Argentine-Bangladesh : une passion aux airs de Bollywood

(F. Faugère/L'Équipe)

L'Argentine n'en revient pas de la ferveur du Bangladesh et d'une partie de l'Inde pour l'Albiceleste. Une véritable passion est née entre des fans séparés de 17 000 km mais unis par un rival commun : l'Angleterre.

Face à un écran géant, une multitude de supporters regardent Argentine-Pologne sur une place émaillée de céleste et de blanc. Soudain, un cri de joie libérateur retentit. Les buts de Mac Allister et de Julian Alvarez viennent de propulser l'équipe de Messi en huitièmes de finale. Les feux d'artifice explosent et les klaxons retentissent dans les rues.

Sur les images qui circulent, montrant l'euphorie totale des fans, un détail interpelle. Il fait nuit alors que le match se jouait à 16 heures, heure d'Argentine, en plein été. Nous sommes à Dacca, au Bangladesh, et il est 3 heures du matin.

Une ferveur inattendueDepuis le début de la compétition, sur les réseaux sociaux, les vidéos et photos des supporters de l'Albiceleste dans ce pays de plus de 160 millions d'habitants, quatre fois la population de l'Argentine, fascinent. Alors qu'a priori les deux pays distants de 17 000 km n'ont rien en commun, la passion que voue le pays asiatique à l'Argentine semble démesurée.

« Ce n'est pas une nouveauté », explique au quotidien sportif argentin Olé Muhammad Sobug, auteur de certaines des vidéos devenues virales. « On a commencé à suivre l'équipe (d'Argentine, ndlr) en 1986, quand Diego Armando Maradona a gagné la Coupe du monde au Mexique. Cet amour pour les grandes figures argentines est passé de génération en génération et l'apparition de Messi l'a énormément amplifié. Environ 4 millions de personnes sont sorties fêter la victoire contre le Mexique », assure-t-il depuis Dacca.

Quatre ans après la fin de la guerre des Malouines, le 22 juin 1986, la main de Dieu et le but de Maradona contre les Anglais, devenus les symboles footballistiques de l'émancipation des pays du sud face aux puissances coloniales, se sont convertis en fait historique qui unit l'Argentine et cette partie du globe anciennement colonisée par l'empire britannique.

À mesure qu'avance la compétition, les fans argentins, émus par leurs homologues Bangladais, ont commencé à réclamer à tout va que ces derniers soient remerciés. C'est chose faite. « Merci pour votre soutien à notre équipe ! Ils sont aussi fous que nous ! », a publié la Fédération argentine sur le compte officiel de la sélection. En commentaire, les Bangladais publieront dans la foulée des centaines de photos illustrant cette passion dans leur pays.

« Le maillot de la sélection transmet depuis des années une folie pour les couleurs et la passion argentines. Avant avec Diego et maintenant avec Leo. C'est une fierté qu'un pays comme le Bangladesh nous supporte. Nous essayerons de donner le maximum. Merci aux gens du Bangladesh », a également déclaré Lionel Scaloni, le sélectionneur argentin, depuis le Qatar vendredi.

L'Inde passionnée aussiLa passion pour l'Argentine ne s'arrête pas aux frontières du Bangladesh. Elle s'étend également à une partie de l'Inde. À Ichapur, près de Calcutta où s'élève également une immense statue de Maradona, impossible de louper la « Maison de l'Argentine », intégralement peinte de celeste et de blanc, au beau milieu d'un quartier quelconque. À l'intérieur, également aux couleurs de l'Argentine, des photos de Maradona et de Messi décorent chaque mur. Là, tous les 24 juin, date d'anniversaire de Lionel Messi, ainsi que pour chaque match disputé par l'Albiceleste, la rue est coupée et la musique sonne à fond alors que des centaines de personnes se réunissent.

Depuis Buenos Aires, les fans sont unanimes. Comme ils l'avaient déjà fait en 2011 pour y jouer un match amical contre le Nigeria, après la Coupe du monde, il faut que Messi et son équipe se rendent à Dacca pour récompenser la folie de leurs supporters locaux.