Antoine Griezmann, une trahison ?

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L’attaquant français va quitter l’Atlético de Madrid. Une décision mûrement réfléchie, qui ressemble presque à une rupture. Certains diront une trahison.

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Griezmann
Griezmann

Il a dû peser et re-peser ses mots avant d’annoncer la séparation. Cinq ans, c’est long, surtout de nos jours dans le football. “Cela a été une décision très difficile à prendre, mais je sens que j’en ai besoin. Je veux vous remercier pour tout cet amour durant ces cinq années lors desquelles j’ai gagné mes premiers titres importants.” Le champion du monde sait pertinemment ce qu’il doit à Diego Simeone et au club madrilène, au sein duquel il a acquis une stature et une importance qui ne lui aurait certainement pas été possible d’obtenir chez les autres grands pensionnaires de la Liga, à commencer par le Real Madrid. Du coup, on le pensait incapable de partir, trop attaché à ce confort, que l’on ressentait si rassurant dans le documentaire que lui avait consacré Netflix. Beaucoup d’ailleurs en France, dont il était parti très jeune, ne l’ont découvert que sous les couleurs des Colchoneros, ignorant que sa vraie maison d’origine se situait plutôt du côté de la Real Sociedad.

Quoiqu’il en soit, sous-coté et mésestimé justement parce qu’il évoluait dans cette équipe au jeu défensif et au sérieux fort peu en phase avec la sensibilité nationale qui rêve toujours de beau jeu, il paraissait à jamais emprisonné dans le donjon que lui avait bâti “Cholo”. Seulement, le Mondial remporté par un Didier Deschamps très proche dans la philosophie tactique de ce qui se pratiquait à l’Estadio Metropolitano, a rebattu les cartes, de même que la victoire en Europa League contre l’OM. Antoine Griezmann est devenu une pièce maîtresse du dispositif tricolore. Une valeur sûre, en particulier avec l’impossible retour de Karim Benzema et en attendant l’éclosion complète de Kylian Mbappé. Son départ n’est plus source d’espoir ou d’envol, presque au contraire d’inquiétude et d’interrogations. Et puisque l’on parle du Barça, qui ne se demande pas quelle place il va trouver entre Suarez et Messi, deux géants chacun à leur manière. Il lui faudra du talent et du caractère. On ne doute pas du premier.

Il faut enfin souligner un dernier point qui va permettre de jauger le personnage. Alors que le football européen semble de plus en plus perdu dans sa course effrénée au gigantisme financier, à la course au titre, et dans le tourbillon des mercatos, une petite aspiration populaire commence à réclamer un “revival” des fondamentaux, ceux de l’attachement aux couleurs, au club quelles que soient les difficultés, les enjeux de carrière ou les résultats décevants (on se doute que le départ de Griezmann est forcément motivé, en dehors des considérations pécuniaires, par l’envie de conquérir une Champions League, seul trophée qui manque à son palmarès avec l’Euro pour les Bleus). Car l’annonce d’Antoine Griezmann arrive au moment même où Totti rendait un vibrant hommage, digne d’un poème de Giacomo Leopardi, à son coéquipier de presque vingt ans, Daniele De Rossi : “Aujourd’hui est un jour triste. Aujourd’hui, un autre chapitre important se termine dans l’histoire de l’AS Roma, mais surtout de Rome. De notre Rome. Au cours de ces dernières années, nous avons vécu tellement de choses ensemble, nous avons grandi ensemble, devenant d’abord des hommes, puis des footballeurs, pour enfin devenir des parents ». Antoine, lui, a décidé de tourner le dos à sa famille pour grandir.

Nicolas Kssis-Martov

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