Apnée - Abdelatif Alouach co-champion du monde en poids constant bi-palmes : « Je n'avais pas le droit de tout gâcher »

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Sacré co-champion du monde en poids constant bi-palmes samedi à Kas, en Turquie, Abdelatif Alouach a fini en beauté sa saison 2021. Interview d'un apnéiste à l'humilité touchante. « Vous venez de décrocher le titre de co-champion du monde samedi, que ressentez-vous après ce titre ?
C'est vraiment mitigé. En fait, je ne réalise pas vraiment. Mon caractère fait qu'il me faut toujours un peu de temps. Il y a bien sûr une énorme joie parce que ça confirme un très long travail, réalisé avec toute mon équipe. Je suis porté par beaucoup de gens qui m'aident et qui me soutiennent énormément. Dans l'ensemble, la saison était tellement bien préparée, les résultats tellement bons sur les différentes compétitions précédentes que cette médaille d'or arrive comme un aboutissement, comme si c'était une évidence, c'est la cerise sur le gâteau. J'ai conscience que c'est une performance extraordinaire.

Cette médaille et ce titre sont partagés avec Arnaud Jerald, un autre Français. Est-ce une satisfaction supplémentaire ?
Totalement. Un doublé, deux médailles d'or sur une même discipline, c'est une première. C'est fantastique. Quand j'ai appris que notre principal concurrent Alexey Molchanov était disqualifié, je me suis dit que ça allait être énorme pour la France. Avec Arnaud (Jerald) et Marianna (Gillespie), on a fait une belle moisson, ce qui nous permet d'être la meilleure nation des Championnats du monde. lire aussi « L'histoire est folle » s'enthousiasme Arnaud Jerald, sacré champion du monde d'apnée Comment prépare-t-on une plongée à une profondeur de -116m ?
Il faut savoir que les Championnats du monde AIDA à Limassol (Chypre) et les Championnats du monde CMAS à Kas (Turquie) se déroulaient à quatre jours d'intervalle. Le trajet entre les deux a été très long. Je suis tombé malade à cause de la climatisation durant le voyage. Malheureusement, lors de l'épreuve d'immersion libre où j'annonce -120 m, je plonge et au bout de -8 m je ne me sens pas bien, je décide de remonter. À ce moment-là, ma plus grande crainte est que ces Championnats du monde soient terminés pour moi. J'ai pensé à abandonner. Mais les soutiens de ma coach, de proches et de confrères apnéistes m'ont motivé à persévérer. Vient ensuite l'épreuve de poids constant sans palmes (-85 m, vice-champion du monde), et là, malgré la fièvre, la plongée se passe bien. Je me sens mieux, ma condition physique revient et je décide que le lendemain sera un grand jour. Votre plongée s'est-elle déroulée comme prévu ?
C'était ma plus belle de l'année, entraînements et compétitions confondus. C'est la plongée la plus parfaite que j'ai réalisée. Je n'avais plus de problèmes de compensation. Je pense que j'aurais pu faire quelques mètres de plus, mais j'ai préféré jouer la carte de la prudence et faire une performance que je maîtrise parfaitement car je l'ai réussie de nombreuses fois à l'entraînement. Les conditions étaient vraiment belles mais je ne pense pas que ce soit uniquement dû à cela. J'étais extrêmement concentré. J'ai plongé pour ma femme, mes enfants, toute l'équipe qui m'entoure et qui m'aide au quotidien. Sans eux, je ne suis rien. Je n'avais pas le droit de tout gâcher, j'étais attendu. On voit à la sortie de l'eau que je suis ému, c'est le relâchement de toute cette concentration et de toute cette charge émotionnelle. On l'a fait tous ensemble, c'est un vrai travail d'équipe et c'est ça qui m'a permis de réussir. Si on revient un peu sur votre saison 2021, vous avez participé à cinq compétitions internationales et remporté 12 médailles. Vous avez réalisé des records de France et des records du monde. Comment expliquer votre réussite ?
C'est hors norme. J'ai beaucoup échangé et débattu avec de nombreuses personnes. Que ce soit des ingénieurs ou docteurs en biologie, des proches, des amis, ma coach, mon kiné... J'ai écouté les feedbacks de toutes ces personnes et tout ça a ajouté de la richesse à tout ce que je faisais. Je suis peut-être un peu doué, j'arrive à faire de belles choses mais il y a une grosse part de travail partagé derrière tout ça. Il y a tout un éventail de personnes qui gravitent autour de moi et qui rendent cette aventure extraordinaire. lire aussi Apnée : la délégation française remporte dix médailles aux Mondiaux AIDA Après cette belle année, quelles sont vos ambitions pour 2022 ?
Pour le moment, j'essaye de profiter d'un repos bien mérité (rires). Hier, en rentrant chez moi, j'étais très ému, j'ai revu ma fille, elle n'a pas encore deux ans, je ne l'avais pas vu depuis trois mois. Je vais profiter de mes proches, de ma famille et d'avoir du temps pour moi. La projection pour la saison 2022 est encourageante, l'équipe de France devrait être vraiment forte. Mes plans d'entraînement sont bien ficelés, il me reste bien sûr beaucoup de travail et d'énergie à dépenser. Mais 2022 sera, je l'espère, grandiose. »

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