Arnaud Jerald après son record du monde à 120 m : « L'impression d'avoir touché la grâce »

Arnaud Jerald, record à 120 mètres au Vertical Blue. (D. Verhorven)

Quelques instants seulement après son record du monde établi à 120 mètres, ce mardi aux Bahamas lors du Vertical Blue, Arnaud Jerald s'est confié auprès de « L'Équipe ». À chaud, le Marseillais de 26 ans revient sur cette plongée qui fera date.

« Que ressentez-vous après ce nouveau record du monde ?
C'est la folie. C'est pour moi plus qu'un record du monde, c'est la barrière ultime. Après mon 119 mètres vendredi, je suis passé par tous les états. Et au final, j'ai décidé de tenter 120. Je ne fais pas de l'apnée pour les records, mais pour me faire plaisir. Et, en partant de là, je me suis dit : "Continue à te faire plaisir et si tu as envie de faire cette plongée, vas-y." Du coup, ça m'a donné une autre vision du record du monde, ça l'a dédramatisé.

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L'actu de l'apnée

Vous n'êtes pas obsédé par les records mais paradoxalement, vous décidez de tenter 120 mètres alors que vous auriez pu vous arrêter à 119. Sans compter le facteur risque. Pourquoi ?
Les risques étaient certes énormes mais je ne voulais pas me dire, après avoir bien travaillé cet hiver à Marseille, Courchevel et Nice, que je ne l'ai pas essayé. Je ne voulais pas vivre avec ce remord car tous les feux étaient au vert. Ce n'était qu'un mètre de plus, les temps étaient bons, j'étais lucide à 100 % sur mon 119. Je me suis donc dit que dans la vie, il y a des choses que l'on n'a pas le droit de regretter.

« Je suis passé par tous les états »

Quand avez-vous décidé de tenter 120 mètres ?
Le lendemain soir de mon record à 119 m (samedi). J'ai parlé avec ma famille, avec Charlotte (sa compagne) et j'étais déterminé. Mais je suis passé par tous les états. Ce n'est pas anodin d'y aller. Je me suis dit que là c'était quand même gros. Il fallait vraiment y aller avec les bonnes raisons. J'ai laissé un peu mijoter, mais j'étais convaincu que c'était la bonne décision.

Il y avait le risque de se laisser griser par le record à 119 m ?
Exactement. C'était le point essentiel. Je suis content pour mon sport. Il y a eu Jacques Mayol avec les premiers 100 m, Alexey (Molchanov) qui a fait 130 m en monopalme... Là, 120 m en bi-palmes, c'est historique. On a ouvert une barrière. Et puis ça a été réussi avec de la maîtrise, je suis sorti de l'eau avec beaucoup de lucidité. J'ai fait mon protocole, j'ai explosé de joie et j'ai dit : "C'est qui le patron ?" alors que ce n'est pas du tout moi de dire des choses comme ça.

Ça vient d'où ?
Je venais de rigoler avec mon parrain l'avant-veille. Pour me féliciter, de mon 119 m il m'a dit ça, "c'est qui le patron ?" Et puis, comme vendredi, j'ai tapé dans l'eau.

« La veille, j'ai regardé la finale entre Nadal et Federer à Wimbledon (2008) »

Votre plongée s'est-elle aussi bien passée que celle du 119 m ?
C'est assez similaire. Déjà, la veille, j'ai regardé la finale entre Nadal et Federer à Wimbledon(2008), un match d'anthologie (victoire de Nadal) qui avait duré presque 5 heures (4h48). Ça m'a donné une belle énergie. J'ai bien dormi et le matin j'étais très concentré, un peu sérieux. J'avais le coeur qui battait un peu plus vite, il faisait notamment plus chaud, et il y avait le stress. Sur les premiers mètres, j'ai palmé plus lentement que d'habitude, sans forcément m'en rendre compte.

En bas, j'étais bien, je ne sentais pas la pression, je suis même arrivé à une grosse vitesse. À la remontée, j'ai envoyé à fond, limite en sprint. Et lors des derniers mètres, j'étais relax, pas du tout dans la précipitation. Tout s'est déroulé très vite. J'ai eu l'impression d'avoir touché la grâce. Comme si je venais de vivre un rêve, une sensation très spéciale. Je n'avais jamais vécu ça auparavant.

Avez-vous mis du temps à réaliser votre performance ?
Oui un peu. Je garde la main sur le câble, puis ma tête contre, et là je me demande si je rêve. Le temps s'arrête. C'est mon 7e record du monde mais des comme ça, il n'y en a qu'un. Ce record est très marquant. Avec 120, on casse un plafond de verre. Jusqu'ici, c'était inimaginable. C'est comme si on devait aller sur la Lune et que la navette spatiale s'était trompée et qu'elle était allée sur Mars. On ne l'a pas vu arriver.

Et pendant ce temps-là, Molchanov est interdit de compétition... Ça vous inspire quoi ?
Il m'a envoyé un message de félicitations après mon 119 m. (Il pouffe.) Je n'aimerais pas être à sa place... Pour lui, c'est la double sanction. »