Arsenal : Emery avait perdu le fil

Bruno Constant

PREMIER LEAGUE - Déliquescence du jeu et des résultats, fracture avec le vestiaire, désaffection du public de l’Emirates stadium, fronde d’une partie des supporters… En l’espace de quatre mois, le technicien espagnol a détruit les promesses de sa première saison.

Unai Emery (Photo by DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
Unai Emery (Photo by DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Dix jours après le limogeage de Mauricio Pochettino à Tottenham, le vent continue à souffler sur le nord de la capitale anglaise. Unai Emery n’est plus l’entraîneur d’Arsenal, ce qui en dit long sur la trajectoire des deux clubs rivaux depuis leurs finales européennes respectives datant de mai-juin dernier. A un détail près quand même, le passage de l’Espagnol chez les Gunners ne s’approchera, ni de près ni de loin, de l’empreinte laissée par l’Argentin chez les Spurs.

On peut débattre du timing de la décision du board d’Arsenal au lendemain d’une défaite en Europa League sans conséquence sur la qualification très probable du club londonien et au cours de laquelle Emery avait reposé six titulaires, d’une part, et avant une série de matches (à Norwich, 18e, contre Brighton, 12, et à West Ham, 17e) qui aurait peut-être pu relancer les Gunners, d’autre part.

Mais il est important de savoir que celle-ci a été prise bien avant la rencontre et même scellée aux Etats-Unis au cours d’une visite improvisée au lendemain du nouveau match nul concédé à domicile face à Southampton (2-2) samedi dernier en présence de Vinai Venkatesham et Raul Senlhli, manager général et directeur du football, d’un côté, et les patrons du club, Kroenke père et fils, de l’autre.

“We got our Arsenal back”

“We’ve got our Arsenal back !” (“Notre Arsenal est de retour !”), chantaient les supporters il y a un an, au coeur d’une série de onze succès consécutifs. En l’espace de quatre mois, Emery a donc détruit les promesses d’une première saison honorable (5e à un point du Top 4 en championnat et finaliste de l’Europa League) et laissé réapparaître les maux qui l’avaient fragilisé au PSG : idée de jeu illisible, manque d’ambition, nervosité contagieuse, déliquescence des résultats avec la pire série du club depuis 1992 (7 matches sans victoire), gestion désastreuse du cas Xhaka, destitué du brassard un mois après avoir été nommé, mise à l’écart abrupte d’Özil, fracture avec le vestiaire au sein duquel certains allaient même jusqu’à se moquer de son anglais parfois incompréhensible et du nombre invraisemblable de capitaines (cinq !).

Mais, surtout, l’Espagnol a été emporté par la fronde des supporters marquée par l’apparition des pancartes “Emery Out” et par la désaffection du public de l’Emirates stadium. Ils étaient autour de 25 000 seulement, jeudi soir, malgré l’annonce du club des 49 257 “tickets sold” (“billets vendus”), soit la plus faible affluence de l’histoire du nouveau stade ! Une vindicte populaire qui avait également mis fin, et à l’usure, au règne d’Arsène Wenger.

L'Emirates ne fait plus recette (Photo by DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
L'Emirates ne fait plus recette (Photo by DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Arsenal n’a pas fait mieux que Manchester United

Pour résumer, Emery a été sacrifié pour ne pas avoir su capitaliser sur sa première saison malgré d’importants investissements l’été dernier (150 M€ dont 80 sur Pepe) et surtout pour ne pas avoir su enrayer le déclin d’Arsenal amorcé depuis quelques années déjà sous l’ère Wenger et cristallisé par les mêmes maux : manque de caractère, absence de leaders et fragilité défensive.

Or, aujourd’hui, il est autant question du cas Emery que de la difficulté de succéder à un entraîneur qui a régi et incarné ce club pendant vingt-deux saisons. Il suffit de voir les nombreuses péripéties traversées par Manchester United depuis la retraite d’Alex Ferguson (2013) ou l’écroulement de l’AJ Auxerre depuis le départ de Guy Roux. Unaï Emery aura tenu dix-huit mois sur le banc d’Arsenal, David Moyes seulement dix et on plaint déjà ceux qui se porteront, un jour, candidat à la succession de Diego Simeone à l’Atletico Madrid.

Ljungberg et l’ADN des Invincibles ?

Reste à savoir vers quel profil doit se tourner Arsenal pour redorer son blason : un technicien d’expérience et de renom type Allegri ou un ancien de la maison ? Les dirigeants londoniens ont déjà demandé la permission à Wolverhampton de parler avec leur entraîneur Nuno Espirito Santo. Mais, séduit par la réussite de Lampard à Chelsea ou encore le choix de Solskjaer à MU, ils n’écartent pas l’idée de donner sa chance à un ancien de la maison.

Si Mikel Arteta, actuellement adjoint de Guardiola à Manchester City, avait été approché au moment de la succession de Wenger, le profil de Freddie Ljungberg, en charge des U15 du club (2016-2017) puis des U23 (2018-2019) et désormais nommé entraîneur intérimaire de l’équipe, plaît énormément. C’est la raison pour laquelle il avait été promu dans le staff d’Emery au début de la saison, sans l’aval de ce dernier. Le Suédois, qui détient sa Licence Pro UEFA, porte en lui quelque chose longtemps incarné par Arsène Wenger : l’ADN des Invincibles.

Freddie Ljungberg, coach intérimaire des Gunners (Photo by Glyn KIRK / AFP)
Freddie Ljungberg, coach intérimaire des Gunners (Photo by Glyn KIRK / AFP)