Arthur Bauchet : « Il va falloir tout casser ! »

Arthur Bauchet (S. Boué/L'Équipe)

Le skieur français Arthur Bauchet s'apprête à disputer les Mondiaux à Espot (Espagne) dès samedi. À 22 ans, le triple champion paralympique de Pékin, qui devrait y disputer six courses, n'a rien perdu de son appétit vorace.

Au téléphone, il a la voix cassée. « Mais je n'ai toujours pas mué », dit-il dans un éclat de rire. À 22 ans, Arthur Bauchet garde cet humour affûté qui lui permet de supporter la maladie, cette paraparésie spastique qui provoque des tremblements incontrôlables et l'avait laissé exsangue après une violente crise à l'arrivée du géant paralympique de Pékin.

Héros des derniers Jeux justement, où il a décroché quatre médailles, dont trois titres, le jeune homme s'apprête à disputer les Mondiaux à Espot (Espagne), où il espère bien enjoliver sa collection qui comprend déjà douze médailles dont sept d'or depuis sa révélation en 2017.

« Après un début de saison tonitruant (six victoires en six courses), vous avez été battu lors de la récente Coupe du monde à Veysonnaz (3e et 2e places en géant)...
Avec les coaches, on avait envisagé ne pas faire cette tournée qui avait lieu quatre jours avant notre départ pour les Mondiaux. Mais j'avais quand même envie de prendre au moins un départ. J'ai chopé la crève et je suis rentré chez moi pour avoir le temps de me reposer.

Votre corps en avait-il besoin ?
J'avoue que j'ai de plus en plus de petites crises. Un peu moins fortes que celle des Jeux, même si j'en ai encore eu une sérieuse pendant mes injections de botox fin décembre. C'était un peu « sport » ! J'ai eu une réponse de mon corps assez violente. J'étais sur le ventre, les abdos ne faisaient que se contracter et je ressemblais à un ver de terre qui se tortille. Une infirmière a été obligée de me tenir. Après ces injections, je mets toujours un peu de temps à retrouver mes jambes et mes repères sur les skis ne sont plus pareils, j'ai l'impression de devoir un peu recommencer à zéro et, excusez-moi l'expression, ça fait ch... Mais, médicalement, j'ai besoin de ce botox une fois par an, sinon je ne peux plus marcher.

Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Ça va, j'essaie juste de battre mon petit virus avant les Mondiaux qui vont être longs. Un peu comme le programme des Jeux avec cinq courses, six même, si on compte le parallèle. Ça va être intense mais on s'est préparé pour ça, et il va falloir tout casser là-bas !

Que reste-t-il de vos Jeux de Pékin ?
C'était éprouvant, mais complètement fou en termes d'émotions. C'était magique. J'ai toujours du mal à expliquer ce que j'ai vécu là-bas. J'étais en plein rêve ! Et le rêve ne s'est pas arrêté à la frontière de la Chine. Au retour, j'ai été invité sur des événements auxquels je n'aurais jamais imaginé pouvoir participer. Je pense au Grand Prix de F1 de Monaco, jouer sur le central à Roland-Garros, faire le tirage du loto... C'est juste dingue, on vit des expériences folles. Je vis ma meilleure vie et ça dépasse le côté sportif. C'est beau quand même ! Moi, petit Grimaudois habitant Serre-Chevallier, je ne pensais pas que je pourrais avoir accès à tout ça. J'en profite à 300 %.

A-t-il été difficile de vous relancer après votre réussite aux Jeux ?
Déjà, les premiers à 17 ans, avec quatre médailles d'argent, c'était des Jeux parfaits. Après Pékin, j'ai pu dire la même chose et j'espère que je me répèterais après ceux de Cortina (2026). Mais, non, ça n'a pas été difficile de reprendre. J'adore le ski, j'adore ce que je fais. Au-delà de mon métier, c'est ma passion. J'ai toujours cette étincelle que j'avais quand j'étais enfant. C'est sur les skis que je me sens le mieux, et j'ai envie de me faire plaisir. Je kiffe !

D'autres champions paralympiques, comme Benjamin Daviet (nordique) ou Maxime Montaggioni (snowboard) ont eu besoin de se poser à leur retour de Pékin...
Honnêtement, tout le monde m'a dit que je devais me poser pour souffler et digérer, mais j'avais envie de profiter de choses qu'on ne me reproposera peut-être jamais. J'ai vécu une vie à 1000 à l'heure pendant un mois avant de retourner sur les skis en juin. C'est sûr qu'à cette période de l'année, j'aurais préféré être en tongs à Grimaud, plutôt que sur un glacier à 3000m et les pieds dans des chaussures de ski. Mais il y a toujours quelque chose qui te rappelle pourquoi tu es là. Cela dit, j'ai pris le temps de décompresser quand même en m'arrêtant trois fois cinq jours, dont un voyage à Montréal où était ma mère. J'ai tiré le maximum de ces vacances. À tel point que, deux heures après avoir atterri, j'étais en préparation physique sur le vélo, et quatre heures après, j'étais sous une barre de muscu. Je n'ai même pas senti le jetlag, je me suis endormi le soir dès que je me suis couché !

Vous évoquez le vélo. N'aviez-vous pas envisagé de vous y essayer sérieusement ?
Je n'ai pas abandonné l'idée, elle me trotte toujours dans la tête. Je vais essayer de mener un double projet. Si ce n'est pas pour les Jeux de Paris, ce sera pour les prochains. Le temps passe tellement vite, et le ski reste ma priorité ! Mais j'ai participé à l'étape du Tour, et je me suis mis minable. Je pleurais dans l'Alpe d'Huez tellement c'était dur. Tout ce qui est chez moi, jusqu'au col du Galibier, je connaissais par coeur. Mais ça ne correspondait qu'à vingt bornes sur les 170. Je me suis fait fumer par pas mal de monde mais je l'ai fini et je suis content parce que je n'étais pas serein. Bon, j'ai mis neuf heures et demie. Mais j'ai battu mon coach, Benjamin Ruer, qui avait un peu moins de kilomètres dans les jambes.

Qu'avez-vous changé dans votre préparation cette année ?
Déjà, je garde un pied sur le vélo, parce que je voudrais essayer de participer à la première Coupe du monde en Belgique début mai, où j'aurais aussi ma classification. Quant au ski, on a repris avec de nouveaux entraîneurs. Ce n'est jamais évident de recommencer avec de nouvelles personnes. Quelqu'un comme Benj' (Benjamin Ruer) me manque, même chose pour Édouard, notre technicien, qui a saisi une belle opportunité. Après, mine de rien, le nouveau staff ressemble beaucoup à l'ancien, et ça se passe super bien. Je me sens toujours bien dans cette équipe. Thomas (Frey, responsable de l'équipe de France handisport) est énorme, super rigolo. Mais il sait être très sérieux quand il faut et, d'ailleurs, toute l'équipe a eu de très bons résultats sur le début de saison. On n'a pas fait nos diesels, on a directement tapé du poing sur la table : on est là ! À Veysonnaz, ç'a moins bien marché pour moi, mais Aurélie (Richard) a gagné ses premières Coupes du monde, Lou (Braz-Dagand) et Jordan (Broisin) ont obtenu leurs premiers podiums... Tous ceux qui y ont goûté vont vouloir y retourner. Depuis que j'ai attrapé ce virus, il ne m'a pas quitté. Un de mes rêves, ce serait de partager un podium avec les gars. On rêve d'un triplé avec Jordan et Oscar (Burnham), ça me semble réalisable sur les disciplines techniques. On se dit qu'avoir récupéré Thomas et les techniciens qui formaient le staff du skicross quand ils ont réussi le triplé aux Jeux olympiques de Sotchi (Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta et Jonathan Midol), c'est peut-être un signe. »