Arsenal, capitaine échec et mat

Bruno Constant

Pour avoir répondu aux sifflets de ses propres supporters face à Crystal Palace (2-2) dimanche, Granit Xhaka pourrait se voir retirer le brassard des Gunners. Comme d’autres avant lui…

Granit Xhaka
Granit Xhaka

Vous avez sans doute vu la scène ou forcément eu écho de l’affaire Xhaka. Mais si. Dimanche, au cœur d’une rencontre qui a vu Arsenal abandonner un avantage de deux buts face à Crystal Palace, les supporters du club londonien ont passé leur colère sur leur capitaine, sifflé et hué lors de sa sortie, avant que celui-ci ne leur réponde, bras en l’air puis main gauche derrière l’oreille avant de les insulter en retour et d’enlever son maillot rouge et blanc sur le chemin du tunnel.

Les gestes et l’attitude générale du milieu de terrain suisse sont évidemment inadmissibles et condamnables. Et on ne voit pas comment celui-ci pourrait conserver le brassard du club londonien qui doit éteindre l’incendie au plus vite et passer à autre chose de bien plus important avec ce huitième de finale de Coupe de la Ligue chez le leader invaincu de la Premier League, Liverpool, dont sera privé le joueur.

Impitoyable public de l’Emirates

Néanmoins, au delà du malaise au cœur d’une crise d’identité de jeu qui cible davantage son entraineur, cet accroc illustre un peu plus encore l’escalade de tension au sein de l’enceinte d’Arsenal depuis maintenant quelques années. Le public de l’Emirates, qui, pour beaucoup, n’a pas connu Highbury (22 000 places de moins), est réputé difficile voire “pourri gâté”, selon certains fidèles.

Trop habitué, peut-être, au confort des sièges matelassés du stade d’Holloway road et aux glorieuses années de l’ère Wenger. Personne n’a oublié que ces mêmes supporters, certes en minorité mais un bon millier quand même, sont allés jusqu’à réclamer le départ du plus illustre manager du club à coup de pancartes “Wenger Out” en 2018. Personne n’a oublié non plus qu’un odieux soir de décembre 2008 ce même public de l’Emirates avait hué un autre de leurs joueurs, Emmanuel Eboué, au point de pousser Arsène Wenger à remplacer, 57 minutes après l’avoir fait entrer en jeu, l’Ivoirien, au bord des larmes. Quel genre de supporters fait ça ?

Souvent critiqué pour ses erreurs sur le terrain ou son statut de titulaire inébranlable aux yeux de ses entraineurs successifs, Granit Xhaka avait déjà été pris en grippe par le public, le 22 septembre face à Aston Villa (3-2). Cela pose la question de la responsabilité d’Unaï Emery et sa décision de confirmer le joueur dans ce nouveau rôle de capitaine, certes validée par un vote à bulletin secret de ses coéquipiers qui dit beaucoup de l’autorité d’un entraineur sur son vestiaire.

Mais cet épisode fâcheux renvoie surtout au problème historique du capitanat à Arsenal où le brassard semble brûler tous ceux qui le portent. A Chelsea, Manchester City ou Liverpool, le capitaine est facilement identifiable et respecté. Cesar Azpilicueta, chez les Blues depuis sept ans, a succédé à John Terry et Gary Cahill. David Silva, Citizen depuis neuf ans, a repris le flambeau de Vincent Kompany tandis que le choix de Jürgen Klopp sur James Milner et Jordan Henderson répond à la longévité du premier (18 saisons) et à l’ancienneté au club du second (depuis 2011).

En 2008, Gallas, contesté, perd le brassard

A Arsenal, en revanche, l’élu fait beaucoup moins l’unanimité. Le club londonien, qui a connu trois capitaines en vingt ans (Tony Adams, Patrick Vieira et Thierry Henry de 1988 à 2007), a vu le brassard changer de mains huit fois lors des treize dernières saisons, ce qui symbolise l’absence d’un vrai leader dans le vestiaire et quelque part, peut-être, l’éloignement progressif du club des sommets du football anglais et européen.

Williams Gallas en 2008 (Photo by GLYN KIRK / AFP)
Williams Gallas en 2008 (Photo by GLYN KIRK / AFP)

Cela a commencé en 2007 avec William Gallas, l’ancien de… Chelsea. Contesté depuis une colère mémorable sur la pelouse à Birmingham City en février 2008 mais confirmé l’été suivant par Wenger, le Français s’était vu définitivement retiré l’étoffe trois mois plus tard après avoir brisé le secret du vestiaire et critiqué certains de ses jeunes coéquipiers. Cesc Fabregas, lui, l’a conservé trois saisons avant de quitter brusquement son cocon d’adoption pour retourner dans sa “famille barcelonaise”.

Son successeur, Robin Van Persie, l’a porté un an à peine avant de plaquer le club qui l’avait soutenu durant ses blessures à répétition pour rejoindre le rival, Manchester United, en 2012. Les trois suivants – Vermaelen (2012-2014), Arteta (2014-2016) et Mertesacker (2016-2018) – ont, eux, vécu l’affront du capitaine renvoyé en tribune par les blessures ou, pire, sur le banc par la concurrence. Le Belge débuta seulement sept matches de championnat lors de sa dernière saison, l’Espagnol six sur ses deux années de mandat et l’Allemand encore moins (4) !

Quatrième Français de l’histoire du club à se voir confier le brassard la saison passée mais victime d’une rupture du tendon d’Achille, Laurent Koscielny n’a pas échappé à la malédiction qui frappe le capitaine d’Arsenal avant de quitter le navire pour regagner la France (Bordeaux). Le successeur de Xhaka est prévenu.

Bruno Constant