Athlé - Dopage - Brett Clothier, directeur de l'agence antidopage Athletics Integrity Unit : « Nous avons carte blanche »

L'Equipe.fr
·3 min de lecture

Brett Clothier, le directeur de l'AIU (Athletics Integrity Unit), insiste sur l'indépendance dont jouit son agence.

« Comment est organisée l'AIU ?
Nous sommes indépendants de World Athletics, et c'est le plus important. L'AIU a été créée en 2017 après le scandale Diack. L'indépendance, ce n'est pas juste un mot, nous avons un conseil d'administration indépendant, constitué de gens issus du sport et d'ailleurs, et nous avons carte blanche pour agir comme nous le souhaitons. Cette organisation est la meilleure pour donner confiance aux athlètes. À l'AIU, nous sommes vingt-six personnes au total, dont neuf dans le département Renseignement et enquêtes. C'est une décision stratégique que nous avons prise dès le début. Nous voulions avoir une équipe très forte.

Quelle est l'expérience des enquêteurs, d'où viennent-ils ?
Ils ont pour la plupart travaillé dans des services de sécurité, ils ont l'expérience d'environnements difficiles, et même hostiles, un peu partout dans le monde.
Ils ont travaillé sur le crime international et savent aller chercher des informations n'importe où. Ils sont originaires de différents pays, et c'est important parce que l'athlétisme est probablement l'un des sports les plus universels. Il faut être capable d'aller enquêter en Russie ou au Kenya, par exemple.

lire aussi
Comment la fédération russe d'athlétisme a tenté de sauver frauduleusement Danil Lysenko d'une suspension

Avez-vous eu recours à l'aide de la police russe, dans ce dossier ?
Non, on a eu l'assistance de Rusada (l'agence antidopage russe), et elle a été très importante. Mais vous savez, il y a eu des changements à Rusada depuis (1).

Quel est le coût d'une enquête comme celle-là ?
Oh, je n'ai pas encore les chiffres exacts, mais c'est très cher, c'est certain. Il a fallu avoir recours à des techniques coûteuses d'exploitation des données informatiques, à des équipements pointus, à des experts, des traducteurs efficaces... Mais la plupart de ces coûts vont nous être remboursés par les coupables.

Est-ce que vos enquêteurs sont allés en Russie ou est-ce que Rusada a fait tout le travail là-bas ?
On y est allés aussi. Mais la majorité du travail sur place a été faite par Rusada.

Quels sont les principaux obstacles que vous rencontrez dans un pays comme la Russie ?
C'est essentiellement la coopération des témoins et la peur des représailles. Mais cette affaire peut aider à changer les choses. L'Araf a été réformée, depuis, son conseil d'administration a été complètement changé (2).

World Athletics a suspendu la Fédération russe depuis quelques années et cette affaire tombe à pic pour justifier un peu plus ces sanctions. Avez-vous subi une forme de pression de sa part pour faire aboutir cette enquête à tout prix ?
Non, pas du tout. On opère de façon totalement indépendante.

Avez-vous les moyens humains et financiers de mener toutes les enquêtes nécessaires ?
World Athletics nous donne 8 millions par an, qui sont complétés par environ 3 millions versés par l'industrie de la course sur route. On voudrait toujours plus et faire encore davantage mais c'est un acte très responsable de la part de l'athlétisme. »

(1) Son directeur, Youri Ganous, a été débarqué en août 2020.
(2) Une nouvelle équipe est en place et le président élu, Piotr Ivanov, a même dû céder sa place à Irina Privalova parce que l'AMA (Agence mondiale antidopage) n'accepte plus qu'un haut fonctionnaire (il travaille dans un département dépendant du gouvernement) puisse occuper
ces fonctions.