriété. Comment l'expliquez-vous et est-ce un regret ?
Ce n'est pas un regret et c'est avant tout de la faute des journalistes. Ils ne m'ont pas toujours bien regardé et ont préféré faire la promotion de sports plus populaires. Pour vendre du papier, c'était la facilité. Après, si on avait eu des réseaux sociaux il y a vingt ans, on aurait été beaucoup plus connu. Quand j'ai débuté, on avait que le papier. À l'adolescence, je suivais les épreuves de Coupe du monde dans les magazines de windsurf. On attendait le mag pour savoir ce qui s'était passé. Alors que maintenant tout est instantané. Et il y a des dérives, avec régulièrement des mensonges. »